Expo Degas : quand l’Opéra était un bordel

Degas - Deux hommes et deux danseuses - pastel sur monotype - vers 1876-1877 - prostitution

Il s’en passait de belles à l’Opéra Garnier à la fin du XIXème siècle ! C’est ce que raconte en partie l’exposition “Degas à l’Opéra” au musée d’Orsay jusqu’au 19 janvier. Dans cet univers clos, de jeunes ballerines se prostituaient en coulisse. Dans ces œuvres, le peintre n’a rien caché de ce commerce.

En 7 ans, Degas s’est rendu 177 fois à l’Opéra pour croquer l’ambiance du Palais Garnier. Près d’un millier de ses toiles sont consacrées aux danseuses. On peut dire qu’elles ont une valeur documentaire. Il en ressort une atmosphère entre « haute société et bas-fonds, fête et prostitution » raconte l’expo à voir en ce moment à Orsay. 

À l’époque, le spectacle se déroulait autant dans la salle que sur scène. Infiltré en coulisse, Degas montre des hommes omniprésents parfois en arrière-plan, dans l’attente que quelque chose se passe.

Degas - Ballet, dit aussi L'Étoile (vers 1876) - jeune ballerine qui danse avec un homme en arrière-plan
Ballet, dit aussi L’Étoile – vers 1876

Rappelons que le XIXème siècle voit l’avènement de la bourgeoisie d’affaire. Des personnalités riches, des hommes de pouvoir, fréquentaient régulièrement l’Opéra. On les appelait alors les abonnés, ils louaient leur loge à l’année. Et ces messieurs aux regards graveleux, chassaient ni plus ni moins la ballerine. Ils les repéraient et choisissaient celle avec qui ils allaient finir la soirée. Il y avait même une expression « avoir sa danseuse » car certaines étaient entretenues. Ces pratiques étaient institutionnalisées. À ce moment-là, les danseuses étaient souvent pauvres, elles venaient de province avec peu de ressources. La pédophilie n’était pas aussi condamnée qu’aujourd’hui. C’est simple, le mot n’existait pas. Et puis les femmes qui travaillaient dans le milieu du spectacle en général, qui montraient leur corps sur scène, étaient assimilées à des prostituées. C’était comme ça.

Degas - Dans la coulisse - 1878 - 1880 - deux danseuses remarquées par un homme en arrière fond
Dans la coulisse – 1878 – 1880 Crayon lithographique sur papier
Degas - Sur la scène - 1876 - 1877 Homme derrière une danseuse
Sur la scène – 1876 – 1877 Vernis mou, pointe sèche et roulette

Degas n’a jamais utilisé autant de techniques pour dépeindre un univers : pastel, peinture, sculpture et monotype, sorte d’estampe en noir et blanc. Ce procédé plus sobre et moins classique montre un aspect noir peu connu. Ces monotypes ne figurent d’ailleurs pas dans les collections permanentes.

Degas - Virginie se faisant admirer devant le marquis de Cavalcanti  - danseuse entourée d'hommes qui l'évaluent du regard
Virginie se faisant admirer devant le marquis de Cavalcanti – vers 1876 – 1877

L’artiste en a réalisé pour illustrer des nouvelles à succès contant les aventures galantes de deux petits « rats », Pauline et Virginie Cardinal. On y voit la mère qui hante les couloirs, jouant les maquerelles. Un monotype édifiant montre un salon de l’Opéra tel un bordel !

Degas - Au salon - prostitution - Opéra - Garnier - femmes en porte-jarretelles alanguies - un homme sur le côté
Au Salon – 1879

Au début du XXème siècle, Garnier fermera ses coulisses au public. Il fallait mettre de l’ordre, faire tomber le rideau sur ce passé peu glorieux. 

Exposition Degas à l’Opéra – jusqu’au 19 janvier – Musée d’Orsay – 1 rue de la Légion d’Honneur – Paris 7e – site