Toutes les vertus de la salope

Adeline Anfray - Toutes des salopes - Clarence

Et si « salope » devenait un compliment ? C’est l’utopie que poursuit Adeline Anfray dans son livre-enquête Toutes des salopes, comment faire d’une insulte un étendard féministe (La Musardine). Adeline, (qui sera présente au prochain apéro Paris Derrière), a cherché à se réapproprier une injure, pour en faire le symbole de la liberté des femmes, et pas seulement en matière de sexualité. Sorti il y a quelques mois, le bouquin mérite le détour.

Quelle femme ne s’est jamais fait traiter de « salope » dans la rue ? À n’en pas douter, cela fait partie des charmes du patriarcat, patriarcat qui bande de plus en plus mou il faut bien le dire, mais patriarcat quand même, toujours présent. Adeline Anfray se souvient de la première fois où un monsieur l’a insulté avec le fameux mot, alors qu’elle marchait pénarde, sans rien demander à personne. Ah petit détail, elle portait une robe : « ce « tu suces salope » lâché devant tout le monde, m’avait fait l’effet d’une gifle. Surprise, stupeur, honte. Qu’avais-je fait pour mériter cela ? »

Plus tard, Adeline a côtoyé l’univers du porno – 4 ans à la communication de Marc Dorcel – puis je l’ai bien connue lorsqu’elle était rédactrice en chef d’un magazine libertin. Libertinage et vidéo X, des milieux où les femmes sont souvent traitées de « salope » par le monde extérieur. Alors autant dire qu’Adeline est une sorte de « salopologue ». Dans cette enquête drôle et rafraichissante, la jeune femme s’est attachée à décortiquer l’injure qui sort si facilement des bouches masculines et féminines. Elle est allée à la rencontre de salopes bien sûr, mais aussi de linguistes, sociologues, journalistes, artistes dont la chanteuse de Thérapie Taxi et aussi de l’humoriste Jean-Marie Bigard, auteur du fameux « lâcher de salopes. »

Et là, en fouillant, on s’aperçoit que derrière le mot « salope », se cachent plusieurs significations qui n’ont rien de condamnable en 2019 : « une femme libre, une femme moderne. Être une salope, c’est une manière de vivre qui lui permet de faire ce qu’elle veut, et ce n’est pas uniquement cantonné à la sexualité. Elle est libre de répondre à ses envies du moment, sexuelles ou non, de ne pas répondre aux diktats et pressions sociales. »« La salope (…) rien de l’effraie, elle n’a pas peur de l’homme et surtout pas de son sexe. » La salope c’est aussi « une femme que ça ne dérange pas de coucher avec un homme « comme ça » sans vraiment avoir de sentiment pour lui, pour prendre juste du bon temps. » En fait, c’est une femme qui se comporte comme un homme, bah oui ! 

Par ailleurs, le terme serait le signe d’un malaise chez celui qui le prononce :« dire salope à une femme, c’est une façon très schizophrénique de lui dire « tu m’excites mais je désapprouve cette excitation. » » Après, difficile de critiquer les hommes qui voilent leur femme, le processus est identique : une femme est toujours coupable du désir qu’elle provoque. 

Au fond, si ce mot continue de résonner comme une insulte, cela démontre bien que la sexualité des femmes n’est toujours pas libre. Celles qui s’écartent du droit chemin se retrouvent stigmatisées. Et quand les femmes sont culpabilisées, elles se refrènent. Et à l’autre bout de la chaîne, qui en souffre ? Bah les hommes. C’est ballot quand même ! A la lecture du livre d’Adeline Anfray, je me dis qu’un monde sans salopes, serait bien triste. 

Toutes des Salopes – Adeline Anfray – La Musardine – 15€

en vente iCI

Retrouvez Adeline Anfray au prochain apéro Paris Derrière le 20 novembre.