Chatonnade : l’atelier pour apprendre à être certain.e de son consentement

Chatonnade - participant.e.s qui s'embrassent - Clarence

Ateliers, soirées plus osées et même week-ends à la campagne, les évènements Chatonnade sont en train de conquérir le cœur des parisienne.s. Dans ces réunions d’un nouveau genre, s’assurer ouvertement du consentement de l’autre, est un passage obligé. Reportage Paris Derrière. Illustrations Clarence

Les chatons sont câlins, aiment les caresses certes, mais ils ne se laissent pas faire, tripoter par n’importe qui. D’où le nom Chatonnade pour regrouper ces nouveaux évènements où le consentement se veut central. Parmi les réunions organisées, il y a pas mal de « soirées horizontales » avec de la sexualité de groupe, des week-ends entiers à la campagne où les orgies sont possibles, mais rien n’est obligatoire. Et puis, l’organisation propose aussi des ateliers sans débordements possibles. C’est le cas en ce dimanche pluvieux dans l’intimité d’un appartement parisien au fond d’une cour du XIXème arrondissement. Dans ce grand studio, des petits matelas et des coussins ont été disposés par terre. 5 filles et 5 garçons, âgé.e.s autour de la trentaine, étudiants, professeure, ingénieur, sont venu.e.s participer à un atelier « connexion authentique ». Certain.e.s ont entendu parler de Chatonnade à l’occasion de festivals babas cool type Burning Man. Nous sommes plus proches de l’univers polyamoureux que du libertinage, personne n’est venu en couple. Ni porte-jarretelles ni mini-jupe, les tenues se veulent décontractées histoire d’être à l’aise. La prix de la participation est de 25€, c’est plus que raisonnable pour plusieurs heures d’atelier. Sur le bar, des galettes de riz soufflé et un quatre-quarts, dans les baffles du jazz ou du blues planant. Ici règne le zen. 

L’un des organisateur, Thibault, prof de tantra et consultant en entreprise pour gagner sa vie, explique les règles strictes de consentement : « Le consentement se demande à priori, il doit être enthousiaste. Un « peut-être » est un « non ». Le consentement est révocable à tout moment. Il faut prendre conscience de la pression sociale en faisant attention aux relations de pouvoir entre débutants/expérimentés, femmes/hommes, jeunes/âgés. Lorsqu’on interagit avec un groupe, demandez le consentement de tous. Lorsqu’on fait partie du groupe abordé par un.e inconnu.e, si tout le monde a dit oui, on n’est pas obligé de dire oui. »

J’imagine les soirées horizontales de Chatonnade. S’il faut demander à chaque fois, est-ce que ça ne risque pas d’enlever de la spontanéité ? Pour la co animatrice Anahata, « au début, les gens sont sceptiques puis ils s’aperçoivent que les rapports deviennent plus profonds parce que les désirs sont alignés. Ça permet d’être davantage en confiance et donc d’aller plus loin. » 

Chatonnade - participant.e.s assis face à face - Clarence

Voilà les participant.e.s assis.e.s en deux cercles, l’un intérieur et l’autre extérieur, si bien que des binômes se forment en face à face. Chacun.e leur tour, ils/elles posent des questions très personnelles données par les organisateurs : « Partage avec ton partenaire un moment embarrassant de ta vie » « Cite-moi trois choses que tu penses que nous avons en commun » « Qu’est-ce que tu aimes le plus chez moi ? » On est là pour rencontrer du monde après tout, et ça demande un peu d’effort. À la fin de chaque réponse rythmée par un gong, on se décale d’un cran, un nouveau binôme se forme et on recommence avec une nouvelle question. L’exercice permet de briser la glace et même de la faire fondre. Les gens se dévoilent à grande vitesse. On se remercie au début verbalement puis au fur et à mesure que le temps passe, avec un câlin y compris entre hommes. Cette génération semble avoir moins de pudeur de ce côté-là. Ce que Thibault me confirme : « nous réprimons moins nos émotions. Peu d’hommes de plus de 45 ans viennent à nos évènements. Ils ne sont pas toujours à l’aise avec leur corps et encore trop dans le diktat de la performance. C’est lié à l’éducation. »

Deux heures plus tard, arrive enfin le très attendu atelier autour du consentement. Toujours par binôme, chacun.e propose à l’autre ce qu’il/elle aimerait lui faire sans qu’il y ait passage à l’acte, puis avec passage à l’acte. « Est-ce que tu veux bien que je mette ma main sur ton épaule ? » « Est-ce que tu veux bien me caresser l’oreille gauche ? » « Est-ce que je peux masser tes épaules ? » « Est-ce que je peux t’embrasser sur la joue ? » Un tourbillon de demandes auxquelles il faut répondre du tac au tac et en pleine conscience « oui », « non » ou « peut-être ». Les trois animateurs Mey, Anahata et Thibault insistent : « vous devez ressentir intérieurement les émotions que ces décisions provoquent.» Et ceci est valable pour celui ou celle qui demande ou qui reçoit. 

Chatonnade - chacun s'assure du consentement de l'autre - Clarence

Questionner ses limites demande pas mal de concentration si bien qu’à la pause, les participant.e.s ont besoin pour se détendre, de s’étirer, comme des chats ! Une jeune femme m’explique la nécessité pour elle de s’entrainer dans des ateliers comme celui de Chatonnade: « Ça ressemble à un exercice de musculation car pour moi, dire non c’est compliqué. Je pars de loin et j’ai encore du chemin à faire. Plus je baigne dans les milieux sex positives (qui déconstruisent les tabous autour de la sexualité), plus je me rends compte que mon consentement a de la valeur. Dernièrement dans un bar, des mecs lourds me lançaient : « allez, tu ne vas pas faire des manières, ça va ! » Je n’avais plus de conflit interne, j’ai posé ma limite sans problème. » 

Lumière tamisée, la température monte d’un cran, mais bon ça reste chaste. Puis la moitié des participants se retrouve les yeux bandés, l’autre moitié les caresse dans des zones neutres, pas sur les parties génitales, ni la poitrine. Celles et ceux qui n’arrivent pas à dire non, peuvent faire savoir leur refus autrement comme taper deux fois sur le bras de l’autre. L’exercice sera renouvelé avec possibilité d’ôter ses vêtements, sans dérapage possible.

Un garçon me confie : « j’ai tendance à dire oui à tout alors que je ne suis pas toujours partant. Je peux être capable de faire quelque chose sans en avoir envie, sans être en adéquation avec le moment. Il faut se demander si tous les ingrédients sont réunis pour une action juste. » Une grande blonde souriante estime que ce stage Chatonnade aide au développement personnel : « en conscientisant sa limite, on est plus à même de pouvoir imposer son espace. Et ça va bien au-delà de la sphère intime, dans le boulot par exemple. » Dans une société où les gens ont tendance à se marcher dessus, où les moyens de communication sont de plus en plus invasifs, où il faut répondre vite, tout de suite, apprendre à mettre ses limites n’est pas de trop. Le consentement est bel et bien une problématique qui dépasse la sexualité.

Retrouvez les évènements Chatonnade sur leur page Facebook ICI

Leurs représentant.e.s seront présente.e.s à l’apéro Paris Derrière du 20 novembre.