Nu masculin : quand les femmes s’emparent de l’objectif

Jessica Rispal - nu masculin
crédit : Jessica Rispal

En matière de photos érotiques, les femmes sont plus souvent devant que derrière l’objectif réservé aux hommes. Le contraire est rarissime. En cette rentrée, on change les habitudes. J’ai interviewé cinq jeunes femmes à l’avant-garde, presque toutes parisiennes, qui photographient les garçons nus. Elles m’ont raconté comment elles abordaient le corps masculin, loin des clichés et des diktats de la virilité. Et ça fait du bien de se rincer l’oeil à grande eau !

Jessica Rispal  – 37 ans – Parisienne depuis toujours

Jessica Rispal - nu masculin

« C’est un sujet sur lequel j’ai longtemps eu du mal à travailler parce que j’avais l’impression de calquer les postures des hommes sur celles des femmes sans réussir à trouver ce qui leur était personnel. La visite de l’expo sur le nu masculin au musée d’Orsay, a été un grand flash. Dans cette rétrospective, il y avait beaucoup de représentations d’hommes bodybuildés, de jeunes éphèbes dans un cadre bucolique ou des clichés gays. Il manquait à mon sens une grande partie de ce que l’on peut raconter de l’homme… Là, ça m’a fait tilt ! »

Jessica Rispal - nu masculin

« C’est assez facile de trouver des modèles hommes. Par contre contrairement aux femmes, ils sont moins enclins à montrer leur visage, surtout dès que c’est un peu hard. On voit très bien ce phénomène dans le porno. Les hommes n’ont pas l’habitude d’être mis à nu, mis à jour, de perdre le contrôle quelque part. Ils sont moins prêts à assumer jusqu’au bout. »

Jessica Rispal - nu masculin

« Pour autant, je ne souhaite pas aux hommes d’être représentés comme les femmes à l’heure actuelle. La société a bien merdé avec les femmes là-dessus ! Nous ne sommes pas obligés d’inverser les rôles. Mettre un corps quasi nu pour vendre une voiture où je ne sais quoi, ne rime à rien. »

Jessica Rispal - nu masculin

« Je photographie le plus souvent des personnes hétéros ou bisexuelles. Photographier deux hommes ensemble ne signifiera pas forcément qu’ils sont homosexuels dans la vie. La plupart du temps, quand il y a deux femmes sur une photo érotique, elles ne sont pas lesbiennes. C’est pareil pour les mecs. J’aime semer le trouble chez les hommes qui ne se retrouvent pas dans les stéréotypes homos et qui, en voyant mes images, pourraient s’identifier à eux et peut-être être excités. »

« J’ai exposé quatre fois en juin, mais ça me soule de démarcher. Si je me secouais, je pourrais peut-être figurer dans des magazines, mais c’est tellement chronophage, et je n’aime pas faire ça. Mais bon, je publie mes images dans le magazine que j’ai fondé Le Bateau, c’est déjà ça ! » (rires)

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Romy Alizee – 29 ans – Parisienne originaire des Sables-D’Olonne

Romy Alyzée - Pied sur la tête d'un garçon

Romy Alyzee - homme nu de dos

« Au départ, comme je posais beaucoup, je ne voyais que ça, des filles nues, tout le temps. De fait, cela instaure des comparaisons qui peuvent être oppressantes, alors voir aussi des garçons, c’est appréciable. Il y a trois ans, quand je suis devenue photographe, j’ai shooté beaucoup plus de garçons que de filles. Ce sont eux qui m’intéressaient, mais uniquement ceux de mon âge. »

Romy Alyzee - portrait de garçon

« Il m’est déjà arrivé d’aborder des garçons dans la rue pour leur demander de poser pour moi. J’y allais petit à petit pour ne pas passer pour une nympho, ce qui n’a pas toujours marché d’ailleurs. Puis, je faisais une à deux heures de portrait. En 2015-2016, j’ai eu pas mal d’amants, ils ont été mes premiers modèles nus.”

« 80% des hommes que je photographie sont hétéros. Aujourd’hui, je préfère que mes modèles ne soient pas mes petits copains, sinon j’y mets trop d’affect, et puis quand l’histoire est finie, ça fait chier. »

Romy Alyzee - la fessée - nu masculin

« Il faut dédramatiser cette idée de la pudeur masculine qui dit qu’un homme ne pose pas. En fait, ils ont souvent peur de perdre le contrôle. La photo de la fessée avec mon amoureux, certains de ses potes l’ont adorée. C’est notre photo de couple, c’est plus original qu’un selfie ! »

Romy Alyzee - homme attaché

« Je représente les hommes en position de soumission. Pour moi, c’est plus une excitation cérébrale. Dans le milieu BDSM, il y a beaucoup d’hommes soumis, je trouve ça fascinant. Les mecs doivent gérer leur boulot, les responsabilités, et le soir, ils ont envie de se prendre des claques sur le cul et des des doigts. C’est assez révélateur ! »

« Être viril, c’est un concept qui, selon moi, ne fait plus sens. Si ça veut dire “gars baraqué, grosse voix, des poils, les épaules larges”, et bien, je ne comprends pas l’attrait. La virilité peut peut-être se traduire par « assurance », mais dans ce cas, les femmes peuvent aussi en avoir. En fait, ça tient juste à la bandaison, c’est fragile comme concept, les gars, oubliez ! »

Retrouvez les photos de Romy Alizée lors de la teuf bien branchée L’Archipel | Manifesto XXI & Collectif MU

ainsi qu’à expo Des femmes et des sexes

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Son nouveau livre Furie, Éd. Maria Inc, 2018, 25€. En vente sur le site Maria Inc.

 

Dwam – 33 ans – Nantaise

Dwam - homme noir nu dans les fleurs - nu masculin

Dwam - jeune homme au tatouage - nu masculin

« J’ai longtemps travaillé, comme photographe et comme modèle, pour Suicide Girls, site américain assez connu de pin-ups tatouées. J’ai arrêté parce que je ne voulais plus participer à cette représentation des femmes. »

« Ce qui m’attire, c’est cette vulnérabilité chez l’homme, cette vulnérabilité qui lui est interdite par la société. Les hommes sont éduqués de manière à ne surtout pas ressembler aux femmes. Alors j’ai essayé de représenter ces hommes sensibles, jolis, doux, en abandon, sensuels… J’ai choisi des détails stéréotypés féminins : il y a énormément de paillettes, de fleurs, c’est kitsch. J’aime ce contraste qui va faire ressortir d’autres formes de masculinités qui ne sont ni dominatrices, ni toxiques.  Le résultat est souvent perçu comme très sexualisé, comme des photos érotiques. C’est intéressant parce que ça montre que la vulnérabilité et la séduction, d’habitude réservées aux femmes, sont donc très érotisées. »

Dwam - hommes qui se font un câlin - nu masculin

« Sur cette photo, ce sont deux acteurs pornos l’un est hétéro, l’autre bisexuel. J’ai demandé à l’un : « qu’est ce qui selon toi, n’est pas stéréotypé masculin et que tu as envie de représenter ? » Il m’a répondu : « le fait de prendre soin de quelqu’un, mais pas dans une idée protectrice, plutôt côté tendresse et soin. » Il m’a ramené un autre ami acteur, et je les ai shootés ensemble. L’orientation sexuelle n’a rien à voir avec la tendresse, les hommes souffrent de ne pas s’autoriser de démonstration d’affection. Cette photo fait partie de mes préférées et je vais approfondir mon travail sur cette question. »

Dwam - D' de Kabal - nu masculin
Le rappeur féministe D’ de Kabal

Dwan - homme allongé - nu masculin

« Dans les retours sur mon travail, des femmes et des hommes me disent « ça fait tellement du bien de voir les mecs comme ça ». Je crois qu’il y a un gros mensonge sur les histoires de virilité où on te vend « les femmes aiment les mecs puissants et musclés, dominateurs, bad boys ». Bah non ! Pas toutes. Les hommes doux, respectueux, qui montrent leurs émotions, ça attire ou excite beaucoup de femmes aussi. »

Retrouvez les photos de Dawm à L’Archipel | Manifesto XXI & Collectif MU

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Mila Nijinsky – 28 ans – Parisienne depuis 8 ans, originaire d’un village alsacien proche de Colmar.

Mila Nijinsky - testicules - nu masculin

« Après une éducation bien catho, je me suis éloignée de ces dogmes en débutant des études d’art, c’est là que j’ai commencé à faire de la photographie. J’ai ensuite été modèle pendant 10 ans, c’est toujours la même chose : tu dois poser dans une position sensuelle, dans un joli cadre et ça me gonfle vite !

Après avoir démarré par des autoportraits, j’ai photographié des filles car j’avais beaucoup de contact, je les ai photographiées sans la petite lingerie de merde habituelle, ni devant des cheminées ou allongées sur un parquets d’appartement haussmannien, tous ces clichés à la con qu’on voit dans toutes les photographies faites par des hommes! Et là, on se rend compte que c’est plus difficile de trouver des femmes vieilles, grosses, maigres, avec des cicatrices, tout ce qui sort des diktats, elles sont plus rares à s’assumer et à se mettre en avant. C’est dommage, car elles ont de vrais messages à faire passer. Après ça, j’ai élargi aux hommes, aux trans, à toutes les personnes qui humainement m’intéressaient… »

Mila Nijinsky - homme qui pisse dans une bassine

« Je ne placerai pas forcément le mot « érotique » sur mes photos. Je fais des photos parce que je n’ai pas de mémoire donc je prends en photo la plupart de mes romances. Comme ça se passe plutôt dans l’intime alors effectivement on touche à l’érotique, mais il y a d’autres personnes que j’ai photographiées sur des moments qui paraissent déplacés, intrigants ou différents, pas forcément érotiques. Par exemple, il y a un mec que j’ai rencardé pour des portraits et j’ai fini par le prendre en train de pisser car un accessoire chez lui avait attiré mon attention. Ça dépend de ce que m’inspire le modèle. »

Mila Nijinsky - nu masculin

« J’apprécie les garçons fins et androgynes. Je ne photographie quasiment que des hétéros, ce sont ceux avec qui j’ai des histoires amoureuses et quelques amis homosexuelles, mais je cherche surtout en ce moment à photographier des amants homos ou bis dans leur propre intimité.

Mila Nijinsky - hommes hétéros ensemble - nu masculin

Mila Nijinsky - homme travesti

J’aime bien travestir les garçons en fille, ça fait partie de mes fantasmes. Quand je rencontre un garçon un peu féminin, j’apprécie de passer des petites soirées où je l’habille en femme, le maquille, on s’amuse ! »

Retrouvez les photos de Mila Nijinsky aux expos et Des femmes et des sexes et G/’il.les

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Vanda Spengler – 36 ans – Parisienne depuis toujours

Vanda Spengler - nu masculin

« Depuis 6 ans, mon combat consiste à démocratiser les corps sous toutes leurs coutures, et non pas de les sublimer. Ça fait dix ans que je prends en photo autant d’hommes que de femmes de tous âge, de toutes classes sociales, corpulences, ethnies, en situation de handicap. Je veux enlever la connotation sexuée du corps. Le pénis ou la vulve doit être mis au même rang que le reste. Je m’en fous qu’on trouve beau les corps sur les photos. Je veux juste qu’on puisse les voir, qu’ils existent. »

« Ma grand-mère est l’écrivain et féministe Régine Deforges. C’était une figure très forte, très matriarcale, qui s’était énormément battue. Elle a transgressé dans une société qui n’était pas ouverte. Elle a été la première éditrice française, elle en imposait. Elle l’a payé cher avec beaucoup de procès à cause de la censure. Je me rends compte qu’elle m’a transmis cette évidence d’expression, ça me semble juste naturel de montrer des corps. Ça me semble acquis. »

Vanda Spengler - nu masculin

« Ma plus grande fierté, c’est de faire poser des hommes qui ont la soixantaine et qui n’ont jamais fait ça. Ces hommes se découvrent un charisme qu’ils ne pensaient pas avoir. Le corps nu est un corps qui se libère de toutes les oppressions, c’est une respiration. »

« Les hommes acceptent de venir dans mon univers en sachant qu’ils ne vont pas être mis en valeur, ils vont être eux, seulement eux dans leur moi le plus torturé. »

Vanda Spengler - nu masculin

« Mes photos ne se veulent pas érotiques. Je ne souhaite pas susciter le désir. Je montre des corps primitifs, anatomiques, dans un malaise, un déséquilibre. C’est presque une nudité mortifère. Maintenant, certaines personnes les voient comme érotiques, parce qu’à partir du moment où il y a un corps nu, c’est érotique. C’est une lecture. C’est vrai qu’il y a de la torture, des gens qui souffrent, des rapports de force, je peux complètement concevoir que si on aime le BDSM, ça puisse exciter. »

Vanda Spengler - nu masculin

« Un corps de mec peut être très érotique. Un pénis, c’est vachement beau. Le corps d’un homme est tout aussi inspirant pour moi que le corps d’une femme. J’ai envie de mettre plus d’érotisme dans mes photos, c’est un projet en jachère depuis des années. Si je me lance là dessus, je mettrai en scène les zones d’ombre de la sexualité, les moments où on n’est pas en accord avec son partenaire, les moments où les corps ne se rencontrent pas, où on simule où on peut être triste. Le cul, ce n’est pas l’extase tout le temps ! »

Retrouvez les photos de Vanda Spengler aux expos Des femmes et des sexes et G/’il.les

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