Expo 69 année érotique : quand le pop art était hot

69 année érotique - Gérard Schlosser - amas de morceaux de corps tête, sein, bras

Une sensualité vintage réchauffe l’atmosphère parisienne ! L’exposition 69 année érotique se déroule du 21 novembre au 7 décembre à l’espace 24Beaubourg. Une cinquantaine d’œuvres nous font revivre la légèreté et la liberté de cette époque. C’est aussi l’occasion de découvrir la richesse d’un pop art français jusqu’ici mal connu. Un évènement monté par deux jeunes galeristes bon chic bon genre, Léopold Legros et Tancrède Hertzog à qui j’ai posé quelques questions.

Cette expo 69 année érotique à l’occasion des cinquante ans, c’est parce qu’il manquait des fesses dans les commémorations de mai 68 ?

Léopold : Aujourd’hui plus personne n’est marxiste ni maoïste, Daniel Cohn-Bendit a rallié le président Macron. Les années 60 sont bien mortes d’un point de vue politique, mais d’un point de vue sociétal, nous sommes tous les héritiers de cette période de libération des moeurs. L’année 69 et la mythique chanson de Gainsbourg symbolisent mieux que 68, les sixties et leur héritage.

Vous vous êtes aperçus que le pop art français était plus politique et plus érotique que le pop art américain…

Tancrède : À cette époque, les États-Unis étaient encore très puritains. Le pop art notamment incarné par Warhol, reprenait les codes de la société de consommation, faisait des assemblages avec des images qui existaient déjà, issues de la publicité et de la télévision. Il y avait très peu de nudité à part chez Wesselmann. En France, les même artistes qui ont fait les affiches de mai 68, ont créé des effigies acidulées de femmes nues, de scènes d’amour extatiques voire pornographiques. En 1969, a eu lieu à Paris une exposition très connue de Bernard Rancillac appelée Pornographie avec des montages où l’on voyait clairement des pénétrations. De l’aveu même de l’artiste, le public bourgeois fût davantage choqué par ces oeuvre-ci que par celles plus politiques faites en 68.

69 année érotique - Evelyne Axell - femme nue qui se regarde le pubis
Evelyne Axell
69 année érotique - phallus en vaisseau spatial
Christian Babou

À travers cette expo, vous avez voulu mettre à l’honneur des artistes français très innovants et injustement oubliés… 

T :  Le pop art, c’est le premier grand mouvement américain qui influença l’Europe. Mais ce que l’on sait moins, c’est que les États-Unis avaient aussi été influencés par le vieux continent. Prenons le cas du peintre franco-polonais Proweller que nous exposons. Dès les années 50 alors que tout le monde faisait de l’abstraction, cet artiste peignait déjà des scènes très érotiques. En 1963 à New-York, le célèbre peintre américain Tom Wesselmann a visité une expo de Proweller et l’a cité comme l’une de ses sources d’inspiration. 

L : Dans l’expo, il y a une œuvre de l’américain James Rosenquist, c’est la plus chère : un million d’euros. Mise à côté de toiles françaises comme celles de Gérard Schlosser, elle n’a rien de plus du point de vue esthétique alors que nos artistes valent 20 fois moins. Le pop art français n’a pas à rougir, il est foisonnant d’un érotisme pas toujours aimable d’ailleurs, je pense à un tableau de Jacques Monory en grand format qui montre une femme qui va être dévorée par le tigre. Ce qui symbolise le désir masculin destructeur.

Aujourd’hui où la pornographie est disponible en masse sur le net, les œuvres de l’expo sont-elles encore transgressives ?

Léopold : Même si la plupart des artistes étaient progressistes, certaines œuvres montrent la femme comme un objet sexuel. Ces toiles pourraient être critiquées par une certaine morale incarnée par une partie des féministes. En cela, ces œuvres sont encore transgressives.

Exposition 69 année érotique – 21 novembre au 27 décembre – Galerie T&L – Espace 24Beaubourg – 24 rue Beaubourg – Paris 3e – Entrée gratuite – site

69 année érotique - Alain Jacquet - femme accroupie nue de dos
Alain Jacquet