Squirt : J’ai testé l’atelier « femme fontaine »

atelier squirt - Misungui
Illustration Luba

La femme fontaine oscille entre légende urbaine et bête de foire. Face au phénomène de l’éjaculation féminine, beaucoup de filles et de garçons sont un peu paumés. Est-ce du pipi ? Qu’est ce qui produit ce liquide ? Toutes les femmes sont-elles concernées ? Il y a très peu d’information sur la question. Voilà pourquoi la performeuse Misungui a animé un atelier sur ce qu’elle préfère appeler le squirt (gicler en english), on dirait le nom d’un sport de glisse. Et là, les connaissances et les conseils ont jailli !

L’atelier se déroule dans la librairie Zeugma à 100 mètres du métro Mairie de Montreuil. Un commerce plutôt engagé. Dès l’entrée, je tombe directement sur les rayons « féminisme » et « érotisme » avec L’éducation des femmes de Choderlos de Laclos ou encore Le potentiel érotique de ma femme de David Foenkinos.

Robe à fleurs et collants noirs, Misungui accueille les participants : « ça se passe dans la pièce au fond, je ne vais quand même pas gicler sur les bouquins ! » s’esclaffe t-elle. Misungui est un personnage bien connu de la sphère érotico alternative parisienne. Cette jolie petite brune à la sensualité brute, appelle une chatte, une chatte. Elle se définit comme une féministe queer et pro-sexe, anarcho communiste. Bref, elle est pour le partage des connaissances côté fesses. Voilà pourquoi elle organise régulièrement ses « Petits Bordels », ateliers sur la sexualité.

Dans une salle éclairée par de grandes fenêtres, 11 femmes ainsi que 2 couples et 2 hommes s’assoient par terre, en cercle. Devant eux, adossée au mur, Misungui pose ses fesses sur une serviette éponge rouge. Tiens, tiens mais où sont passés ses collants ? Mais elle n’a plus de culotte non plus ! Juste à côté d’elle, un énorme vibromasseur est relié à une prise par un fil. Il va y avoir du spectacle ! On se calme, rappelons nous que nous ne sommes pas dans un cirque érotique.

Petit tour de parole des participant.e.s qui ont en moyenne la trentaine, quelques femmes la quarantaine. Chacune et chacun se présentent et expliquent pourquoi elles et ils viennent ici en plein dimanche après-midi : « j’ai 32 ans, j’ai giclé pour la première fois à 28, je me sens un peu seule face à ce drôle de phénomène », « je viens juste par curiosité personnelle », « je suis tellement concentrée dessus que je n’arrive pas à me lâcher », un gars : « je l’ai déjà provoqué chez mes partenaires mais je cherche une technique infaillible pour déclencher le squirt à chaque fois. »

La parole est maintenant à l’experte : « je me caresse depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Entre l’âge de 5 et 20 ans, j’ai giclé 5 fois environ mais j’ai compris le système auprès d’une performeuse queer. Maintenant, je le fais tout le temps. Je reconnais qu’au début ça fait un peu mal, comme une grosse envie de faire pipi. En fait, il faut s’abandonner complètement. Par exemple, je m’étais faite attacher et ça m’avait aidé. »

Misungui explique qu’il y a deux méthodes :

  • la technique où il faut appuyer plusieurs fois sur le point G, ce point situé à 4 centimètres de l’entrée du vagin vers l’avant. Elle montre sur elle : « Avec un doigt ou deux, je rentre les deux premières phalanges, on sent une texture avec des plis. » Mais c’est très compliqué de se faire gicler toute seule de cette façon, il faut un partenaire.
  • La technique en jouant avec le clitoris soit avec la langue de son partenaire, soit avec sa propre main (bien propre au passage), ou avec un vibro. Démonstration la tout de suite. Misungui s’empare de l’appareil et le plaque sur sa vulve, caressant son clitoris. Au bout de quelques secondes, sort d’entre ses jambes, un jet puissant à un mètre cinquante environ devant elle, une flaque se forme.
  • atelier squirt - MisunguiElle connaît bien la longueur du jaillissement car personne autour n’a été éclaboussé. La salle est bluffée : « ça va loin ! » « c’est dingue ! »

Misungui n’a pas l’air d’être partie dans une folle extase : «  A force de le pratiquer, mon corps connaît le chemin tout seul. Je n’ai pas eu d’orgasme, c’est mécanique. Donc, il faut le faire seulement si ça vous fait triper ! Si ça vous excite, ce n’est pas le St-Graal, on peut avoir une vie sexuelle très épanouie sans cela. Et puis, c’est plus facile pour certaines, ça dépend de l’anatomie, chacune est différente. » Dans l’assistance, une blonde prend la parole : « moi aussi, je ne ressens pas d’orgasme, mais une sorte de lâcher-prise, de perte de contrôle. Après, je me sens bien. »

À propos d’anatomie, passons aux explications scientifiques. Comment ça marche ? J’imagine Michel Chevalet l’air très imprégné, prêt à nous faire des tas de schémas ! Misungui est bien plus sexy. La voilà qui nous montre un clitoris, taille réelle en plastique, donc aussi toute la partie interne, qu’on ne voit pas et qui enserre le vagin. C’est un tout.

atelier squirt - Misungui

atelier squirt - Misungui

Puis Misungui dessine une vulve.

atelier squirt - Misungui

Dans la partie haute, au dessus de l’entrée du vagin, se trouvent sous la peau, les glandes de Skene. Ce sont elles qui produisent le fameux liquide.

Ce liquide a la même composition en minéraux qu’un éjaculat masculin, sans les spermatozoïdes évidemment ! Sous l’effet de l’excitation, ce liquide remplit la vessie. « Là, il va peut-être se mélanger à du pipi, mais bon, ce n’est pas sale, l’urine est connue pour être stérile » prévient Misungui. Puis, tout cela va ensuite être évacué par l’urètre. Il n’y a donc pas avoir honte, c’est un phénomène naturel. Ah ! Mais je comprends mieux pourquoi du coup, nous les filles, on a souvent envie d’aller aux toilettes après l’amour. En fait, il s’agit surtout du liquide produit par les glandes de Skene.

Quelques conseils pour apprendre à squirter en liberté :

  • boire pas mal d’eau avant. Logique, basique !
  • quand on est aux toilettes, au moment d’uriner, stimuler de façon érotique votre urètre et juste au dessus votre clitoris, de façon à associer la sensation à du plaisir. Cela crée de nouveaux chemins neuronaux dans le cerveau.
  • Ensuite essayer hors des toilettes, pour débloquer le verrouillage lié à notre éducation. Nous avons appris à ne pas faire pipi partout, toute une éducation à refaire !
  • Regarder des films pornos de squirt, ça aide pour la technique.
  • Quand on maîtrise bien, on peut viser parterre et mettre un coup de serpillère ensuite. Mettre des serviettes autour sur le matelas, ça ne sert à rien contre les inondations. « Il faut un lit pour dormir, un lit pour baiser », selon Misungui. Un peu compliqué là quand même ! Un mec dans l’assistance : « moi je sors le sèche-cheveux ! » (Rire général)

Au fait ! Les hommes dans tout ça, à quoi servent-ils à part à nettoyer ? Misungui a surtout parlé de la technique qui permet de se faire gicler toute seule. Pour une fille dans le public, c’est plus difficile de squirter quand il y a son copain à côté : « pourtant, il aime ça mais je n’arrive pas à me lâcher. » J’imagine alors pour celles dont le mec trouve ça dégoutant ! Ce n’est pas le cas du petit ami de Misungui : « Je lui en mets plein la gueule, comme une éjac faciale. Ça donne un sentiment de puissance incroyable. » Une autre jeune femme acquiesce : « moi aussi, quand j’éjacule sur mon conjoint, j’ai une impression de domination douce.» Ce dernier ici présent, apprécie moyen ce déballage en public : « ça me gêne que tu dises ça, moi je préfère te soumettre. » Être un homme libéré, c’est pas si facile !

Selon Misungui, il y a un fort conditionnement des femmes à avoir honte de leur corps : « si on nous apprenait que l’éjaculation féminine est aussi banale que la masculine, nous le ferions tous le temps. » Maintenant que nous avons compris le mécanisme, c’est surtout dans la tête que ça se passe : « j’ai essayé d’aborder le sujet sous un angle plus psychologique que technique, parce qu’on parle de plaisir, c’est cérébral. » m’affirme la jeune femme à la fin, une fois, que tout le monde est parti. Pour devenir fontaine, encore faut-il y trouver un intérêt, démarrer l’apprentissage en solo, puis éventuellement partager cette joie avec un compagnon ouvert, détendu. C’est une pipiste en tout cas.

Merci à Luba, présente à l’atelier, pour son illustration de Une. Retrouvez là sur Facebook et sur Instagram 

Thème du prochain Petit Bordel de Misungui : #Hors-Série : Prends la Parole ! Le 2 juin 14h-16h à La Mutinerie – 176 rue St-Martin – Paris 3ème – Pour en savoir plus, c’est toujours mieux…

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5 Commentaires

  • Excellent, comme d’hab on va dire
    MERCI à Misungui de préciser que ce n’est pas une fin en soi

    squirter (perso je trouve le terme super moche) n’est pas du tout concomitant à l’orgasme !!!!
    Il faut le dire et le redire !

    Un peu comme elle je suis branleuse professionnelle et je peux faire une fontaine sans forcément avoir d’orgasme par contre l’imperatif et de me lacher

    Après de nombreuse discussion avec des hommes nous en sommes venus à comparer le squirt avec le phénomènes de l’éjaculation masculine pour moi c’est très très proche

    A ce sujet les hommes non plus n’ont pas forcément d orgasme en ejaculant… mais ca ils sont pas nombreux à vouloir l’entendre (et c est un autre sujet)

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