Histoire de la fessée : le popotin rougi à travers les âges

un homme donne la fessée avec une femme le fessier rougi

En voie de disparition, mais pas entre adultes… la fessée fait l’objet d’un livre Histoire de la fessée de Jean Feixas (La Musardine), un ouvrage conséquent, richement documenté avec de nombreuses illustrations d’époque. Un beau cadeau de Noël qui fait passer les vicissitudes du postérieur à la postérité.

Il est difficile de dissocier la fessée punitive, aujourd’hui interdite, de la fessée érotique « du côté du puni, tous les commentateurs s’accordent à dire que la fessée la plus éthérée, la plus pure si l’on ose dire, reçue dans l’enfance, s’incruste dans la libido.» Voilà pourquoi l’ouvrage Histoire de la fessée de Jean Feixas – et non Jean Fessa (elle est facile, je vous l’accorde) – commence par évoquer la fessée disciplinaire dispensée à partir du XVème siècle. « Ainsi, dans les collèges de jésuites, il y eu un frère fesseur, comme il y avait un frère portier ou un frère économe. » Les enfants non rois mais royaux n’y échappèrent pas comme Louis XIII, « souvent fessé sans ménagement » malgré son statut. Très en avance sur leur temps, Erasme, Rabelais et Montaigne s’opposèrent sans grand succès aux châtiments corporels. Histoire de la fessée ne fait pas mystère des sévères punitions données au couvent mais aussi par la justice. Par exemple, « de délirantes fessées furent distribuées pendant la Révolution de 1789 (…) On fessa, pour des futilités souvent, comme avoir insulté la Garde nationale ou n’avoir pas salué la cocarde tricolore. » Les gazettes révolutionnaires publiaient la liste des culs endoloris. 

femme attachée fouettée par une machine à roue
Carlo – 1932

Après la vilaine fessée, la fessée qui soigne ! Un chapitre est consacré à ses vertus thérapeutiques à travers les âges. Le philosophe Sénèque soutenait que la flagellation dissipait la fièvre. Pour Le Grand Dictionnaire universel Larousse du XIXème siècle, les joies du martinet « modifie avantageusement l’incontinence d’urine, la paralysie de la vessie, la constipation opiniâtre, l’impuissance ou plutôt la frigidité et les paraplégies. » Rien que ça ! La sécu devrait la rembourser !

Une jeune femme met une fessée à une autre cul nu
Fausses mineures jouant les écolières dissipées – 1925

Bien sûr, Histoire de la fessée offre une grande place à la pratique érotique. Car nous y voilà : la fessée qui exacerbe la libido est bien la dernière qui peut encore être administrée aujourd’hui, la fessée éducative étant officiellement interdite depuis juillet dernier. L’auteur n’a pas omis de parler de Jean-Jacques Rousseau qui adorait se faire rougir le séant même une fois adulte. Le souvenir des fessées données par sa gouvernante ne l’a jamais quitté à tel point qu’il en parle plein d’émotion, dans ses Confessions : « … j’avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m’avait laissé plus de désir que de crainte… » Sous Louis XV, la prostitution explosa et les bordels proposaient comme prestation la flagellation qui connut un grand succès. Le livre regorge d’anecdotes rapportées par la police des mœurs de l’époque, qui faisait remonter au sommet du pouvoir les noms des personnalités qui s’adonnaient à ces jeux, notamment les ecclésiastiques. Dans les années folles, les maisons closes possédaient des installations très spéciales, « des chambres bien équipées qui rappelaient l’Inquisition. Rien n’y manquait et surtout pas les chevalets, les anneaux et les fouets divers. » Chez Mademoiselle Camille, célèbre mère maquerelle de la rue Lepic à Montmartre, « des glaces judicieusement réparties permettaient au plus grand nombre de spectateurs et spectatrices aussi, non moins attentives, d’apprécier les divers aspects de la représentation. » En fait, c’est le passé des moeurs françaises que nous découvrons en voyageant à travers ce livre, l’histoire de France par l’arrière-train.

Histoire de la fessée “De la sévère à la voluptueuse” – Jean Feixas – La Musardine – 24,90€ – en vente ici