Paris Derrière à la Fistinière

Fistinière

Paris Derrière à la Fistinière, comme une évidence… Pour une fois, j’ai daigné m’aventurer au delà du périph. Je me suis rendue dans la célèbre maison d’hôte dédiée au fist fucking. Et j’ai pu constater que cette pratique n’avait rien de barbare, bien au contraire, elle aurait même un côté new age, voire spirituel. Bref, ça valait le coup… de poing !

J’ai subi dernièrement une opération du pied suite à un accident d’escarpin, les risques de l’exercice. Après être restée alitée deux semaines, mes amis ont pensé que le grand air me ferait du bien. François et Juan, les patrons de La Fistinière, sont très ouverts, prêts à accueillir ma bande de copains hétérotes. Tutu particulièrement les connaît bien. Le soumis sodomite a déjà fait pas mal de séjours la bas avec des dominas. La bande à tutu est même citée dans l’ouvrage de François La Fistinière, sous ma bonne étoile consacré à sa folle aventure.

Tout a été raconté, filmé sur la Fistinière. Tous les jeux de mots scabreux et drôles ont été formulés à son sujet, on peut les considérer désormais comme éculés. C’est un lieu de fantasme, mythique et mystique. Ce Disneyland du fist-fucking est la preuve que tout est possible. François et Juan, qui forment un couple amoureux et marié, sont allés au bout de leur rêve, quittant leur job pour mettre toute leur énergie dans ce projet qui existe bel et bien depuis maintenant 10 ans : une maison d’hôte gay entièrement dédiée à une pratique très particulière : une main, un poing dans le derrière. Le concept est unique au monde, et la Fistinière accueille des pratiquants en provenance de toute la planète, du Chili à l’Australie.

Nous voilà donc en route avec la fine équipe : Tutu donc, Mimi Zinella, Axelle de Sade et son soumis attitré Le Lamentin, Mademoiselle B et son chouchou Daryl, Patrick, organisateur de soirées kinky parisiennes ainsi qu’une jeune femme dont j’avais beaucoup entendu parler : Erika.

Pour nous y rendre, je monte dans le pot de yaourt de tutu. Vous n’allez pas me croire, alors que nous roulons au ralenti dans un bouchon, une voiture nous est rentrée dans le derrière. Énorme ! Rien de grave, heureusement, juste le pare-choc défoncé. L’impatience de Tutu parfois me déconcerte.

Après deux heures et demi de route, nous voilà donc dans le trou du cul du monde (trop facile…) Ici, c’est le Cher, bien tranquille pour les plaisirs de la chair (pas mieux).

Juan, le très glabre et François le velu, nous accueillent les bras ouverts. Les garçons nous servent à déjeuner dans la salle « à vivre » comme ont dit, une belle hauteur sous plafond dans cet ancien corps de ferme. La déco est hyper soignée, avec un souci du détail étonnant : porcelaines de grand-mère alternent avec des bustes masculins, des pénis turgescents sculptés dans du bois. Nous dévorons de la saucisse locale, haricot verts, fromages et fondant au chocolat. François entonne des chansons revisitées à sa sauce…

Après une petite balade champêtre (pour ma part à cloche pied), petite sieste dans les chambres impeccablement propres et rénovées. J’ai dormi dans l’étable, d’autres dans la porcherie. Je ne balancerai personne.

Retour dans la grande pièce pour l’apéro martini blanco. Nous sommes tous sur notre 31 : combi moulante noir et manteau en fausse fourrure jaune poussin pour Axelle, robe en tulle rouge et corset pour Mademoiselle B, son Daryl s’affiche mi-homme mi-femme, en short et chemise de vinyle bleu marine avec perruque et bas rouges, chaps les fesses à l’air pour Patrick qui respecte à fond le dress code, tutu et collant rose pour vous savez qui, robe de créateur fetish pour Erika et moi. Mention spéciale pour Mimi transformé en Michette qui se marre à porter une robe léopard à paillettes, les parties à l’air, dansant déjà comme une schagass. Juan porte un tee-shirt à l’effigie de la mascotte de la Fistinière : la Truieasse. Fistinière

François porte lui un toast : « A la vôtre ! Joie dans les cœurs et bonne défonce toute à l’heure !»

Après un buffet vite fait, bien fait, c’est l’heure h, préparation h. Il faut monter sur la mezzanine, sous les combles, derrière une petite porte qui ne paye pas de mine (il ne s’agit pas d’une contrepèterie foireuse), s’ouvre à nous une immense playroom : la fameuse « Chapelle fistine » avec les fresques de Victor le Graphfist, des hommes bien dilatés, bon, je ne vais pas vous faire un dessin… 150 mètres carrés aménagés de chaines, de poulies, nacelles de cuir que l’on appelle sling, étriers, pinces, matelas de cuir, cage, c’est vraiment le parc d’attraction du fion. Seule différence : si on ne se perd pas dans le labyrinthe, tout est fait pour que l’on s’éreinte.

A notre droite, toilette douche pour préparer les hostilités, passage obligé pour soi comme pour les autres, propreté jusqu’au bout des ongles et dans les coins…

Au dessus du bar, de la graisse pour que ça glisse, du poppers en vente et « les objets » de toute taille, de toute forme, coniques, en spirale, formes oblongues, tous stérilisée et emballés dans du cellophane. La Fistinière est le lieu d’ébats le plus aseptisé que j’ai pu visiter. Enfin après une a deux bières régionales pour se donner du gouleyant courage, c’est le coup d’envoi de la soirée ! Pour décrire cette nuit mémorable, je vais m’en tenir au fist anal, il y a déjà tant à dire.

De ce que j’ai pu observer, le fist n’est pas une pratique sm à la base. Elle s’inclut si on veut, dans un scénario dominant / dominé mais elle peut se dérouler loin de tous jeux de pouvoir. C’est une pratique pour tous (enfin, si vous êtes motivés bien sûr), quelque soit votre sexe, votre orientation sexuelle, nous avons tous un anus et des mains !

Dans le fist, ce que l’on doi(g)t prendre avant tout, c’est son temps. Cette question est fondamentale.

Il y a d’abord tout un rituel, la préparation physique et psychologique. Un bon lavement fait avec attention, une douche rectale qui vous met déjà en condition pour la pénétration. Pour certains, c’est un plaisir en soi, une purification intérieure. En tout cas, ça demande de la patience.

Ensuite, une fois sur le ventre, le bassin surélevé ou bien sur le dos les jambes écartées dans des étriers, le futur fisté se détend intégralement. Les mains propres, le fisteur ou fisteuse enfile un gant de latex, qu’il/elle va enduire de graisse ou de lubrifiant spécifiquement adapté à la pratique. Protocole strict mais gestes lents, tranquilles, il n’y a pas une once d’électricité dans l’air.

Autre point crucial : donneur et receveur se doivent d’être en totale connexion, prêts à un long moment de partage. N’ayons pas peur des mots, c’est une façon d’exprimer de l’amour. Sans cela, toute sexualité est bien triste, le fist n’échappe pas à la règle.

L’anus étant un muscle, pour l’élargir, il faut encore une fois, du temps. La divine main passe rarement entière lors du baptême et bien sur, chacun pose ses limites. Un premier doigt, un deuxième, et ça s’arrête peut être là… Parvenir à un état d’abandon total demande que tout objectif soit banni. C’est paradoxal, mais la dimension de performance est exclue car tendre vers un but empêche le lâcher-prise et la caverne restera close. Le fist est à l’opposé de l’image brutale qu’il véhicule, il réclame une infinie délicatesse, une attention de tous les instants, un grand respect du corps de l’autre avec lequel on peut parvenir à ne faire plus qu’un.

Le fist se veut une caresse interne qui va transmettre des ondes au corps entier, la respiration s’approfondit, tous les muscles se relâchent, l’esprit aussi. L’atmosphère se prête à la volupté, la paix et la sérénité. L’expérience permet d’oublier le vide, de se sentir comblé l’espace de quelques instants, telle une extase mystique. La jouissance est puissante. Je n’ai jamais entendu de tels cris qui ressemblent à ceux d’un accouchement, d’une renaissance ? La dimension est quasi héroïque. Ce plaisir semble infini mais il ne l’est pas bien sûr, car alors il serait mortel. C’est là qu’on touche au spirituel.

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