Candaulisme : Osez être cocu

Osez le Candaulisme - Eve de Candaulie

Qui n’a jamais ressenti une pointe de jalousie excitante à imaginer sa/son partenaire dans les bras d’un/d’une autre ? Aucune honte à avoir ! Quand on passe du fantasme à la réalité, cette pratique s’appelle le candaulisme, un mot aux racines mythiques, plus sensuel que barbare. Le candaulisme compte un nombre d’adeptes grandissant, y compris au-delà de la sphère libertine. Bref, c’est une tendance de fond. Pour nous décrypter tout cela, j’ai interviewé une grande spécialiste de la question aussi bien côté théorie que pratique : ma copine blogueuse Ève de Candaulie. Un pseudo pas choisi au hasard, cette figure du Paris joyeux et décadent vit avec un mari candauliste depuis plus de quinze ans. Ève vient de publier le guide Osez le candaulisme aux éditions La Musardine. 

Ève de Candaulie

Emma de Paris Derrière: Osez le candaulisme, c’est étrange comme titre. “Candaulisme”, on dirait le nom d’une nouvelle confession religieuse…

Ève : Le terme fait référence au mythe grec du roi Candaule. Ce dernier était éperdument amoureux de sa femme, la reine Nyssia. Il trouvait son épouse splendide. Gyges, l’un des officiers du roi, ne croit pas ce dernier. Le souverain lui propose de venir voir par lui-même la beauté de son épouse au moment elle se dévêt dans la chambre conjugale. Gyges se cache, mais la reine sent sa présence. Elle lui laisse le choix : mourir ou assassiner Candaule. Il choisira la seconde option et fondera la dynastie dont Crésus est issu. Ce n’est pas rien ! Je pense que cette histoire nous a été racontée pour discréditer l’ascendance de ce dernier. C’est très moralisant sur le mode : à montrer les charmes de sa femme, on fait entrer le loup dans la bergerie. Dans le livre, j’ai inséré un petit tableau pour expliciter les différences et les points communs entre ce mythe fondateur et la réalité du candaulisme contemporain. Aujourd’hui, plus personne ne meurt bien évidemment, et cette pratique se réalise entre adultes consentants. Dans ses écrits, Théophile Gautier a érotisé le mythe de Candaule. Un autre écrivain André Gide s’en sert de satyre sociale. Dans les pays anglophones, on parle beaucoup de « hotwifing », de « cuckolding » si le jeu implique une part de soumission du partenaire candauliste dans la mise en scène.

Au diable les pisse-froids ! Alors c’est quoi concrètement en 2019 le candaulisme, une pièce de Feydeau revisitée de façon hédoniste, où ça hurle plus de plaisir que de rire ? 

Le candaulisme, c’est de l’infidélité consentie et organisée. Le partenaire candauliste est excité par le fait de voir son ou sa partenaire avec une autre personne dans le cadre de jeux érotiques. Il ou elle peut participer. Il ou elle peut aussi être juste excité.e à l’idée de savoir son ou sa partenaire avec une autre personne. 

Pour qui le candaulisme n’est pas fait ?

Pour ceux qui ont beaucoup d’anxiété relationnelle ou de peur de l’abandon, qui manquent de capacité à partager leur intimité et à communiquer, et qui ne sont pas prudents, bien organisés au quotidien. Agir à partir d’un fantasme remettant en cause la monogamie, pourrait très bien être une expérience négative. En d’autres termes, toutes les personnes ayant ce fantasme, ne devraient pas forcément passer à l’action.

On peut se faire de bons gros noeuds… au cerveau. La chanson et le clip PVP de Thérapie Taxi que j’adore ! illustrent bien l’excitation mêlées aux tourments autour de ce fantasme. Impossible de choper des places pour leurs concerts, c’est complet en permanence ! Un phénomène ! (voir bonus zik en fin d’interview)

Dans quel état d’esprit doit-être un couple qui aborde ces pratiques ? J’imagine qu’il ne faut pas que l’ambiance soit au cassage de vaisselle de belle-maman…

La clé est de beaucoup communiquer, de faire preuve d’honnêteté, de bienveillance. Le challenge est d’écouter activement l’autre parler de son ressenti, il faut que la parole soit libre au sein du couple. Il ne s’agit pas de convaincre, mais de parler, d’échanger, exprimer le plaisir que vous auriez à partager avec votre partenaire, un acte sexuel avec un tiers. Bien souvent, dans un premier temps, l’autre exprimera des peurs et des réticences qu’il faudra entendre non pas comme des refus ou des obstacles, mais comme des conditions à remplir pour que l’expérience puisse avoir lieu. Laisser vos émotions et les siennes s’exprimer : la peur, l’excitation, la colère, la joie…Ca demande un niveau d’intimité grisant. Au quotidien, mon mari cherche à faire mon bonheur autant que le sien.

Vu comme ça, ça a l’air d’un rêve…

Il n’y a pas à avoir honte de ses fantasmes. Il est important de ne pas les juger mais de les prendre pour ce qu’ils font : nous exciter, nous porter à un tel niveau d’excitation que la jouissance est inéluctable. Et ça c’est top ! Car jouir, c’est lâcher prise, libérer ses tensions négatives, faire rejaillir l’énergie positive en chacun de nous. En revanche, le passage du fantasme à la réalité peut être déstabilisant. 

Osez le Candaulisme - Eve de Candaulie

En fait, il faut domestiquer sa jalousie. Non ? 

La jalousie est une émotion. Prenez conscience des moments où vous êtes jaloux. Est-ce qu’imaginer votre partenaire avec un.e autre, provoque des pulsions ? De quel ordre ? Essayez d’identifier l’émotion qui vous envahit. Elle vient délivrer un message. Ecoutez-le. C’est bien là l’essentiel. Votre corps vous parle. 

Dans le libertinage, on dit « offrir sa femme », et jamais « offrir son homme »… Très étrangement, il y a beaucoup plus d’homme candau que de femme candau ? 

Le terme cuckqueen existe en anglais pour les femmes candauliste plutôt BDSM. Depuis que j’ai terminé l’écriture de Osez le candaulisme, quelques femmes m’ont fait leur coming out pour m’expliquer que ça les excitait beaucoup de voir leur partenaire faire l’amour devant elle. C’est plutôt bon signe. La pratique peut concerner des hommes comme des femmes, des personnes gays, bi, hétéros, pansexuelles. Tout est possible. 

Un peu de psychologie de boudoir, allez ! C’est une manière de se réapproprier sa/son partenaire. Car si je le/la prête, c’est qu’il/elle est à moi. Non ?

Personne n’appartient jamais à personne selon moi. On peut jouer à se prêter, à s’appartenir le temps d’un trip sexuel et cela peut être ultra excitant. 

Il y a quand même la vieille idée patriarcale que la femme est l’objet de l’homme. Voilà pourquoi peut-être il y a plus d’hommes candaulistes que de femmes… Le candaulisme est-il féministe ? 

La candaulisme demande du temps d’organisation, se faire belle, de nourrir son désir, ses fantasmes, de découvrir son corps, d’avoir l’esprit libre… Je m’arrête là. Il faut pour cela, un partage des tâches au quotidien au sein du couple, pour que chacun puisse investir son jardin secret.

Si vous voulez avoir des chances d’être cocus , messieurs ! Osez passer l’aspirateur ! Dans Osez le candaulisme, tu nous apprends le terme « hotwifing », qui n’est pas à confondre avec le woofing (bénévolat dans l’agriculture, très en vogue aussi…)

Dans le hotwifing, le mari a la super femme, celle qui ose, qui se lâche, qui vit pleinement sa sexualité active. C’est plus subversif quand c’est la femme qui trompe, l’adultère féminin ayant toujours été culturellement plus condamné, parfois de mort. Jusqu’en 1975 en France, les femmes étaient d’avantage punies par la justice : elles encouraient jusqu’à deux ans de prison pour adultère, alors que le mari infidèle ne risquait qu’une amende. 

Eve de Candaulie - Osez le Candaulisme
Le Roi Candaule et le maître en droit de Fragonard qui s’est inspiré du conte éponyme de Jean de La Fontaine

Le milieu libertin n’aime pas le terme « cocu », trop insultant…

Tous les candaulistes ne se considèrent pas comme cocu. L’insulte « cocu » signifie que vous ne parvenez pas à satisfaire votre partenaire au lit puisqu’elle est allée voir ailleurs. En ce sens, cela pique le mâle hétérosexuel en concluant à son impuissance et porte un coup à sa virilité, à son honneur. Mais selon moi, si vous vous faites un jour « insulter » de cocu contre votre plein gré, cela expose avant tout les propres peurs de votre interlocuteur, ses propres croyances sur la sexualité et la virilité, sur la force, la faiblesse, sur l’illusion d’une suprématie des hommes sur les femmes, plutôt qu’une relation d’égal à égal.

Seulement certains candaulistes sont excités par l’idée de cocufiage. L’humiliation augmente votre excitation sexuelle, le mot sera vecteur de plaisir. En s’inspirant de cette opprobre sociale, de ce malheur conjugal, de ce déshonneur, certains candaulistes pourront obtenir une grande jouissance dans un cadre intimiste.

En l’absence du mari, est-ce encore plus transgressif ?

Si je sors avec un amant, c’est toujours plaisant d’arriver accompagnée, de répondre : “non, ce n’est pas mon mari car ce dernier est resté sagement à la maison.” Dans une soirée libertine, ça fait toujours son petit effet d’être la femme qui aime aimer physiquement plusieurs hommes. Et quand je drague d’autres hommes lors de ladite soirée, ça ne pose jamais de problème à mon accompagnateur d’un soir, plutôt content de participer lui aussi à l’action. 

Merci Ève pour ces clés. Vous voulez tout savoir sur le candaulisme ? Les lieux, les forums etc. ? Des idées de scénarios ? Procurez-vous :

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Le blog de Ève ICI

Pour finir, comme promis, 2 bonus zik branché “spécial Candau”:

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