Le handicap physique, un atout séduction ?

Ça peut arriver à chacun.e d’entre nous, vous êtes tranquille en train de traverser une rue, une voiture, un vélo brûle un feu. Comme ont dit dans les commentaires télé, « et là, c’est le drame ! » Vous voilà paraplégique pour toujours. Si les personnes handicapées sont les plus discriminées sur le marché de l’emploi c’est aussi le cas côté séduction. Cependant, tout ne s’arrête pas pour autant. Certains et certaines continuent d’avoir une vie sexuelle et sentimentale. Le handicap peut même devenir… un argument érotique, si si ! De quoi donner de l’espoir à tous, y compris à celles et ceux dits valides qui trouveront des conseils dans les témoignages que j’ai recueillis. Mise à part Marie-Léa Kinka, cam-girl paraplégique au succès fulgurant, les autres personnes handicapés se sont exprimées à l’occasion du festival « Ma sexualité n’est pas un handicap » qui s’est déroulé tout récemment pour la première fois à Paris.

« Si je n’avais pas eu cet accident, ma vie sexuelle n’aurait pas été aussi intense. »

Elsa* est handicapée depuis 25 ans. À 18 ans, elle chute dans l’escalier à cause d’un malaise. Elle vit aujourd’hui en fauteuil roulant et fait de gros efforts pour s’exprimer :

« Avant l’accident, j’étais vierge. Après, je me suis dit « t’as failli crever, alors maintenant, tu vas prendre des cours de sexe intensif. » (rires) Pendant 2 ans, j’étais un légume, impossible de me laver toute seule. J’ai vu défiler, des hommes, des femmes, de tous âges pour m’aider, qui me voyaient nue. Au début, j’étais super gênée, puis au bout de quelques semaines, j’en avais plus rien à faire. Ça m’a aidé énormément à assumer mon corps et à draguer sans problème. Je suis alors allée sur les sites de rencontres pour gens valides. Je disais clairement que j’étais handicapée et j’affichais des photos coquines. Ça excitait la curiosité. Les timides, ceux qui ne savent pas comment s’y prendre habituellement avec les femmes, osaient davantage avec moi. Ils étaient moins gênés. Si je n’avais pas eu cet accident, ma vie sexuelle n’aurait pas été aussi intense. En revanche, les histoires d’amour, c’est compliqué, j’ai des soins des médicaments, je ne veux pas imposer mes problèmes à un autre. »

 

« Nous sommes obligés de davantage nous toucher, c’est très sensuel. »

Juliette*, la trentaine, est handicapée depuis sa naissance à cause d’une forme de myopathie, l’amyotrophie spinale. Elle est en couple depuis un an et demi avec un homme dit valide.

« J’ai rencontré mon compagnon dans le milieu du handicap donc, pour lui, pas mal de préjugés étaient déjà tombés. Dans le quotidien, le handicap apporte un plus dans la relation parce que, par la force des choses, comme il s’occupe de moi, il doit m’habiller, me déshabiller, nous sommes obligés de davantage nous toucher, c’est très sensuel.

Et puis, comme je dois tout demander par la parole, ça nous oblige à nous parler beaucoup plus, même de choses désagréables. Moi, c’est ma première relation amoureuse mais lui, qui a connu déjà d’autres femmes, m’a avoué que le fait de dialoguer autant, facilite beaucoup les choses dans notre couple. Ça m’a chamboulé, je n’aurais jamais cru que mon handicap pouvait être un atout. Je m’étais créé moi-même mes propres préjugés.

Il y a des personnes attirées physiquement par les personnes handicapées, les devotees. Cette communauté vient des États-Unis. J’avais dialogué avec l’un d’eux sur internet. Certains m’ont dit que c’est le non-mouvement qui les excite. Moi personnellement, ça me gêne un peu que quelqu’un ne soit attiré que par mon handicap. Mais bon, après tout, il y a bien des gens qui aiment les blondes ou les rondes, alors pourquoi pas. »

 

« Quand vous êtes en fauteuil roulant, vous avez le regard pile au niveau des seins, c’est très motivant. »

Le handicap physique, un atout séduction ? Franck

Franck, 47 ans, est atteint depuis sa naissance par la maladie de Charcot-Marie-Tooth, une affection évolutive qui le prive de ses jambes et en partie de ses mains. Il se déplace uniquement en fauteuil roulant.

« Le handicap ne me dérange pas pour faire des rencontres. Quand j’ai des sentiments, je suis assez réservé alors je m’arrange pour que ce soit la personne en face qui fasse le premier pas. J’ai eu des aventures purement sexuelles et des histoires sentimentales. Une fois, j’ai même fait l’amour en voiture mais les flics nous ont arrêtés ! (rires)

Quand vous êtes en fauteuil roulant, vous avez le regard pile au niveau des seins, c’est très motivant, après le secret, c’est d’arriver à capter le regard. »

 

« Mon handicap m’a permis d’enrichir ma sexualité, je m’intéresse au clitoris. »

Jean*, la cinquantaine est paraplégique depuis 17 ans. « Il y a des choses que j’ose davantage faire qu’avant. Par exemple, je m’intéresse au clitoris, pas seulement parce que je suis à la bonne hauteur ! (rires) C’est surtout une façon de donner du plaisir qui est très forte. J’explore davantage et je prends le temps. Finalement mon handicap m’a permis d’enrichir ma sexualité.

Je continue de draguer comme avant. Mon truc : quand je monte dans ma voiture, qu’une jolie fille me propose de l’aide, j’accepte toujours même si je n’en ai pas besoin. Parfois aussi, je fais exprès de laisser tomber quelque chose par terre, une femme la ramasse et ça engage la conversation. Simple et efficace ! »

 

« Il faut montrer que le handicap apporte un intérêt à la personne en face. »

Le handicap physique, un atout séduction ? Marc

Marc, non voyant travaille à l’ADAPT, association pour l’insertion sociale et professionnelle des handicapés. Il est aussi coach en séduction.

« Pour les malvoyants ou non voyants comme moi, quand j’arrive au restaurant, je vais dire avec humour à la femme qui m’accompagne : « pourriez-vous me lire la carte avec une voix la plus sensuelle possible ? »

Il faut montrer que le handicap apporte un intérêt à la personne en face. Par exemple, quelqu’un qui a des troubles aphasiques, des difficultés pour parler, va économiser ses mots et donner sa réflexion au bon moment. En couple, ce type de handicap peut être apprécié d’une personne dite valide plutôt bavarde qui aura du coup, oralement toute la place qu’elle souhaite. Il faut assumer le handicap et qu’il soit accepté par l’autre. Sinon, rien ne sert de s’acharner. Que l’on soit ou non handicapé, l’échec fait partie de la séduction il faut l’accepter, sinon on se met la pression et les chances que ça marche, s’amenuisent. »

 

« Je gagne bien ma vie, alors que peu de cam-girls y parviennent. Je ne m’attendais absolument pas à un tel succès. »

Le handicap physique, un atout séduction ? Marie-Léa Kinka

Marie-Léa Kinka, 41 ans, est travailleuse du sexe, cam-girl plus exactement. Elle réalise des shows érotiques par écrans interposés et ce, malgré le fait qu’elle soit paraplégique depuis 11 ans à cause d’une chute de cheval.

« Si je ne tiens pas debout, je peux bouger mes jambes, mais je ne les sens plus, j’ai besoin de beaucoup de soins car je ne peux plus uriner par exemple. J’ai un régime très contraignant. J’envisageais ce travail comme un complément de revenu, j’ai tenté en me disant que ça ne marcherait probablement pas. J’ai commencé en octobre dernier. Au bout d’un mois seulement, j’étais nominée pour les Ero Award, j’ai cru que les organisateurs avaient fait erreur sur la personne ! J’ai 41 ans et en face de moi, il n’y avait que des jeunes femmes. J’ai remporté le prix en tant que meilleur modèle d’Europe de l’Ouest. Face aux demandes d’interviews, propositions de tournage dans le X, j’ai eu peur, j’ai mis mes réseaux sociaux en stand-by, le temps de retrouver mes esprits.

Donc, très vite, mon handicap s’est transformé en atout. Je gagne bien ma vie, alors que peu de cam-girls y parviennent. Je ne m’attendais absolument pas à un tel succès. Sur mes shows, j’affiche clairement que je suis paraplégique pour dissiper tout malentendu. Mes fans sont attirés à la fois par mon physique, grande avec beaucoup de poitrine, et puis par mon courage, ils sont fascinés et me demandent comment je fais pour assurer. Du coup, ils s’intéressent aux problèmes du handicap. Je leur fais carrément un cours, je leur explique que je ne peux plus faire certaines pratiques sexuelles et ils écoutent attentivement, l’ignorance est tellement grande sur ce type de sujets.

Je suis assez choquée que certains me disent qu’au niveau du look, je ne ressemble pas à une personne handicapée, bonjour les clichés ! Ça m’énerve ! On me demande si je ne suis pas un fake, si je ne joue pas la comédie pour attirer la compassion. Ça me fait beaucoup de mal, c’est une telle galère de se déplacer !

Je n’ai pas de petit copain car je ne veux pas imposer les lourdes contraintes liées au handicap. J’ai essayé mais ça se finit toujours mal. Donc, je suis seule et très heureuse comme ça. »

 

* les prénoms ont été changés pour des raisons de confidentialité.

 

 

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5 Commentaires

  • Merci miss pour l’article et les témoignages qui à mon sens montre une chose pourtant évidente l’humain souffrant d’un handicap est avant tout un HUMAIN.
    Je crois que pour moi le passage le plus difficile fut au moment de l’adolescence. C’est comme pour tous le monde tu veux être différent mais pareil… bon ben avec un handicap c’est la même chose mais tu forces le trait et surtout tu ne peux pas passer inaperçu

    Il faut apprendre à faire de cette visibilité une force. C’est pas tous les jours faciles et c’est du travail forcé je vous l’accorde.

    Contrairement à pas mal de témoignage ici ou ailleurs je n’ai jamais réussi à draguer et à utiliser mon handicap pour du cul. Mes partenaires ont la désagréables tendance à rester.

    Je comprend tout à fait le point de vue du « je ne veux pas imposer mon handicap » mais les quelques personnes qui ont partagés ma vie m’ont toute renvoyé.e.s la même chose ce fut un bonheur de faire cette expérience (c’est réciproque)

    Comme les autres humains nous n’imposons rien, nous sommes comme ça.

    Ma précédente femme m’a bien imposée sa blondeur pendant 12 ans ! L’actuelle, que tu connais un peu, m’impose bien son métier et son absence de pudeur… C’est une boutade mais elle permet d’illustrer une forme de suffisance de la part des handicapés : nous prenons notre différence comme un fardeau alors que c’est juste une différence !

    Et puis on a échappé au pire on aurait pu vivre une vie monotone, ennuyeuse voire même sans intérêt

    • Regarder le handicap juste comme une différence, c’est très bien vu. Ca change la manière dont on l’aborde, et la manière dont les autres autour l’abordent. Merci pour ton témoignage plein d’optimisme.

      • Hahaha comme disait Bernard Guetta ce matin « je ne suis pas optimiste » (beaucoup plus un pessimiste joyeux) c’est une simple analyse hors émotion.

        Comme tout le monde il y a des choses que je ne peux pas faire, que je fais mal, d’autres que je fais mieux voir même très bien (les cunni notamment pour rester dans la thématique)… comme tous le monde.

        Le seul avantage que j’ai c’est que ma différence ce voit, je ne peux pas me la nier…
        Les autres, les malades inconscients s’épuisent à vouloir être con-forme au lieu d’être eux… j’ai beaucoup de chance

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