Soirée « Outrage » Éros et Camélia : fesses, toutou et homme-objet

Un garçon transformé en table desserte vivante pour distribuer les petits fours, un homme toutou qui fait le fou, une soumise en extase, la soirée « Outrage » organisée par Éros et Camélia, s’est montrée à l’image de son invitée d’honneur, l’écrivain Maryssa Rachel et de ses textes indécents. Pour être à la page, j’étais de passage lors cette nuit pas sage.  

Rien de pire que l’injonction au bonheur. L’obsession à vouloir à tout prix être heureux conduit irrémédiablement à l’échec. Pas facile dans notre société consumériste qui ne cesse de nous vendre du bonheur préfabriqué. Or chacun bâtit le sien, à sa mesure, en acceptant ses propres limites mais aussi celles des autres. Il est bien plus aisé d’adapter nos désirs au monde qui nous entoure plutôt que le contraire.

Derrière le Palais Royal, je pénètre dans le club le Majestic, ex lieu de débauche gay, décidé à virer sa cuti pour ouvrir désormais aux libertins. Étant donné la crise économique qui touche les boites à cul en ce moment, je leur souhaite bien du courage !

Le personnel est nombreux et accueillant. Ça se passe au sous-sol qui sent l’humidité des bas-fonds habités. Un pan de mur est recouvert de velours rouge – c’est rare d’y échapper en club libertin – décoré de quelques masques vénitiens et de roses rouges. Des roses il y en a un peu partout, et pour l’instant, Dieu seul sait où elles vont finir !

Bon, je continue de vous faire visiter. Au plafond, des carreaux miroirs, sur les murs encore quelques miroirs cette fois un peu biseautés. Un premier bar à ma droite avec un buffet de petits fours, charcuteries, saucisses en croute. La pièce principale mesure une dizaine de mètres carrés. Elle fait office de piste de danse, décorée d’une petite croix de St-André blanche et de canapés de skaï rouge. Couleur rappelée par de grands voilages derrière lesquelles se trouve une backroom meublée simplement d’un large sofa de cuir noir, d’une table basse et de cubes en plastique blanc un peu dur pour les fesses. Un escalier hyper étroit mène à une pièce cachée un niveau en dessous où il y a juste la place pour un grand lit, il faut vraiment chercher pour en profiter !

Pour atteindre le fumoir plutôt bien agencé, vous devez gravir de grandes marches comme des gradins, sur talons aiguilles c’est un peu rock and roll. Et puis, surprise ! Le club aussi exigu soit-il, compte cependant un second bar près des toilettes. Dans l’ensemble, il n’y a pas trop de souci du détail, les lieux semblent fraichement bricolés, avec les stigmates de toute la trashitude qu’ils ont hébergée jadis (ancien club gay je le rappelle). Ce qui sied parfaitement à l’invitée d’honneur de la soirée : la sulfureuse romancière Maryssa Rachel. Sa dernière œuvre Outrage éditée chez Hugo Roman, ne nous épargne rien avec des scènes très réalistes de martinet, bondage, lavement à base de billes, fist-fucking, uro, gang-bang sans capote, inceste, viol et même une scène de zoophilie. Le tout avec une belle écriture brute et saccadée. Lors de sa sortie, Outrage a fait scandale sur les réseaux sociaux. Âmes sensibles, s’abstenir, Maryssa ne fait pas dans « l’érotiquement correct ». Cette jolie punk vit en ascète loin de Paris et ce soir, nous avons la chance de la voir en longue robe de latex, corset et talons hauts :

– Emma, j’ai trop mal aux pieds, je ne rêve que d’une chose, remettre au plus vite mes vieilles rangers.

– Est-ce que Outrage t’a offert une petite renommée ?

– Et bien, après les photos de bites, disons que je reçois désormais des photos de chattes, des « pussy pics », si, si !

– Alors, tu nous prépares un nouvel opus ?

– J’ai déjà pondu trois nouveaux manuscrits mais les maisons d’édition craignent que mes textes n’effrayent leurs lecteurs. L’heure n’est pas à la prise de risque.

Ce sont ses amis, organisateurs des soirées Éros et Camélia, qui ont préparé l’événement autour d’elle : Camille Belle de Jour, dominatrice de haut vol, la pulpeuse Anna Aventurine et Sacha Bel Ami, couteau suisse du milieu érotique, aussi bien spécialiste de la forniphilie, l’art de se transformer en meuble (dans cet article Franck, c’est Sacha, à l’époque non outé, prononcer aouté) que des fétichismes en tout genre, comme nous avons pu le constater lors de son interview dans l’émission de Monsieur Poulpe, Crac Crac sur Canal +.

Niveau dress code, il faut jouer autour du rouge et noir, latex, cuir, vinyle et textile. Mention spéciale à Phil, un habitué du milieu, grand gars souriant, un peu dégingandé, en chapeau haut de forme, veste queue de pie, porte-jarretelles noirs, et en rouge : jarretière, string mettant en valeur le paquet, et la petite touche en plus, les menottes en fourrure dont la chaine est enroulée autour du cou. Raffinement total !

Je la croise désormais à toutes les soirées et je l’intronise reine des nuits décadentes, je tombe sur l’incontournable Clarissa Rivière, bloggeuse et auteure de nouvelles érotiques. Toujours joyeuse, naturelle et spontanée, elle est accompagnée d’un soumis. Sa tête me dit quelque chose, mais j’ai un trou.

– Clarissa, c’est le même que la dernière fois ?

– Bah oui, tu ne t’en souviens pas ?

– Heu… si, si, maintenant que tu me le dis…

Tronche du soumis un peu vexé qui commence à douter : « ah bon Clarissa, vous en avez d’autres ? » Je crois que ma mémoire de demi alcoolique a encore semé le dawa…

Arrive sur ce, Guillaume, garçon sympathique un peu barbu, qui bosse sur l’organisation de la Nuit Démonia prévue le samedi suivant. Il s’agit de la plus grosse soirée fétichiste parisienne. Voilà pourquoi il y a seulement une ou deux éditions par an. Cette fois, le thème porte sur les contes de fées. Guillaume : « c’est assez drôle parce que pas mal de gens ont cru qu’il s’agissait juste d’une fête déguisée, sans comprendre qu’il y aurait des pratiques bdsm. Il a fallu être un peu plus explicite dans notre communication. » Que ceux qui y sont tombés sur la Belle au bois dormant en train d’attacher le prince charmant façon rosbif, ne s’étonnent pas !

Le DJ baisse le son, une reprise de Nirvana version remixée. Place à quelques minutes de lecture par l’auteure elle-même, illustrées par une performance de D’Ange et de sa soumise Chloé. La blonde décolorée aux tétons traversés de petites barres de métal est nue, les jambes juste gainées de bas noirs. Appuyée contre le bar, la croupe offerte à la vue de tous, elle reçoit coups de martinet et de fouet. D’Ange la connaît parfaitement, choisit la juste intensité qui mène au plaisir.

Éros et Camélia
crédit : Laurent Ducruit

Pour finir, Chloé se passe un énorme vibromasseur entre les cuisses, poussant des gémissements d’extase. Ça ne sent pas le fake ! L’exhibition l’excite ou peut-être est-ce la honte, ou bien un mélange de tout ça. L’esprit humain est si complexe…

Michette Zinella et sa bande débarquent. Cette figure des nuits dépravées, n’a pas sorti ses mules à talons hauts, « trop peur de ma casser la binette ce soir ». L’accompagne la toujours guillerette Nathalie qui danse toute seule, se fichant éperdument de ce que pensent les autres.

Éros et Camélia
Crédit : Laurent Ducruit

Une grande fille brune élancée, vêtue de lanières de cuir et de rangers, une Lara Croft des nuits parisiennes, balade au bout de sa laisse un jeune homme mince au masque de chien tout en cuir, et combinaison moulante noire. Il ne lui manque que la queue. De quoi rejouer la fameuse scène zoophile d’Outrage !   

Le canidé d’un soir fait le beau, joue le foufou, totalement dans son rôle. L’animalisation fait partie des pratiques bdsm. Singer la bête repose l’esprit car on ne pense plus à rien, sauf à se coller aux longues jambes de Maîtresse, champ de vision réduit au divin.

Mais le plus bluffant de la soirée organisée par Éros et Camélia, reste à venir ! Camille Belle de Jour, serre-taille et porte-jarretelles de latex, soutif de dentelles, le tout rouge et noir of course, la miss donc, chope un jeune gars habillé en tenue de ville. Il ne va pas le rester le longtemps… J’ai appris par la suite qu’il s’agissait d’un soumis débutant, prêt à tout les défis pour la dominatrice. La voilà qui lui retire sa chemise puis sa ceinture. Camille la fait coulisser autour du coup du garçon, serrant légèrement. Puis, elle fait glisser ses ongles tout autour de la taille de sa proie qui s’abandonne encore un peu plus. Quelques coups de martinets et beaucoup de caresses plus tard, le jeune homme est en slip, à quatre-pattes. C’est là qu’arrive Sacha poussant avec un grand manche, une petite plateforme à roulette. Camille installe alors le débutant téméraire dessus, bras et jambes repliés sous lui. Le tube d’acier pour manier la plateforme passe juste entre les fesses. Sacha enveloppe le tout dans du papier film noir, le gars ne fait plus qu’un avec l’engin. Un plateau est alors fixé sur son dos. Des roulés de charcuterie sont déposés dessus. Et pour la touche déco, Camille pique des roses à travers l’emballage. Et roule ma poule ! La jeune femme se balade dans la boîte avec sa table desserte vivante, proposant à qui voudra des petits fours qui ont le goût de l’effort.

Devenir homme-objet dans le sens le plus propre du terme, lâcher-prise, renoncer pendant quelques minutes à être un individu avec tout ce que ça comporte de devoirs, de responsabilités et de désirs inaccessibles, n’est-ce pas là une voie vers la félicité ?

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