Pourquoi une dominatrice est-elle hors de prix ?

Il faut compter entre 150 et 400€ de l’heure. En plus de la séance proprement dite, une dominatrice professionnelle doit assurer sa promotion, les contacts avec les clients, ainsi que la préparation du scénario. C’est aussi un savoir faire qui demande d’investir dans du matériel, généralement onéreux. Et puis, il y a le temps que lui font perdre certains clients potentiels qui ne passeront jamais à l’acte. Je vous propose de visiter les arrières boutiques des donjons parisiens, un monde parallèle où se réalisent les fantasmes les plus dingues. Les anecdotes ne manquent pas.

Elles incarnent la féminité absolue et le pouvoir, une sexualité très masculine dans un corps ultra féminin, un cocktail détonnant qui fait perdre la tête à bien des hommes. Les dominatrices sont un peu comme des vedettes, certaines ont même leur fan club, à la différence qu’elles reçoivent chez elles ou dans leur donjon, leurs adorateurs moyennant rétribution, la fameuse « offrande ». Cette activité est assimilée à de la prostitution même s’il n’y a pas de rapport sexuel dans le sens classique du terme.

Les tarifs vont de 150 à 400 € pour une heure de prestation, ce qui peut évidemment paraître hors de prix au commun des mortels. « Nous ne gagnons pas ça comme ça en claquant des doigts, juste en se faisant masser les pieds ou en ordonnant de faire le ménage » me précise Axelle de Sade, grande rousse au carré subtilement ondulé, dotée d’un je ne sais quoi d’aristocratique, gainée d’un corset de latex et montée sur cuissardes aux talons démesurés : « une séance, c’est en fait une pièce de théâtre pour une seule personne. » Je la retrouve dans son donjon de l’Est parisien, un loft de 80 mètres carrés très clair, sous verrière avec croix de St-André, deux longues planches de bois qui se croisent avec de quoi attacher les pieds et mains, un carcan pour immobiliser la nuque et les poings, une chaise du Roi René qui permet de fixer une personne jambes écartées, table de gynécologue pour exploration spéciale, baignoire et même un prie-Dieu et un immense encensoir. Je ne parle même pas de la collection de martinets, cravaches, badines… Pourtant, l’atmosphère y est zen.

J’ai vu faire Axelle quand les clients l’appellent. Elle décroche, voix sensuelle mais froide et distante, dans son rôle. Le mec se renseigne sur les offres de sévices de la domina ou bien il déballe direct ses fantasmes, sa liste à la Mère Noël, ou plutôt à la Mère Fouettarde ! Comme une serveuse au resto, elle note scrupuleusement les envies sur son carnet : adoration des pieds, fessées, gode-ceinture, pincement des tétons, des testicules, insultes, crachats…

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LE FLÉAU DES “FANTASMEURS”

En amont, le travail d’approche et de prise de contact représente donc de longues discussions pour préparer une éventuelle rencontre. En effet, après cela, il n’est pas certain que le soumis prenne un rendez-vous ferme : « Je vous rappelle la semaine prochaine Maîtresse. » Mais certains ne donnent jamais suite. Dans ces pratiques très cérébrales, les échanges au téléphone émoustillent le client et certains passent leur temps à appeler des dominatrices ou à leur écrire, pour se masturber derrière leur écran d’ordi ou de smartphone, sans jamais concrétiser. C’est ce que ces dames, dans leur jargon, surnomment « les fantasmeurs ».

Maitresse Elsa, domina bien connue du milieu, une femme impressionnante, grande à la longue chevelure brune, me reçoit dans son donjon, discrètement niché dans un immeuble moderne du sud de la capitale. Elsa porte une courte jupe et un body de cuir très décolleté, des escarpins à plate-forme avec orteils vernis rouges vifs apparents. Pièce fonctionnelle, rideaux de voile cramoisis aux fenêtres, il y a un petit côté sellerie de poney-club pour l’odeur du cuir et les divers harnais, sangles, baillons-boule, cravaches, le tout bien rangé, suspendu à des crochets au mur. Puis, il y a le mobilier adapté : l’incontournable croix de St-André, cage, table d’élongation, trône pour pratiquer l’adoration. Dans les toilettes, la cuvette contient du fil de fer barbelé et des rasoirs en inclusion.

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La dominatrice me montre la masse de mails à laquelle elle doit répondre : « Avant il y avait le Minitel. Comme tu payais chère la minute, les personnes restaient très peu connectées. Ça allait vite. Par le net, beaucoup fantasment sur les annonces, les sites de dominas, et tu es dérangée par plein de gens qui ne veulent en rester qu’au virtuel. Ils se contentent de s’exciter sur ma voix, sur mes mails. Il y a dix ans, sur dix appels, j’en avais neuf de valables, aujourd’hui, sur dix, je n’en ai que deux potentiellement intéressants. »

Très chronophage et pleins d’imagination, il y a les fantasmeurs au long cours, qui inventent une histoire à rebondissement. Axelle y a eu droit : « Quelqu’un qui disait être une femme, m’écrivait parce qu’elle voulait me confier son mari. Elle ne pouvait pas me parler au téléphone. Nous avons eu plusieurs échanges de mails, et lorsque je devais enfin rencontrer le fameux époux, il a eu un terrible accident. Je suis toujours en attente du cadeau qu’on était censé m’offrir pour me dédommager. Ce type de fantasmeurs-là, ne te lâche pas. Ils vont te donner des nouvelles régulièrement. »

La vie des soumis est d’ailleurs beaucoup plus accidentogène que la moyenne. Il peut leur arriver tout un tas de catastrophes. G., dominatrice spécialiste de la punition, s’est retrouvée le bec dans l’eau, où plutôt la cravache dans l’eau, le client ne s’est jamais présenté. Environ une heure après ce qui aurait du être le début de la séance, elle reçoit ce sms : « Je comprendrais que vous n’acceptiez plus de me rencontrer mais un de mes enfants a eu un accident et je suis à l’hôpital. Mes plus plates excuses. » [sic] Il y a aussi beaucoup de mamies qui décèdent ou de collaborateurs qui viennent de subir un accident de travail.

Certains pratiquent la pose de lapin comme un sport. C’est tellement compulsif qu’ils ne se souviennent même plus à qui ils ont joué ce mauvais tour. V., dominatrice spécialisée dans le bondage, raconte : « Le gars appelle, se présente, explique sa recherche. Nous finissons par convenir d’un rendez-vous. Le jour J, il ne vient pas. J’appelle, je tombe sur son répondeur, je laisse un message. Ça en reste là. 15 jours après, le même type rappelle et me ressort exactement le même baratin, appris par cœur. Je lui fais remarquer qu’il ma planté il y a peu. Il était tout confus « désolé, je ne me souviens pas… » et là je l’ai envoyé balader mais quelle perte de temps ! »

Je me mets du côté des mecs. J’imagine que pour eux, ça doit être très flippant de se rendre chez une domina. Ils craignent aussi de se faire dépouiller, tabasser par des complices, ils ont peur qu’ensuite on les fasse chanter. Ce ne sont pas que des légendes urbaines.

Axelle souligne cependant un fait : « En même temps, les dominatrices doivent faire peur, c’est ce mélange de sexy et d’angoisse qui est excitant pour le client. Ça fait partie du trip. »

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Alors certains se dégonflent à la dernière minute. Le problème, c’est qu’il est rare qu’ils préviennent, ils plantent tout simplement la domina, qui s’est préparée. Maîtresse Célia passe environ une heure et demi à mettre en place une séance : « Il faut performer la féminité des pieds à la tête » affirme t-elle. « J’enfile la panoplie complète, robe en latex ou vinyle, bijoux, gants, je me maquille, me parfume, vernis mes ongles. Et surtout, j’ai concocté un scénario inspiré, en partie, de ce qu’aimerait le client, choisi le matériel approprié, il y a une forme de scénographie. Puis, après la séance, il y a le temps passé à nettoyer le matériel, à ranger les lieux, car si quiconque passe, comme le plombier, ça risque de faire désordre…. Sans oublier de remplir une fiche où ce que j’ai fait est consigné, ce qui me permet de me souvenir du client le jour où il rappelle.»

DU TEMPS, MAIS AUSSI DE L’ARGENT

Comme cette belle femme rousse n’a pas de donjon, elle exerce dans le salon de son appartement où figure un bureau style indus en métal. «Lors des séances,» expose-t-elle encore, «il fait office de table d’opération improbable. Je peux allonger le soumis de dessus pour l’honorer avec un gode-ceinture par exemple. Je peux aussi attacher la personne au pied du meuble. Mais bientôt, je vais pouvoir utiliser ma chambre. Un soumis va me construire un lit à baldaquin en tubes d’aluminium comme pour les échafaudages. Ce sera bien pratique pour suspendre.»

Côté matériel, Célia apprécie beaucoup pratiquer sur ses clients l’électrostimulation. Il s’agit d’un appareil, comme pour faire du sport sans bouger, les électrodes à mettre sur le torse et les fesses… mais version plus maso encore pour des plaisirs intenses. Investissement dans la machine : 1500€. Célia s’est aussi procuré des sondes urétrales, des tubes de métal qu’elle enfonce dans le sexe de certains soumis qui raffolent de cette sensation. Et oui ! On peut pénétrer un pénis, c’est ainsi. « Il faut compter entre 40€ et 60€ la pièce, c’est bien d’en posséder un jeu de cinq pour avoir toutes les tailles. Je viens aussi d’acheter deux gros godes en silicone dont l’un est conique, je fais asseoir le soumis dessus. J’essaye toujours d’opter pour de la bonne qualité, j’en ai eu pour 500€. » Côté fouets, la dominatrice les achète en Pologne via le net pour 90€, alors qu’ils coûtent 300€ en France. Martinet : entre 30 et 100€ voire plus pour les pièces faites main. Cravache : 30€, menottes : 40€, pinces à sein 20€ etc.

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Pour performer la féminité, ajoutons à la note les cosmétiques, l’esthéticienne, les fringues : serre-taille, robe en latex, belle lingerie, bas, escarpins etc.

Pour celles qui ont un donjon, il faut compter l’aménagement : entre 500€ et 1000€ pour une Croix de St-André, un carcan ou une cage, 1000€ le chevalet, un meuble qui sert à allonger le soumis sur le ventre, fesses en arrière, pour recevoir les punitions.

Évidemment, nous sommes à Paris où les prix de l’immobilier sont maximums y compris pour un endroit dédié à toutes ces pratiques. Plus de 30€ du mètre carré en moyenne à la location par mois. Pour un petit local, il faut compter 600€ par mois minimum. Certaines dominatrices sont propriétaires. Actuellement, le mètre carré est autour de 9000€ à la vente en moyenne. Il faut ajouter les charges dont le chauffage, d’autant que les soumis sont souvent dévêtus. Bon, j’ai l’impression de faire une enquête pour Capital…

Revenons à Maîtresse Célia qui travaille par mail plutôt que par téléphone, mais ça ne préserve pas des fantasmeurs : « Je suis tombée sur un homme qui m’a attiré dans sa folie. Il a commencé avec des mails gentils, il voulait un plan uro. J’ai dit “pourquoi pas”, je n’avais pas de tabou là-dessus. De fil en aiguille, il m’envoie des photos de lui, photos de billets de banque, de bouteilles de champagne, mails d’une trentaine de lignes chacun, pendant plus de 15 jours. 31 mails, deux par jour en fait. Même pendant mes quelques jours de vacances, j’ai maintenu le contact. Je me suis prise au jeu. J’étais persuadée qu’il y aurait une séance. »

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« Y A PLUS DE CAVIAR MAIS Y’A ENCORE DU CHAMPAGNE »

Des hommes jouent sans vergogne avec les nerfs des dominas. Elsa me raconte : « un gars t’appelle 1h avant pour te dire qu’il est en chemin, 10 minutes avant pour te dire qu’il est presque arrivé, il t’appelle quand il est censé être en bas pour te dire qu’il reporte le rendez-vous. Il reprend un rendez-vous et il te repose un lapin », rigole t-elle, puis poursuit : « Attends Emma, la meilleure : avec une copine domina, on a eu un type qui nous a appelé quasiment au même moment et qui nous a planté à la même heure. » Elle aimerait comprendre ce qui se passe dans leur tête : « Peut-être que certains hommes sont jaloux de nous, imaginent que nous sommes très riches ou bien ça les excite de savoir que tu t’habilles, que tu prépares tout, que tu les attends. »

Il y a aussi le fantasmeur qui va saturer le répondeur. Maitresse S., une afficionado de l’encordage, m’a raconté cette anecdote savoureuse : « Mon téléphone professionnel est éteint le soir. Un matin, j’ai trouvé plusieurs messages qui avaient été envoyés pendant la nuit sur mon répondeur. Imagine une voix style celle de Joey Starr, m’appelant à partir de minuit sur fond sonore genre rap, passablement éméchée, débit lent de quelqu’un qui a beaucoup fumé : « Hé ma belle ce soir je fais une fête chez moi, viens ! On t’attend. Une heure plus tard : alors la belle mais viens mais pourquoi t’es pas encore arrivée ?! » Une heure encore après : « mais alors quand est-ce que tu arrives ? Y’a plus de caviar mais y’a encore du champagne (référence à la scatophilie et à l’urophilie dans le jargon bdsm). Le mec de plus en plus embrouillé, voix de plus en plus grave. Et ainsi de suite jusqu’à 5h du matin ou à mon avis il a fini par s’endormir ! » (rires)

S. me confie une autre anecdote qui lui a fait perdre du temps et de l’argent : « Il y a quelques années, j’ai reçu un appel d’un jeune soumis. Il voulait un rendez-vous immédiatement. Quand il est arrivé, j’ai refermé tout de suite la porte d’entrée. Il était très imposant, pas loin des deux mètres. Je lui ai demandé de suite l’offrande. Il s’est alors jeté au sol en essayant d’attraper mes chevilles et en hurlant qu’il n’avait pas d’argent mais qu’il voulait que je le domine. J’avais mon téléphone à la main et j’ai fait mine d’appeler quelqu’un. J’ai dit “viens vite !”. Il s’est alors redressé à toute vitesse tel un diablotin sortant de sa boîte, il s’est jeté sur la porte d’entrée pour se sauver. Elle était fermée à clé, il s’est mis à trembler, j’ai ouvert et il s’est sauvé en courant tout en criant “Excusez-moi ! Excusez-moi !”. J’ai refermé la porte et là, j’ai été prise de fou rire. Il m’a encore adressé plusieurs SMS d’excuses en m’expliquant qu’il ne recommencerait jamais. »

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MAUVAISE INFLUENCE DE LA LUNE ?

Du coup, certaines prennent des mesures : le blocage du numéro sur le smartphone par exemple. Les appels partent directement sur la messagerie et les messages sont effacés de suite. Il y a aussi des blacklists de fantasmeurs qui circulent entre dominas. C’est un gain de temps et de tranquillité pour beaucoup.

Pas mal de dominatrices que j’ai interviewées sont formelles : tous les 28 jours, se produit un étrange phénomène. Elles assistent systématiquement à une poussée, une vague de fantasmeurs. Ils se multiplient étrangement lors de pic mensuel. Tentons de comprendre ce qui peut bien provoquer ce genre de comportements frénétiques. Aj Dirtystein, ancienne dominatrice, aujourd’hui docteur en littérature, performeuse et tireuse de tarot, a une piste : « Pour la lune, elle a quelque chose à voir avec le miroir, donc si tous les 28 jours cela change, c’est normal. La lune nous renvoie notre propre reflet, donc si les fantasmeurs apparaissent à ce moment là c’est parce qu’ils sont en recherche de leur propre reflet à travers la dominatrice. J’ai remarqué que c’était souvent des hommes qui rêvaient d’être des dominatrices. Ils font marcher leur côté féminin à travers ce fantasme. Ils questionnent au téléphone, ils se renseignent sur les pratiques, ils abreuvent leur monde érotique comme ça et ils ne viennent jamais au rendez-vous car ce serait être démasqué : ce ne sont pas des soumis. Sous la lune pleine, l’énergie féminine s’accroît : nous sommes plus réceptifs, plus intérieurs, plus dans le fantasme, érotique ou non d’ailleurs. »

Au delà du fantasmeur, il y a le harceleur qui certes prend du temps, mais prend surtout la tête. Il veut intégrer de force la vie de la maîtresse. Parmi celles qui en ont fait la pénible expérience : Gala Fur, dominatrice et auteure de nombreux livres dont le Dictionnaire illustré du BDSM (éditions La Musardine) , encyclopédie très complète. Une personnalité distinguée, de corpulence fine, cheveux courts, coupe structurée, Gala me reçoit en chaussons de fourrure dans son appartement de St-Germain des Prés. Dans la cuisine, un beau mec astique une carafe en cuivre. L’homme est juste vêtu d’un shorty façon smoking avec un nœud papillon devant. Ces quelques centimètres carrés de tissus sont retenus par de fines bretelles. Quelle élégance ! Tout est normal !

Dans le salon, musique jazz, canapé de cuir vert d’eau, chaises de style épuré suédois et table en forme de triangle signée d’un designer italien, fixée au plafond par des barres de métal. Autour, des tabourets très spéciaux qui peuvent aussi bien se transformer en chaise de bébé qu’en échelle pour attacher dans des positions compliquées.

Autour d’un thé vert, Gala me raconte une affaire qui dure depuis pas moins de 10 ans. Au départ, une séance qui se passe mal avec un client, « il fallait tout faire comme il voulait, je ne pouvais avoir aucune initiative. Il était douillet, tatillon, c’était insupportable. Par la suite, j’ai refusé toute séance avec lui. Cet homme avait mon adresse et il a fini par trouver mon vrai nom. » Et depuis, Gala est devenue son obsession. Il envoie régulièrement des dessins, des photos SM accompagnées de textes : « Il imagine des dialogues entre lui et moi. Ce sont ses fantasmes.

Les fameuses lettres que reçoit régulièrement Gala.

Quand je participe à des séances de dédicace pour mes livres, il vient systématiquement. Mais je n’existe pas pour lui au fond, il se fiche éperdument de ma personne. D’ailleurs les cadeaux qu’il m’envoie n’ont rien à voir avec moi, c’est juste pour se faire plaisir à lui. J’ai arrêté de lui dire d’arrêter, c’est complètement inutile. Je l’ai menacé de prévenir la police, sans aucun effet. Quant à aller directement au commissariat, c’est peine perdue étant donnée mon activité. Donc, j’en suis là, à épuiser mon énergie, à m’énerver contre un moulin à vent. »

BUKKAKE PSYCHOLOGIQUE

Pour terminer, la plupart des dominatrices que j’ai interviewées, m’affirment qu’il est difficile de travailler en continu. Il faut souffler régulièrement, au risque de ne pas réussir les séances. Certaines ressentent parfois un trop plein psychique, voire se sentent un peu sales à force de prendre en note et parfois de réaliser les desiderata, une sorte de bukakke (terme pornographique pour douche de sperme) psychologique, l’imaginaire des clients n’ayant pas de limite : il y a celui qui veut voir la domina piétiner du yaourt sur talons aiguilles, celui qui réclame une séance de lutte, un autre veut être puni parce qu’il affirme qu’il pratique dans sa vie privée le viol conjugal. Autres demandes : se faire enterrer vivant avec une paille pour respirer (quand même), demander à la maîtresse de porter les sous-vêtements de l’épouse, la domina doit exprimer le contraire de ses ordres, pratiquer le cunnilingus pendant les règles sans oublier ceux qui envoient un scénario précis du déroulement de la séance qu’il faut quasiment respecter mot pour mot. Bien sûr, les maîtresses n’acceptent pas forcément. Chacune pose ses limites, décide ou non de ce qu’elle souhaite faire. En cas de refus, libre ensuite au client d’aller voir ailleurs.

Reprenons : une bonne dizaine d’appels par jour en moyenne, plus les lapins et les harceleurs, toute la partie communication, mise en ligne des annonces payantes pour plus de visibilité, tenue de site internet, réseaux sociaux, bref, la promo, les prises de contact par téléphone, les échanges mails, sans compter l’investissement dans le matériel, préparation du programme et mise en scène, compte rendu pour se souvenir de ce qui a été réalisé avec le client en vue d’un suivi, tout ceci explique le coût d’une séance. En deçà, l’activité n‘est plus rentable. Une dominatrice à plein temps, qui pratique sérieusement, peut gagner entre 2000 et 4000 € par mois. Donc, pas de quoi sortir les mouchoirs ou les pancartes syndicales, mais ce n’est pas non plus l’opulence effrénée que certains et certaines imaginent.

 

éditing : DD

4 thoughts on “Pourquoi une dominatrice est-elle hors de prix ?

  1. C’est plus simple de dire que c’est parce que c’est un service, un travail, et qu’aucun service de nature sexuelle n’est pas bon marché? D’ailleurs pourquoi devrait t’il l’etre?

  2. Ceci est très similaire à toute activité de prestataire de service. Avant d’être des clients payants, les contacts sont des prospects. Une heure facturée nécessite un temps de travail significatif pour pouvoir être facturée et les facturations étant faites à l’heure (modulo la nature des actes) le taux horaire affiché semble “hors de prix” pour une rémunération effective qui ne l’est pas tout autant (Cf. montant des rémunérations indiquées dans l’article). Le client voit également un chiffre d’affaires et non un revenu net (de charges d’exploitation évoquées dans l’article mais aussi cotisations sociales ou assimilé et d’impôt (TVA incluse en théorie)). Que dire du client qui obtient tout ce qu’il veut lors d’une première “consultation téléphonique” nécessairement gratuite ou en piochant des informations auprès de tous les professionnels de la place !

    Certains clients potentiels vous font travaillés à l’œil au mépris total du fait que vous ne travaillez pas pour la gloire de l’art. Idem pour les réunions annulées à la dernière minute. Peut-être plus que pour un avocat ou un architecte mais les “fantasmeurs” ou les clients aux comportements proches existent aussi dans ces professions.

    Après les situations telles que décrites par Gala Fur arrive sans doute moins lorsque l’activité a pignon sur rue.

  3. J’ai trouvé l’article globalement vrai et intéressant mais il y a des techniques pour éviter les lapins, mais, les dominas gagnent ne gagnent pus 4000 euros par mois depuis 2011 parce que les clients potentiels n’ont plus d’argent. Chaque hausse d’impôts ou autre se répercute directement sur l’activité parce que c’est le premier poste de dépense supprimé. Trop de filles s’improvisent dominas sans culture SM, sans connaissances médicales, sans comprendre la dimension cérébrale et beaucoup de candidats n’ont rien à voir avec le sado-masochisme. Ils sont influencés par des vidéos, une mode…

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