Soirée de La Team : Grosse fiesta libertine en terrain sm

soirée libertine La Team club Cris et Chuchotements

Quand une bande de jeunes libertins, La Team, prend d’assaut un club SM de la capitale, ça donne une fiesta bien dévergondée : le jeu « La vente aux esclaves » qui finit en pluie de billets confettis, femmes entreprenantes et folle gaudriole. Immerfion, pardon immersion !

Trop de plaisir nuit au bonheur. Notre cerveau peut être saturé de dopamine, neurotransmetteur de l’excitation. Du coup, il n’en perçoit plus un autre, la sérotonine, qui nous rend heureux. À se gaver de tout, sexe, sucre, shopping, drogue, nous finissons par ressentir un trop plein, une overdose puis un grand vide. Oser doser le plaisir, juste ce qu’il faut, sans excès, pour ressentir une sensation de plénitude, est un art de vivre et une discipline, résultats parfois d’un long chemin. C’est ça être épicurien.

Les nuits érotiques parisiennes se composent de plusieurs chapelles : libertine, BDSM, fétichiste, queer, lesbien, gay, bi… La capitale aime les étiquettes. Il faut que chaque chose soit à sa place, les différents univers se croisent rarement. Cependant, depuis peu, les choses bougent. Je vous avais narré la Latex Addict, soirée fétichiste qui avait lieu au club libertin Le Château des Lys. Et bien, ce soir, c’est le contraire. L’unique club BDSM de la capitale, Cris et Chuchotements, accueille un événement libertin organisé par La Team, une bande de quatre joyeux trentenaires : Pauline, Delphine, Brice et Baptiste. Il s’agit d’amis et non de deux couples, qui invitent leurs potes rencontrés dans le milieu.

soirée libertine La Team Cris et Chuchotements

Je suis flanquée de ma blonde stagiaire, Clara, apprêtée comme il se doit, porte-jarretelles de rigueur, robe courte noire, top avec de larges trous au niveau des épaules. Nous voilà rue Truffaut derrière la place de Clichy, devant la petite porte toute discrète du club. C’est Brice, jeune gars séduisant grand mince en costard, qui ouvre. Moi qui m’attendais à un quinqua bedonnant, quelle bonne surprise ! « Ici, Emma, c’est la fête avant tout ! Le reste vient ou pas. Avant, j’étais un peu trop dans la performance. Maintenant, je m’en fous, ce qui compte, c’est de se marrer, de mieux connaître les autres. »

Après un passage au vestiaire entouré de barreaux et tenu par une fille souriante et polie, nous descendons au sous-sol par un escalier étroit. Et là, nous tombons dans la salle principale, cave voutée de belles pierres, meublée de canapés style Empire, avec au mur des reproductions de Tamara de Lempicka, des étagères éclairées de l’intérieur avec des têtes de diable en marbre et des méridiennes miniatures, Cris et Chuchotements se veut un écrin sadien très cosy. Une sculpture représente une main, l’index pointé vers le ciel. Est-ce le doigt de Dieu issue de La Création d’Adam de Michel Ange ou bien une référence au plaisir prostatique, de plus en plus tendance sur les terres parisiennes ?

Un chanteur et un guitariste de blues, accueillent avec leurs riffs chaleureux, les premiers arrivés. Derrière le bar, Baptiste, le deuxième larron de la bande, en chemise classe, est ravi de mélanger les univers : « c’est dommage qu’à Paris, il n’existe pas de boite comme le Kitkatclub de Berlin où toutes les sexualités sont mêlées : des libertins au BDSM, en passant par tout ce qui existe. » Baptiste demande à Clara si elle pratique, ce à quoi la candide répond : « Je prête à confusion mais je soigne mes ambivalences. »

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C’est Pauline et Delphine qui ont fait le casting, et je dois dire qu’il y a beaucoup de BG (Beaux Gosses) dans la place. C’est aussi elles qui ont imposé un tarif égalitaire : 40€ tout compris, open bar, petits fours et vestiaire, même prix pour tout le monde, hommes et femmes, ce qui se pratique très rarement. D’habitude, c’est le coup de bambou pour les messieurs alors que les dames sont quasi invitées. Résultat, les mecs cherchent tellement à rentabiliser leur soirée qu’ils en deviennent lourds, l’atmosphère peut vite devenir oppressante pour le sexe opposé.

Au niveau des tenues, peu de cuir, pas mal de wetlook, tissu légèrement brillant, ultra moulant, qui peut ressembler à du latex mais qui, contrairement à ce dernier, ne comprime pas du tout et peu s’ôter rapidement. Des ensembles laissent entrevoir le sif (sillon interfessier). Il y a aussi des robes couture plus habillées et une fille en porte-jarretelles, bustier, veste d’homme et c’est tout. Oui, il y a beaucoup de culottes et de strings apparents, tout est normal ! Les femmes se permettent toutes les fantaisies, c’est beaucoup moins le cas des hommes qui portent jeans chics, chemises ou tee-shirts manches longues élégants, costumes parfois avec nœud-papillon, un seul arbore un pantalon de vinyle. Ça reste dans l’ensemble très classique.

Voilà Ressan, le photographe des soirées privées libertines. C’est lui qui m’a recommandée de venir. Cette fois, son appareil restera rangé. Ressan est là pour faire la fête, discuter. Il ne participe jamais aux ébats.

Coup d’envoi des hostilités. Derrière le bar, Baptiste se fait sucer par une fille, alors qu’un second gars lèche les fesses de celle-ci. Malgré la turlutte, le barman continue de remplir les flûtes, la mousse déborde, évidemment. Alors que les esprits s’échauffent, c’est minuit, l’heure de « la vente aux esclaves », la spécialité de la maison. Chaque mois, Pascal, le maître des lieux, en anime avec talent une version longue. En échantillon cette fois : une soumise et un soumis sont mis à prix: « Ces deux-là sont vendus pour une mise à disposition totale. » Chaque participants a reçu la monnaie locale : la katain. « 700 katains, là, 800, qui dit plus, à ma droite, 850, personne pour surenchérir ? » Pascal est à fond ! Les enchères montent pour la fille qui porte un collier de chien. Entre huées et applaudissements, une joueuse surenchérit alors qu’elle n’a pas assez d’argent. Pascal : « si t’as pas les sous, c’est toi qui va être corvéable à merci ! » Tronche de la nana. Adjugée, vendue ! à un gars qui jette tous les billets par terre tels des confettis. L’achetée sera finalement prise en main par une grande blonde bien délurée. Au programme : bisous entre filles et doigté à l’endroit indiqué, une première pour ce joli lot.

Ça monte haut également pour le soumis qui parade en boxer. De rage de n’avoir pas remporté l’enchère, Clara jette les katains par terre : « je voulais tester avec lui la balançoire. » Comprenez le sling, une sorte de hamac de cuir et de chaîne, qui permet de baiser entre autre. Il est situé tout au fond d’un couloir en pierre, décoré d’une magnifique chaise du Roi René, meuble qui oblige à s’asseoir jambes écartées.

La vente a mis le feu aux poudres et ailleurs. Une fille pratique une fellation sur un gars assis sur une banquette dans la salle principale. Ils ne se sont pas donnés la peine d’aller dans les « salons » prévus à cet effet. D’habitude, en club, il faut respecter cette règle, on danse et on boit un verre ici, on va conclure là. Mais la Team n’a que faire de ces injonctions qu’elle trouve très pesantes.

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Au fond, j’aperçois une table d’écolier avec dessus un vieux livre ouvert aux pages jaunies Le corsaire sous-marin de Jean de la Hire. Puis, un escalier en colimaçon mène à des petites pièces à la lumière tamisée. L’une d’elles comporte une roue qui tourne, et sur laquelle il est possible d’attacher quelqu’un debout. Mais l’attraction restera vide. Telles des poules devant un couteau, les libertins sont un peu décontenancés par ce mobilier pas forcément pratique pour l’acte coïtal. Mais un couple finira par trouver comment exploiter au mieux une sorte de petit cheval d’arçon qui sert habituellement aux fessées, coup de cravache et martinet, mais qui est surtout à hauteur de zboub, donc très pratique pour une bonne levrette.

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Un grand black me confie : « jusqu’ici, l’univers sm me faisait peur. Mais le fait de voir en vrai ce drôle d’attirail, c’est finalement plutôt rassurant. » Comme quoi on se fait toujours des idées…

Au fond sur la droite, dans une alcôve, j’aperçois deux beaux arrières-train de messieurs qui vont et qui viennent avec fougue, les gars sont debout et leurs partenaires respectives allongées sur le dos, les matelas semblent à la juste hauteur. Deux couples qui ont probablement échangé… L’une des filles émet de petits miaulements de contentement, une autre crie « Oh oui ! » Par contre, les garçons restent muets, impassibles, concentrés sur leur tâche. Surtout, il ne faut pas perdre le contrôle ! Sinon, je n’ai pas relevé de sodomie, c’est beaucoup moins fréquent en soirée libertine que dans les pornos. Nous sommes dans la réalité, quoi !

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Au fond d’un couloir très sombre, une fille est assise, jambes écartées sur une pièce en bois, pas très confortable, une chaise conçue encore une fois pour le SM. Mais la blonde s’en accommode. Pendant que son amoureux l’embrasse, elle accueille entre ses cuisses un autre homme, plus jeune qui tout d’un coup s’écrie : « Mais ! C’est tout mouillé par terre ! » La fille : « c’est pas moi, c’est sûr. » Apparemment, le plafond connaît quelques infiltrations…

Ah ! Voilà Clara qui sort de la salle de bain où elle vient de boire au robinet, un phallus en caoutchouc. Je lui indique, magnanime, qu’elle a quartier libre. Ni une, ni deux, l’intrépide alpague un premier mec, quadra, qui l’installe sur une table de gynécologue, située dans une salle recouverte au sol et au mur de carrelage noir et blanc, comme un damier. C’est parti pour un frotti frotta un peu spécial… La pièce d’à côté, est aménagée d’un petit bureau ancien, avec une fausse bibliothèque en trompe-l’oeil comme papier-peint.

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Idéal pour les scénarios autour de la maîtresse d’école ou de l’instituteur un peu pervers. Mais bon, ce soir, la cérébralité laisse la place aux corps, rien qu’aux corps. Le club est sans dessus dessous WC compris, dans un état… Le patron, Pascal court dans tous les sens. Il ne reconnaît plus son lieu, comme si un ouragan s’était abattu dessus : « c’est la folie ! »

Peu de femmes font des choses entre elles. Sabrina, une très jolie brune en bustier et porte-jarretelles, organisatrice de soirée que je connais bien, pousse un petit coup de gueule : « dans le milieu libertin, il y a beaucoup moins de filles bisexuelles qu’on ne veut bien le croire. Elles font ça pour exciter leur mec et le reste de l’assistance en vue de concrétiser avec un autre couple, elles ne sont pas vraiment sincères, elles se forcent parfois. »

En revanche, dans cette soirée de la Team, pour chasser le gueux, les dames se montrent assez entreprenantes. L’une trouve que le gars qu’elle vise, est trop long à la détente : « le mec se fait désirer, l’heure tourne quand même ! » Une autre me raconte qu’elle en est venue au libertinage car elle a un appétit sexuel que ne parvenait pas à combler son ancien petit copain. Je finis par retrouver Clara qui vient de tester le chevalet avec un nouvel étalon. Elle est toute contente mais laisse ce dernier en plan pour se joindre à moi.

soirée libertine La Team club Cris et Chuchotements

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Dans la salle principale, quelques personnes dansent sur du Madonna et du Michael Jackson. Le très décomplexé soumis qui avait été mis en vente, déconne, les filles lui glissent les billets dans le calbut, seul atour qui lui reste. Il danse en prenant dans ses bras un jeune gars qu’il parvient à soulever. Éclats de rires et camaraderie sexy, si, si, c’est possible.

Les corps délassés commencent à fatiguer, rincés par un trop plein de désir. Les fêtards très vaguement habillés, affalés sur les canapés, se laissent aller, sans plus rien chercher. Sans objectif, il ne reste plus qu’à capter les bonnes ondes du lieu, générées ce soir par le plaisir de tous. La joie demeure jusqu’à la dernière heure.

Les photos de Haruko Daki sont issues de la soirée

 

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2 Commentaires

  • Yes, encore une fois, bravo !
    Excellent article l’immerfion est totale et j’aime énormément tes précisions, la mise en abime et la relation entre fantasme et vie réelle… même si à titre perso, mais c’est un détail, la sodomie est un plaisir journalier 😉

  • A part Pascal, est-ce qu’il y avait des vieux dans cette soirée… ou alors juste une bande de JEB ? 🙂

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