Moon City : libertinage à la sauce exotique au coeur de Pigalle

dessin aquarelle jacuzzi une femme et un homme nu - artiste Clarence
Moon City by Clarence

Le Moon City est sans conteste l’un des plus grands et des plus beaux spas olé olé de Paris. Un lieu idéal pour faire ses premiers pas dans le milieu libertin. Au cœur de Pigalle, on oublie la notion du temps, petit voyage eXotique éRotique. Pas besoin de prendre l’avion, juste d’oser montrer son fion. Aquarelles signées Clarence

Au diable les bas autofixants, les sous-tifs et les strings qui cisaillent les peaux sensibles ! C’est l’avantage des établissements libertins dits « humides » par opposition aux boîtes à fesses « sèches », la boîte, pas les fesses, clubs libertins classiques, type discothèque où il faut être apprêté.e.s. Donc, je me ramène juste avec un pull, survet, baskets, rien à branlette ! Ah si, ne pas oublier la pince à cheveux pour celles et ceux qui ont une crinière comme moi.

Ce vendredi soir, il fait un froid de gueux. Nous sommes en manque de chaleur tropicale. Je donne RDV à ma stagiaire incendiaire, Clara sapée en working girl, devant le Théâtre de Dix Heures. Ça évite de se taper l’affiche. Je vous explique : une fille qui attend devant le Moon City risque bien de se faire aborder par des gars seuls qui cherchent une partenaire pour pouvoir entrer. En effet, c’est moins cher accompagné d’une femme 68€. Sinon, il faut raquer 148 € !

C’est la politique du Moon City pour éviter les lourdingues, ce qu’on appelle de façon méprisante dans le libertinage : « les morts de faim ». Des gars en misère sexuelle, la misère sexuelle, ce fardeau des hommes, thème de prédilection cher à Houellebecq. Pour les femmes : c’est gratos ! Et en général, quand c’est gratuit, ça veut dire que c’est vous le produit !

A quelques enjambées de la Place Pigalle, le Moon City ne dépareille pas avec toutes les lumières aux néons criards qui font le charme du quartier rouge. Des guirlandes bleues clignotent sur une énorme statuette en bois, dont on distingue à peine les formes.

J’appuie sur la sonnette ! J’aime le frisson de ces quelques secondes d’attente avant de basculer dans un autre monde ! Un monsieur nous ouvre. Aimable, nous sommes pris.e.s en main, en tout bien tout honneur.

Viennent de nous être remis à chacune :

  • un bracelet à scratch relié à une clé. Astuce : il y a une pochette intégrée qui contient trois préservatifs. 
  • ce qui désormais seront les seuls bouts de tissus qui recouvriront nos corps : une serviette et un grand paréo. Pas de claquette. Pensez à ramener les vôtres !

Le vestiaire se compose de casiers bleus foncés tout en bois avec des dessins de scènes de chasse aux tigres. En train de se déshabiller intégralement, des nanas venues profiter de l’eau baine ou bien des femmes qui retrouvent leur mari ou amant après le travail. Clara sent les regards qui l’envisagent. Ma subalterne feint l’indifférence en faisant tomber avec délicatesse une culotte échancrée en dentelle gris perle. On laisse les slips, strings, smartphones, problèmes, tout ! Dans le casier !

Dès que nous passons la porte battante, whaou ! Nous sommes enveloppées par la chaleur moite. S’offre à nous la pièce principale toute en longueur avec un bar dans une déco néocoloniale indienne.

Hormis de grands canapés cuir, tout ici n’est que boiseries sculptées mélangées à des lustres art déco bleu, rouge, jaune et doré, une déesse aux six bras au milieu d’un halo de lumière rouge, ça y est, nous ne sommes plus à Paris, dépaysement, c’est les vacances pour quelques heures, le Moon City, un Club Med’ un peu spécial… Bon, la musique, à part Columbine, le reste, un mélange de mauvais reggae et de hip hop synthétique… pas mon truc. Oui je suis snob, et alors ? Comme une bonne parisienne de base oui !

Il y a déjà pas mal de monde de toutes les générations mais personne n’est nu, même paréo de rigueur pour tout le monde. Tous au même niveau, c’est le côté égalitariste, un zest communiste du naturisme d’ailleurs très pratiqué en RDA. C’est très sage, ça bavarde, ça rigole. Dans cette zone, il faut être chaste. Comme il y a un temps pour tout, il y a aussi des espaces dédiés pour se dévergonder.

Au bar, un écran annonce les prochaines soirées. Une barmaid souriante s’active. Avec Clara, nous commençons à nous hydrater, les softs sont servis à volontés : ananas, cocktail, orange, pomme ou de l’eau, c’est bien aussi, surtout ici !

Nous commençons le circuit par la piscine jacuzzi ! Ici pas de débordement non plus cette fois pour des raisons d’hygiène évidentes, tout rapport sexuel, branlette etc. sont interdits dans cette grotte bouillonnante cernée de statuettes d’éléphants, de déesses indiennes et surtout des stalactites au plafond. Petit côté Disneyland pour adulte !

Moon City Jacuzzi

C’est là qu’il faut tomber le paréo et faire son entrée dans le plus simple appareil. Descendre les marches du jacuzzi du Moon City, cette étape produit un drôle d’effet. Sans s’en cacher, les regards mitraillent nos courbes. Un peu comme une montée des marches à Cannes quoi !

Un couple autour de la cinquantaine, monsieur teint halé, muscles secs et madame, cheveux blond vénitien relevés en chignon, maquillage waterproof. Ils s’embrassent et repèrent les hommes seuls, lequel choisir ? il y en trois, physique très commun, un peu en chiens truffiers. Comme dans le monde extérieur, on ne prête qu’aux riches : je conseillerais aux hommes de venir avec un pote, au moins ils peuvent discuter et ne pas attendre là, comme ça. Alors que l’ironie, c’est qu’ils ont payé une fortune pour se retrouver dans cette condition. J’imagine qu’ils veulent rentabiliser leur investissement. 

Or entre copains, si vous vous connaissez bien, sachez que vous aurez la préférence de ces dames et des couples qui viennent pour de la pluralité : Madame se faisant entreprendre par deux mecs devant le sien. Ou des copines célibataires venues taper un carton plein. La complicité et la délicatesse de deux potes feront la différence, il y aura moins de gêne entre hommes. Et avouez que ce délire laissera des souvenirs inoubliables qui nourriront l’esprit de franche camaraderie. L’amitié masculine, un vaste sujet !

Sans transition, je tease sur les aquarelles qui arriveront à la fin de ce reportage dans les vapeurs du Moon City, elles illustreront les scènes de débauche. Alors, on continue ?

Revenons aux bulles qui crépitent sous mon séant, certaines sont tout d’un coup plus fortes, ah ! mais en fait c’est carrément la main du voisin qui me frôle ! Je la repousse gentiment mais fermement.

Bon, je repasse devant le bar et je vois une pièce noire derrière des murs en bois, il y a même une petite fenêtre, je m’apprête à entrer au sauna. Oulala ! Je me prends une bouffée de tabac pleine face. C’est le fumoir ! Quelle débile ! Même à jeun ! Et comme dans tous les espaces où sont désormais confinés les accros à l’incandescente, on brise la glace facile ! Un trentenaire plutôt bien gaulé et en couple, me raconte qu’il travaille dans le funéraire mais il n’est pas croque mort. « En fait, je m’occupe de ramasser les cadavres sur les lieux d’accidents, de crimes. Nous travaillons avec la police, ce qui les décharge émotionnellement. » Je comprends pourquoi le gars vient ici décompresser. 

Le buffet est composé de beaucoup de crudités, le reste n’est pas très bon. En même temps, c’est gratos pour les meufs, difficile de faire les difficiles ! Nous faisons la queue avec l’assiette en plastique ambiance buffet de ressort à prix cassé en Tunisie version nudisme.

Il y a foule. Deux jeunes femmes habillées, t-shirts AIDS et pantalons, font de la prévention. Nous sommes obligés de faire table basse commune avec une femme et un homme, on ne peut pas dire que ce soit un couple mais ils ont l’air très complice et leur joie de vivre rayonne. Ils se sont rencontrés au Moon City il y a 4 ans, avant de se perdre de vue et ce soir, de se retrouver. Elle : « je te donne mon secret : je préfère les clubs humides, ce n’est pas compliqué, je m’allonge dans le sauna, et je laisse venir les mains sur moi et là, je sélectionne ou pas. »

Nous finissons enfin par trouver le sauna, impeccable rien à dire, beaucoup de monde, juste la place de poser sa serviette. J’échange avec un jeune couple, je tape la discut je veux dire, je n’ai rien à échanger, mise à part cette pauvre Clara. Ou est-t-elle d’ailleurs ? Bon, revenons aux gamins super mignons. Elle 20, lui 22 ans. C’est elle qui l’a poussé au vice, en l’entrainant au Moon City. Lui : « j’avais un sacré balai dans le cul, c’est elle qui me l’a enlevé. »  Décidément, cette génération a un rapport au sexe sacrément décomplexé par certains côtés.

Je décide de m’enfoncer dans la vapeur du hammam, spacieux avec un grand Bouddha dans un halo de lumière bleutée, vert, rose, violet. Le Bouddha a dû en voir de toutes les couleurs ici. S’il pouvait parler… Sagesse et luxure… Est-ce compatible ?

Bon, ce n’est pas tout ça, mais je voudrai nettoyer avant de m’assoir. Le tuyau est minable, le bouton qui l’actionne n’envoie pas assez longuement la flotte pour que ce soit propre. Il faut s’y reprendre à trois fois. Pfff ! J’suis pas maniaque mais bon… Autrefois, il y avait un karcher hyper puissant, c’était mieux avant ! La vapeur, c’est relou pour les myopes comme moi sans lunettes. Je ne vois rien, ça promet… C’est silencieux, personne ne parle. Je ne discerne pas vraiment combien de personnes sont présentes, trois, cinq ? Quel est leur sexe ? Je me repère au moindre toussotement, bruit de souffle, des mains qui touchent de la peau mouillée.

Bon finalement, personne ne m’approche, probablement parce que je n’en avais pas envie. Je suis total ramollie, bien, peinarde… 

Je sors, p’tite douche, un gars en chien, grossesse Kronenbourg vient se planter juste devant l’entrée, les yeux comme le loup de Tex Avery. Je referme les battants, tchao. L’eau chaude tarde à venir, ce qui ne me déplait pas, le côté chaud / froid, ça ravigote ! Je peux vous dire que vous faites ce circuit une seconde fois et vous êtes cuit.e.s.

Du coup, ben j’ai complètement oublié de vous faire visiter les backrooms, le coin le plus reculé, aux éclairages les plus tamisés du Moon City. Vous prenez un long et large couloir, déco toujours bois exotique. De part et d’autre, sept ou huit pièces de différentes tailles, du grand espace de matelas en skaï avec des miroirs au mur pour une orgie, aux petites pièces qu’on peut fermer de l’intérieur. Certaines possèdent sur leur porte un store ajustable pour autoriser ou pas les voyeurs. Ça permet une intimité à géométrie variable. Voilà notamment en quoi, le Moon City est très adapté aux couples débutants, ils peuvent complètement s’isoler. Dans une autre alcôve où je me glisse, une paire d’amoureux s’amuse avec une connaissance d’il y a 10 minutes.

Moon City 2 couples libertinage aquarelle Clarence

Bon, parfois, on assiste quand même à des scènes high level…

orgie Moon Citi libertin aquarelle Clarence

Mais où est cette satanée Clara ? Miss Marz, au rapport !

Vous n’allez pas me croire, elle a créé un attroupement derrière la porte, on m’assure qu’elle est dedans. Je crois reconnaître ses gémissements…

Claea stagiaire Moon City gangbang aquarelle Clarence

Ça n’en finit plus, je picole au bar en attendant. C’est la faute de cette stagiaire si je bois ! Le petit personnel me demande de tels sacrifices et de compromis, mon indulgence est sans limite, ça me perdra, je le sais…

J’attends, et j’enquille les vodkas pomme. Il y a de plus en plus de monde, la propreté laisse à désirer. Des serviettes disposées par le personnel du club jonchent le sol. Une dame se plaint d’avoir péché un vieux kleenex probablement usagé dans le jacuzzi

Je m’aperçois qu’il n’y a pas d’eau dans le pédiluve, y en avait-il au début d’ailleurs ? Je ne m’en souviens plus. J’ai les yeux qui piquent, l’établissement force sur l’eau de javel ou le chlore, je ne sais pas.

C’est là le problème du Moon City, dès qu’il y a du monde, la propreté se fait désirer. Il faudrait un monsieur Propre qui passe très très souvent. En fait, c’est bien d’y aller à certaines heures, le dimanche aprem par exemple, en mode chill out, pour nettoyer les porcs, les pores pardon, après un samedi soir fêtard riche en toxines à évacuer.

Clara réapparait, alanguie. Qu’elle garde de l’énergie et ne s’éparpille pas trop. Il faut se rhabiller Mademoiselle ! D’autres aventures nous attendent ailleurs. La nuit ne fait que commencer pour Paris Derrière, le tout info érotique de la capitale mondiale des plaisirs !

Merci à Clarence pour les illustrations.

Le Moon City – 34 boulevard de Clichy – Paris 18ème

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