Pourquoi des hommes restent-ils quasi silencieux pendant l’amour ?

Total self-control ! Beaucoup de messieurs restent super sérieux, silencieux pendant l’acte. Si vous vous taisez mesdames, on pourrait entendre une mouche voler. Pourtant, s’ils essayaient de davantage se lâcher, ces hommes ressentiraient plus de plaisir. Vu et entendu comme ça, ça se tente ! Mais bien sûr, aucune obligation.

Avouons qu’au lit nos mimiques peuvent paraître bien cocasses. D’un côté des femmes se lancent dans des vocalises qui entraînent parfois, dans les parties communes de l’immeuble, un mot agacé d’un voisin peut-être un peu frustré. De l’autre, des hommes muets, hyper concentrés, « contents centrés » sur leur tâche, avec des mines constipées. J’exagère à peine ! Dans les « coins câlins » des clubs libertins où je me rends régulièrement en reportage même constat : le râle du mâle est rare.

J’ai d’abord posé la question à une partie de la communauté qui suit Paris Derrière. J’ai changé les prénoms pour des raisons de confidentialité. Selon Eric : « nous restons silencieux, tout simplement pour se concentrer sur la chose que nous avons à faire …. Si c’est mal fait, vous critiquez et vous vous plaignez auprès des copines. » D’après Marianne : « peut-être est-ce simplement en lien avec le fait que culturellement les hommes ne sont pas incités à exprimer leurs émotions et à parler de leurs sensations. Pourtant, quand ils ont un rhume, qu’est-ce qu’ils râlent ! »

Pour Serge : « Les hommes ont peur de ne pas être performants. Vous les femmes, vous pouvez toujours simuler ! » Dans ce grand sport de compétition qu’est la partie de jambes en l’air, les femmes qui jouent les supportrices, ont l’avantage. Tout ça rappelle un peu le tennis pro où les dames poussent de grands cris dans l’effort mais pas les messieurs. Nous nous éloignons un peu du sujet mais pas tant que ça !

Le sexologue Philippe Arlin

J’ai interrogé le sexologue Philippe Arlin, auteur notamment de Sexuellement incorrect, ouvrage dans lequel il décode avec minutie les mécanismes de genre à l’œuvre dans la sexualité : « Culturellement, à partir du moment où l’on a assigné aux hommes la mission de faire jouir les femmes, il était important qu’elles témoignent de cette jouissance. Donc on a appris aux femmes à faire du bruit. Il faut faire écho à l’homme de l’impact positif qu’il a. La femme crie pour encourager, applaudir son partenaire comme si c’était de lui que dépendait entièrement le plaisir féminin, ça se saurait… » (rires) En effet, on sait désormais que la femme, généralement clitoridienne, est autant responsable de son propre plaisir que l’homme. Les gars donc, inutile de vous mettre la pression à ce point là !

Philippe Arlin poursuit : « les hommes se maîtrisent, tout à leur tâche. Sauf que cette attitude peut entrainer des conséquences néfastes. Dès qu’un homme veut trop contrôler la durée de ses érections, de la pénétration, il risque d’obtenir l’inverse. » Et voilà l’une des cause de l’éjaculation précoce ! « En sexualité le « je veux » est l’ennemi du « je peux », plus on veut quelque chose, moins on l’obtient. Tout ce contrôle est anti-sexuel et finalement anti-performance. Un rapport satisfaisant naît de la capacité à laisser son corps faire tout seul en lâchant le mental. Ce non laisser-aller, ce non-abandon qui fait que l’homme reste silencieux, et bien empêche quelque fois un plaisir plus intense. » Ah ! C’est très très intéressant ça les mecs, il y aurait moyen de prendre davantage votre pied. Nous allons y venir.

Pourquoi donc l’homme est-il obnubilé à ce point par le but ? Contrairement à la femme qui connaît une montée progressive du plaisir avec « un orgasme à des milliers de kilomètres en terme de puissance de l’orgasme masculin » m’assure le sexologue, l’homme ressent moins pendant les vas-et-viens puis il est submergé d’extase au moment de l’éjaculation, avant de s’endormir… Cependant, nous serions en partie victime là encore d’une construction culturelle liée au poids des religions. Ces dernières poussent au coït reproductif, et si possible le plus rapidement possible, bah parce que le sexe c’est sale ! Hein ! Alors surtout, agissons vite fait, bien ou mal fait ! Et de façon utile, s’il vous plait !

hommes silencieux pendant l'amour

En passant, petit encadré sur les volubiles. Jérôme adore susurrer des petites phrases : « Que c’est bon », « j’aime trop ça », « j’adore me sentir en toi », « putain c’est super bon », « j’adore ton sexe », « je te sens trop bien », « continue ». J’ai l’impression d’accroître mon plaisir en l’externalisant. » Pour Philippe Arlin, les hommes ont cru à tort que l’expression devait passer par des mots. En fait, ça aide à rester dans le contrôle. C’est une manière de nourrir son imaginaire, son érection mais aussi d’attirer l’attention sur soi. En fait, le dirty talk ne vient pas des tripes mais bien du mental. Or, c’est ce dernier qu’il est bon de mettre de côté pour lâcher-prise.

Des hommes gagneraient en plaisir, en sensations, en émotions, en prenant exemple sur des femmes qui ont bien compris que le fait d’articuler verbalement le mouvement, peut permettre de mieux le vivre, de mieux le ressentir dans leurs corps. Le sexologue le confirme : « Dans le fait de formuler, de dire, on se met en écho avec notre plaisir et ça l’augmente. Les femmes qui s’autorisent à faire du bruit, amplifient leur jouissance. C’est loin de n’être que du cinéma. »

Ceux qui en ont fait l’expérience approuvent comme Alexandre : « Au fil des années et de quelques rencontres déterminantes, j’ai appris à être plus expressif. J’ai alors le sentiment de davantage partager. » Même son de cloche du côté de Bertrand : « pendant l’amour et aux alentours de l’orgasme, je restais silencieux. Mais ma compagne a su me faire comprendre qu’elle aimerait m’entendre jouir. Eh bien, j’ai appris à donner de la voix moi aussi et désormais je ne peux plus m’en passer. Il me semble que ce qui m’en empêchait, c’était de montrer la perte de contrôle. L’orgasme est plus jouissif quand il est sonore, je confirme. »

hommes silencieux pendant l'amour

L’un des obstacles réside dans le fait que les hommes ne sont pas éduqués à être attentifs à l’intérieur de leur corps, ils s’y connectent difficilement, leur sexe étant tourné vers l’extérieur. Aucune femme ne s’inquiète de ce que le pénis ressent quand elle est pénétrée, elle s’inquiète de ce qu’elle ressent elle. Le jour où les hommes sauront faire exactement la même chose, ils connaitront davantage de plaisir. Emmanuelle Duchesne, coach en slow sex, va dans ce sens : « les hommes peuvent faire beaucoup de bruit, c’est juste qu’ils doivent apprendre à lâcher-prise, à se laisser faire. L’idée, c’est de se montrer plus réceptifs, plus passifs. Mais pour ça, c’est pas mal d’être moins dans le « faire », ils auront alors des sensations assez intenses qui vont les traverser. »

Le mot est lâché : « plus passif » oulala ! Nous voilà en terrain glissant. Qu’est-ce que ça signifie si je me laisse aller, moi le mâle alpha ? Tout ça, c’est trop connoté féminin.

Comprenez bien les mecs, qu’en continuant à croire cela, vous resterez piégés dans le diktat de la virilité et vous n’avancerez pas d’un pouce… qui, avouons le entre nous, peut être bien placé à certains endroits. C’est aussi aux femmes à les autoriser à cela. Car pour certaines d’entre elles, hélas, un homme expressif n’est plus un homme. Mais pas pour toutes. Christelle préfère « baiser avec un mec qui se met à glousser et à pousser de bons gémissements, plutôt qu’avec un gars qui pince sa bouche très fort, fait rouler ses yeux. Ça ne le rend pas moins mâle pour autant. »

Diktat de la virilité, performance, cet article tourne finalement toujours autour des injonctions faites aux hommes, injonctions qui les privent de bien des extases. Pour Philippe Arlin, ils s’épargneront pas mal de problèmes à partir du moment où on sortira de « ce qui fait un homme, c’est avoir une bite entre les jambes, une bite qui bande. Lâcher-prise avec son pénis, c’est ne plus s’obliger à bander. Je suis curieux du comportement de l’individu avec son corps et quand je regarde des pornos, des webcams, beaucoup d’hommes quand ils s’exhibent, vont se tripoter le slip pendant trois plombes et ils ne baisseront leur sous-vêtement que sur une érection. On voit très peu de sexes au repos. Un sexe mou, c’est un signe d’impuissance. Or, se laisser aller avec son pénis, c’est déjà être capable d’être face à l’autre dans une libre expression de ses organes génitaux, et donc, pourquoi pas, d’être aussi en ouverture par rapport à notre anus, nos pieds, nos mains, nos seins, toutes les zones érogènes du corps. C’est être capable de se dire, mon sexe bande ok je peux pénétrer, il ne bande pas, bah on fait autre chose, ce n’est pas grave. Je me sers de mes doigts, de ma langue. » Acquérir une capacité à accueillir ce que le corps propose, ça éviterait que tous les rapports se ressemblent à la minute près. Paradoxalement, c’est en « désérectisant » en « déphallocentrant » la sexualité que les messieurs se sentiront mieux, enrichiront leur plaisir et celui de l’autre. Et puis, c’est quand même plus simple de guider la partenaire en face, par de petits ou de grands gémissements, ça peut lui permettre de prendre davantage d’initiatives. Nous sommes dotés de cinq sens bon sang ! Dommage de s’en priver, question de bon sens !

Sexuellement incorrect – Philippe Arlin – édition de la Martinière – 17€50

Libérez votre désir – Philippe Arlin – La Musardine – 16€

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3 Commentaires

  • Pourquoi certains hommes sont muets comme des carpes au lit et d’autres peuvent gémir autant qu’une femme le ferait ? Grand questionnement que j’ai souvent eu. C’est vrai que généralement, tu remarques que le mec qui ose gémir a une sexualité plus libérée, mois normée, moins dans la retenue et plus présente aux sensations. En plus, je trouve cela super excitant un homme qui émet des sons de plaisir, qui te communique son excitation via des gémissements et murmures qui semblent incontrôlés. Composer ensemble la musique de l’excitation et se laisser aller à cette symphonie, c’est juste merveilleux quand on fait l’amour. Donc oui, osez vous exprimer les hommes, osez gémir, osez jouir à haute voix svp !

    Super article Emmanuelle, il est PAR-FAIT ! Merci beaucoup pour cette lecture enrichissante.

  • Cet article est très intéressant. C’est vrai l’homme est souvent pris au piège de la performance et c’est bien dommage. Comme il est dit, il n’y a pas que la bite, il y a aussi les doigts la langue et les jouets. Et puis une panne d’érection n’est pas la fin du monde non plus. C’est juste un problème d’ego.

  • Excellent article qui remet bien l’ensemble en perspective
    mais ne nous leurrons pas là on parle des hommes mais les femmes étoile de mer sont légion aussi. Dans mon taf en webcam j’ai souvent comme réflexion elle fait trop de bruit elle simule ! Et bien non je suis une « hurleuse » et j’aime ça !
    en tant que femme il faut donc crier mais pas trop … sinon ça fait pute
    et je crois que les mecs sont tout autant marqués par cette imagerie. Si je cris trop ou exprime trop elle va me sentir faible … et ça c’est hyper flippant

    comme d’hab la sexualité et le triste reflet de notre éducation consciente et inconsciente heureusement comme l’éducation on peut agir dessus notamment avec ce genre d’article

    Remarque concernant les films pornos ou les cams :
    c’est comme au cinéma tu en veux pour ton argent !
    Voir un acteur ou un webcameur moue du zboub c’est pas bandant tu veux le voir au top de la forme un peu comme quand tu va voir le dernier iron man
    Si d’un coup l’acteur est pas maquillé qu’il a les poches sous les yeux et que tu entends « bon sur le plateau dans 20 minutes » tu es gaché
    Tu as payé pour voir un super heros (et c est pareil dans le porno) pas un alcoolo megalo plus ou moins depressif (ou alors c’est pas iron man que tu es allé voir)

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