Le milieu libertin est-il vraiment sans tabou ? 2nde partie

Ausculter la partouze dans ses moindres recoins, ne fait jamais de mal ! La suite du passage en revue des nombreux interdits au coeur de l’orgie : femmes enceintes, femmes fontaines, politique, drogue, amour, famille, poils, laisser-aller, handicapés, ragnagnas, baise sans capote… la liste s’allonge sur le matelas des préjugés.

Vous avez été nombreux à apprécier la première partie de cet inventaire qui a suscité pas mal de réactions. Quelques extraits parmi vos commentaires :

« J’ai quitté le milieu libertin en partie parce que j’avais fini par y repérer les mêmes tabous et préjugés que partout ailleurs. »

« Il me semble qu’il est normal qu’il y ait des tabous, sinon ça ne servirait à rien de les transgresser. »

« Je regrette que le libertinage ait perdu cette dimension politique libertaire et soit devenu simplement une forme de sexualité et rien de plus. »

« Qu’il est bon de lire ça 🙂 Je me rends compte que l’on est de plus en plus nombreux à trouver les « anciens » codes totalement dépassés. »

Je suis toujours au côté de Pierre Lechat, auteur des Mille et une nuits d’un libertin (Le libertin lettré), un ouvrage qui fera découvrir aux néophytes le milieu. Nous sommes au bar de l’Hôtel du Louvre, il se fait tard. Nous continuons à apéroter, lui d’un chocolat chaud, moi d’un verre de Bordeaux. On se marre bien. La suite de la retranscription sans filtre. Et c’est fort de café !

Le laisser-aller

Emma : Dans votre livre, vous insistez sur le fait que le libertinage implique une certaine esthétique.

Pierre : C’est important de se maintenir, de ne pas être trop relâché, par respect des autres et de soi-même. Il faut être quand même un peu dans le contrôle. Olivier de Kersauson disait: « il y a deux choses dont nous ne sommes pas responsables, c’est le nom qu’on porte et la gueule qu’on a. Par contre, s’il y a une chose dont on est responsable, c’est la gueule qu’on fait. »

E : L’idée, c’est davantage d’afficher un bel équilibre plutôt que de s’enfermer dans la salle de muscu ou se faire liposucer les fesses.

P : C’est exactement ça ! L’excès est nocif en toute chose, y compris dans les partouzes !

E : Contrairement aux croyances, le libertinage regroupe tous les âges et tous les corps.

P : En soirée, il y a parfois des hommes qui vont snober une femme qui est moins bien que les autres. Mais les femmes moins belles peuvent avoir quelque chose de touchant et de sexy. Très récemment, j’ai vu un abruti sans doute plus bête que méchant, faire à une fille une réflexion désobligeante, elle s’est mise à pleurer. Avec un autre homme, nous nous sommes occupés d’elle. Ce n’était pas une belle femme mais son plaisir était touchant et ce fut un très agréable moment pour tous les trois. Après, tout le monde y compris les hommes, a le droit de choisir mais un homme n’ose pas trop mettre de râteau à une femme d’abord parce que les libertines sont moins nombreuses. Eh oui, l’appel de la forêt, certains hommes affamés et uniquement mus par leur instinct, ont parfois tendance à tirer sur tout ce qui bouge… Mais aussi parce que ça ne se fait pas trop. S’il ose, il risque de passer alors pour un goujat, un salaud, un impuissant voir un homosexuel. La seule solution, face à une dame qui ne plait pas, c’est de prendre la tangente discrètement.

E : Du coup, est ce que les hommes se forcent parfois ?

P : Oui, il y en a plus qu’on ne le croit. Mais moi, ça ne m’est jamais arrivé. A chaque fois que j’ai approché une libertine, c’est parce que je lui trouvais quelque chose d’attirant, de sexy et je n’ai jamais regretté.

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Les poils

E : Je suis incollable suite à ma web série Poilorama sur le site d’ARTE Créative. Chez les libertines, le Mont de Vénus est ratiboisé… La tondeuse fait aussi partie de la panoplie des hommes libertins bon teint…

P :  Le milieu libertin est anti poil. Concernant les hommes, je trouve ça plus respectueux vis-à-vis d’une femme de lui tendre un sexe avec pas trop de poils dessus, c’est quand même plus agréable pour la langue. J’ai vu des dames commencer une fellation, puis repousser l’homme parce que pas correctement épilé. Les poils sont souvent rêches et retiennent pas mal d’odeurs, notamment la transpiration, ce n’est pas terrible.

Du côté des femmes, même constat. Dans mon livre, il ne vous a pas échappé que je suis un fervent adepte du cunnilingus, voire un fanatique, à tel point que je risque bien un jour de mourir du fameux cancer de la gorge, médiatisé par Michael Douglas… Dans le cunni, le gros du travail se fait avec la langue. Dans ce cadre, les poils, c’est perturbant. L’épilation fait partie de l’entretien. Après, c’est sûr, certains hommes fantasment sur les toisons fournies. Dans la pornographie, il y a une niche « Hairy » pour les amateurs…

E : Les amateurs de moquette, à la niche !

P : Il ne faut pas aller jusque-là, mais ce n’est pas le goût majoritaire. Il y a l’excès inverse, les filles qui se précipitent chez l’esthéticienne dès qu’il y a quelques poils… Ce n’est pas sous la pression des hommes, ce sont les canons de beauté de l’époque qui nous influencent tous, même les esprits les plus indépendants d’entre nous. Il est excessif de dire que tout ça vient de la pornographie avec des relents de pédophilie.

E : Monsieur Lechat a-t-il des poils ?

P : En effet, pas de fourrure au niveau du service trois pièces, ni des aisselles d’ailleurs si vous vous voulez tout savoir (là, on bascule vraiment dans la confidence) ! Pas plus que sur la tête ! Mais vous avec votre web série, vous êtes pro poil ?

E : Pas vraiment. Nous avons cherché à savoir pourquoi nous nous épilons, les raisons inconscientes et il y en a un paquet : l’association à la saleté, la peur de la sexualité féminine, la mode et le diktat du lisse dans les médias entre autre…

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Lucien Clergue

Les femmes fontaines

P : Moi, j’adore ! Mais elles peuvent être facilement gênées et appréhender la réaction des hommes. Il y a aussi cette peur d’être prises en défaut dans une jouissance où elles perdent tout contrôle. En outre, elles craignent que ce soit confondu avec de l’urine. Les hommes aiment bien voir le spectacle mais ceux qui veulent se mettre dessous sont beaucoup plus rares.

Les règles

E : C’est un peu la même problématique en plus trash ! Combien de fois ai-je vu des libertines, dépitées de ne pouvoir sortir à cause de ça.

P : Il y a un aspect physique immédiat et c’est peu ragoutant. Pour certaines, c’est douloureux. Et puis, il y a la peur de la transmission de maladies. Hommes et femmes sont mal à l’aise avec ça. Il faut dire qu’il y a un tabou religieux. Dans les religions du Livre, la femme en menstrues est impure.

E : Oui, mais bon, au regard de ces religions, la libertine est impure, ragnagna ou pas. Alors foutu pour foutu… pourquoi se priver ! Ensuite je peux comprendre que l’on n’ait pas envie de baiser, mais enfin, il y a d’autres pratiques possibles : pipes, sodomies, caresses etc.

P : Si des femmes se censurent, d’autres sortent pour accompagner leur conjoint quand même et s’autoproclament « préparatrices », comme ma femme ! Voire même simplement pour profiter de l’ambiance et de la convivialité du moment.

E : Préparatrice ! Comme dans le sport ! Excellent ! L’important c’est de participer !

P : Elles se contentent de faire des fellations à des hommes pour qu’ils soient bien prêts pour la copine qui en profitera.

E : Que serait le libertin sans sa femme ???

P : Un slip sans élastique ! Ou le Barça sans Messi !

La scato

P : Je n’ai jamais vu faire, ça reste un tabou absolu. Certains doivent fantasmer dessus quand même. Rien à voir mais il y aussi parfois des pertes fécales de certaines dames pendant la sodomie, cela peut arriver même après toutes les précautions prises (lavements, etc.). Quand ça arrive, elles sont plus gênées que les hommes. Je comprends que ce ne soit pas une situation très confortable.

La drogue

E : Le milieu libertin n’est pas très branché drogue.

P : Évidemment ! Le libertin doit garder le contrôle de soi en toute circonstance, la drogue n’aide pas, ni pour la performance. Et puis, même s’il est vrai que nous sommes moins réprimés par la maréchaussée que jadis, le milieu reste relativement surveillé et nous n’avons pas besoin d’attirer l’attention sur nous. Je n’en ai jamais vu de ma vie que ce soit en club ou en soirée privée. Ce n’est pas un tabou, c’est juste une connerie, on n’en veut pas !

E : Et l’alcool ?

P : Moi, je ne bois pas une goutte d’alcool. Les femmes peuvent se permettre de boire un peu plus que les hommes, toujours pour des raisons de performance. Mais j’ai rarement vu des gens saouls. Ce sont plutôt des dépressifs qui pensent régler leurs problèmes en allant dans une partouze, grave erreur !

E: Le libertin est-il fêtard ?

P: Pas tant que ça. Nous n’aimons pas la musique à bloc et l’agitation autour de tables encombrées de bouteilles d’alcool comme dans les boîtes de nuit traditionnelles. Certaines soirées peuvent être plus festives que d’autres, mais elles se terminent relativement tôt. C’est quand même très physique, le sexe en plus de la danse !

Laurent Bénaïm - Orgie libertinage
Laurent Bénaïm

L’amour

P : Soyons précis. Avec le conjoint, c’est normal bien sûr. Quand des libertins célibataires se rencontrent et décident d’entamer une relation au-delà du libertinage, aussi. Par contre, lorsqu’il y a, au delà du couple, des atomes crochus qui terminent en sentiments amoureux, là, il y a un gros problème. Même chez les couples les plus libéraux, ça ne passe pas. Pour nous, ce serait très compliqué.

E : Vous, après la partouze, vous rentrez avec votre femme, seulement tous les deux. Les polyamoureux comme on dit maintenant, ils rentrent à 3 à 4 etc… Ça doit gérer en continu. Ce sont les nouveaux aventuriers.

P : On choisit d’être libertin mais on ne choisit pas d’être polyamoureux, je pense. On l’est ou on ne l’est pas. Nous avons un couple enfin un trouple d’amis dans ce cas, c’est très compliqué à gérer. Les polyamoureux ne sont d’ailleurs pas forcément libertins.

La famille

P : Quand on est libertin, et qu’on a des enfants ado, on n’a peur que d’une chose, c’est qu’ils découvrent le pot aux roses. Les gamins vous posent alors des questions sur ce que vous faisiez jeunes, les questions sont très directes. La génération de maintenant est mieux lotie que la nôtre je pense. Les jeunes sont moins coincés avec ces préjugés, mais manquent aussi de recul notamment vis-à-vis du numérique.

E : Ils connaissent beaucoup de choses aujourd’hui avec internet.

P : Mais ils ont quand même leur pudeur et leurs limites. Je déplore l’éducation via le X gratuit. Une fois, un de mes enfants est tombé sur un truc trash chez des copains, genre « Une pour huit, huit pour une », je n’allais pas l’engueuler comme un père la pudeur mais je l’ai rappelé à l’ordre : « ce ne sont pas des images pour ton âge. La sexualité ce n’est pas ça. Donc évite ! » Je l’ai prévenu sans l’engueuler, sans engendrer de honte du style « c’est sale ! « , il n’y aurait rien de pire pour faire un tordu !

E : La hantise, rencontrer un de vos enfants en soirée !

P : Je connais quelqu’un qui un soir, a croisé son père…

Les femmes enceintes

E : La grossesse est souvent un calvaire pour les libertines, car elles sont interdites de plan cul.

P : Chez certaines femmes, la grossesse décuple le désir. Mais je n’en ai jamais croisé dans le milieu. J’ai juste surpris une fois la conversation téléphonique d’un patron de club refusant une femme enceinte. Pourtant, dirigeant un tel établissement, ce tenancier que je connais bien en a vu des vertes et des pas mûres. Mais il était blême en raccrochant le téléphone… Les libertines enceintes prennent toutes un congé maternité, pas seulement dans le cadre professionnel !!

E : D’où ça vient ?

P : Peur des maladies pour le bébé et surtout l’image de la femme comme mère, qui ne peut pas être une bête de sexe.

E : Le sexe féminin est le lieu du maternel et du sexuel. Et ça provoque, pour les hommes comme pour les femmes, un malaise.

P : C’est une terreur sacrée, un vrai tabou !

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Les prostituées

P : Ça casse tout, ça gâche tout. Ça fait fermer les clubs pour proxénétisme. Les établissements sérieux font très attention. Et puis, c’est anti libertin au possible et ça se voit. Ça rebute les autres clients. Le mec a payé une prostituée pour l’accompagner en club. La jeune femme très belle, noire ou de l’Est avec un vieux bedonnant. L’absence de complicité est criante.

E : Il parait que ça casse la symétrie chez les échangistes. Du coup, la prostituée risque de partir avec l’homme du couple en face. Les libertines, ça leur fait peur.

P : Et puis, c’est anti-érotique. Dans le libertinage, on vient pour le plaisir et le don. Dès qu’il y a un rapport d’argent, ça pourrit tout.

Les jeux de salive

P : Dans les rapports, le fait de se cracher dans la bouche, oui, c’est très sympa. Mais peu le font.

E : C’est peut être trop intime ? La peur du microbe ? L’hygiénisme ?

P : Peut-être pour certains, mais surtout c’est quelque chose de symboliquement assez fort, même violent. Alors que c’est extrêmement excitant. Je me souviens encore de la charmante inconnue qui m’avait fait découvrir ça… Ça m’a beaucoup ému…

E : Vous en avez encore les yeux qui pétillent…

P : Je le raconte dans mon livre, une femme était sur moi. Elle me pince le nez, j’ouvre la bouche, elle crache dedans; et elle me met une bonne baffe pour me la refermer ! Quand elle a repris ses esprits, elle s’est excusée. Je lui ai répondu : « mais pas du tout, au contraire ! »

E : La salive, c’est plus tabou que le sperme ou les secrétions vaginales ?

P : Oui, c’est étrange alors que la salive passe par la bouche, le reste passe ailleurs…

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Crash – Cronenberg

Les handicapés

P : C’est un vrai tabou. Il est très rare d’en croiser. J’en ai vu quelques uns au Cap d’Agde. Ce sont plutôt des gens mutilés, plus souvent des femmes que des hommes. Pourtant ces personnes ont une sexualité, comme tout le monde. Mais ça doit être très compliqué de sauter le pas, comme pour ceux en face.

E : Dans le BDSM, il y en a davantage. Le handicap devient un argument d’esthétique, façon Crash de Cronenberg. Il faudrait une soirée libertine qui s’ouvre aux handicapés. Non ?

P : Je trouve ça gênant d’avoir envie de se taper quelqu’un pour son handicap. Ça fait quota. Ce problème est complexe mais n’oublions pas que nous sommes tous des handicapés potentiels. Ça peut arriver à tout le monde.

La baise sans capote

E : Vous en parlez dans votre livre, depuis quelques années, il se pratique des gang-bangs sans capote, du bareback en fait. A la demande du couple, évidemment.

P : C’est un tabou qui doit le rester. Oui, c’est une minorité mais ça existe. Un risque notable pour un bénéfice minime. C’est vrai que les capotes, ça casse un peu l’ambiance. Le coup de dent pour déchirer l’étui, puis écarter la capote pour se l’enfiler et la dérouler. C’est un désagrément mais pas majeur. Prendre le risque de maladie vénérienne, voire du SIDA, ça n’en vaut pas la chandelle.

E : C’est quoi le trip du bareback chez les libertins ?

P: C’est goût de la prise de risque. Et puis le délire de certaines femmes de se faire remplir. J’ai vu des hommes qui essayent frauduleusement de ne pas mettre de capote. Mais ils se font sèchement rappeler à l’ordre soit par la femme soit par son mari ou encore les hommes autour. Moi une fois, je m’apprêtais à pénétrer mon épouse sans capote, un type m’a dit : »et toi ! Qu’est-ce tu fais ???  » Ma femme : »non, mais c’est mon mari ». Le type : « oh! Excusez-moi ! » Plutôt rassurant, non ?

J’ai une copine qui préfère mettre elle même les capotes. Comme ça au moins, pas de danger ! Ça lui permet de faire les comptes aussi… Bon, ce que je constate c’est qu’en 15 ans de pratique, nous n’avons jamais chopé de maladie. Il y a plus de discipline chez les libertins qu’ailleurs, sinon ça ne pourrait pas fonctionner.

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E : Est-ce qu’il y a une tendance à l’entre soi social ?

P : Dans les clubs, il y a un brassage même si l’accès est onéreux sur Paris. Et puis avec internet, aussi. Une bourgeoise de 50 ans en pleine forme peut fantasmer sur un jeune pompier… Mais c’est dans une certaine limite.

E : Vous le regrettez ?

P : Ce n’est pas tant de sélectionner les gens sur l’épaisseur de leur portefeuille. Il y a des gens favorisés imbuvables, y compris dans le milieu libertin. Et quand on peut écarter des gens vulgaires et grossiers, ce n’est pas plus mal.

E : Est ce que le libertinage c’est plouc ?

P : À Paris, les libertins sont classes. Ça dépend des clubs.

La politique

E : Le libertinage, c’est de droite ou de gauche ?

P : Tout l’échiquier politique est probablement représenté même si on n’en discute jamais en soirée, ça reste un sujet qui fâche, donc on évite. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un mélange étrange d’anti-fiscalistes qui se plaignent de payer trop d’impôts et de communisme sexuel, parce qu’on partage tout.

E : Enfin, tout le monde n’est pas à égalité dans la partouze…

P : Oui, ce sont les femmes qui décident. Leur consentement est central et elles ont plus de capacités sexuelles que les hommes. Un mec pourra jouir 5 ou 6 fois grand maximum alors qu’une femme, c’est quasi infini ! Idem pour le nombre de partenaires en une soirée.

E : Bon alors, plus de droite ou de gauche les libertins ?

P : Si on faisait un sondage, on aurait en gros la même répartition que chez les autres.

E : Pourtant, échangiste, libre échange, donc droite libérale non ?

P : Oui, enfin, on peut dire aussi que vous êtes un partageux, comme au XIXème siècle. Est-ce que le libertinage ne peut être le fait que de gens dominants ou du moins aisés ? Vouloir mettre le libertinage dans une case, c’est compliqué vu qu’il est assez octogonal.

E : Dans le contexte actuel assez anxiogène chômage, terrorisme… le libertinage ne serait-il pas finalement une bulle d’insouciance ?

P : Oui, ce sont les mots justes, bulle d’insouciance, une respiration. Il y a un côté très enfantin, on joue, on se rebaptise avec des pseudos, les libertines se déguisent en fée sexy, les clubs et soirées privées sont les seuls endroits où elles peuvent porter de telles tenues. Après une semaine difficile, c’est l’évasion !

Les Mille et une nuits d’un libertin – Pierre Lechat – Le libertin lettré

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6 Commentaires

  • Ces deux articles dressent un portrait assez complet du milieu du libertinage. J’apprécie le ton sans faux semblant. Ceci met l’accent ce qui me choque le plus dans le libertinage : le fait de se conformer aux normes sociales actuelles. Chaque groupe a ses propres normes, indispensables pour vivre ensemble. Je trouve cela dommage qu’elles soient édictées ici, sans les mettre en perspective.

    Puis un petit ajout, dans les groupes de libertins, il y aussi des personnes racistes et beaucoup de sexisme (alors même que l’on dit que les femmes sont reines 😉

  • Bien vu pour les femmes enceintes, c’est tellement vrai. Il reste aussi un autre tabou : la santé sexuelle. On en parle encore trop peu, chacun.e se renseigne de son côté, mais je trouve ça plutôt tabou dans le milieu du libertinage.

  • Un excellent article (1ère et 2ème partie) !

    Les tabous recensés sont réels, même si pour les règles, j’ai beaucoup de copines libertines qui y remédient en portant des éponges. Personnellement, ayant mal pendant cette période, je m’abstiens.

    Autrement, le rapport non-protégé (barebacking) est une aberration sanitaire. Cela fait 2 ou 3 ans que je constate une recrudescence du no-capote en club. Amatrice de gangbang, j’ai eu plusieurs fois le cas d’hommes voulant me prendre sans préservatif et s’offensant lorsque je leur demande d’en mettre un. Pas de capote, pas de rapport !
    Il m’est même arrivé de faire la leçon en plein bukkake à un gars qui ne comprenait pas pourquoi je refusais de prendre le sperme en bouche d’inconnus.

    Pour les handicapés, j’en vois pour ainsi dire jamais dans les lieux libertins du Sud-Est de la France, par contre lorsque nous allons au Cap d’Agde en août, il y en a : personne de petite taille, amputé, paralysé… C’est une belle diversité et c’est réjouissant de voir que le libertinage ne se ferme pas à eux complètement.

  • En préambule, je ne fréquente pas les clubs libertins.

    Ton interview était très intéressante, très bien menée, mais j’ai ressenti un énorme malaise en lisant certains propos de Pierre Lechat…

    Que de condescendance, voire de mépris ! Pour un milieu qui parle de liberté, d’ouverture d’esprit… Un exemple ? Cette réponse : « En soirée, il y a parfois des hommes qui vont snober une femme qui est moins bien que les autres. Mais les femmes moins belles peuvent avoir quelque chose de touchant et de sexy. Très récemment, j’ai vu un abruti sans doute plus bête que méchant, faire à une fille une réflexion désobligeante, elle s’est mise à pleurer. Avec un autre homme, nous nous sommes occupés d’elle. Ce n’était pas une belle femme mais son plaisir était touchant et ce fut un très agréable moment pour tous les trois. Après, tout le monde y compris les hommes, a le droit de choisir mais un homme n’ose pas trop mettre de râteau à une femme d’abord parce que les libertines sont moins nombreuses. Eh oui, l’appel de la forêt, certains hommes affamés et uniquement mus par leur instinct, ont parfois tendance à tirer sur tout ce qui bouge… Mais aussi parce que ça ne se fait pas trop. S’il ose, il risque de passer alors pour un goujat, un salaud, un impuissant voir un homosexuel. La seule solution, face à une dame qui ne plait pas, c’est de prendre la tangente discrètement. »

    Donc, si t’es moche estime-toi heureuse que deux hommes s’occupent de toi ! Bien vue cette image de la femme !
    Clairement, je suis moche, clairement, je suis vieille, mais contrairement à ce que dit ce monsieur, je n’ai pas besoin qu’un ou des messieurs « s’occupent » de moi… Je prends et j’offre du plaisir à mes amants, mais je ne m’occupe pas plus d’eux qu’ils s’occupent de moi… !

    Dans la même réponse, aussi une image fort flatteuse pour les femmes, dans la série « traduisons-les », « t’es un thon, c’est pas grave, tu n’as qu’à aller dans un club libertin, les mecs sont tellement morts de faim que t’en trouveras bien un qui acceptera de te sauter »

    Putain, j’ai eu l’impression de lire un mauvais dialogue d’un mauvais roman érotique !

  • Interview intéressant, vraiment, il y a des moments où j’aurais bien aimé participer à la conversation pour intervenir, contredire, parfois, nuancer. J’ai tiqué de ci de là, mais pas aussi violemment que pallilogienyc.
    Après, chacun a sa sensibilité, ses désirs, ses expériences, on ne se retrouve finalement à 100% que dans la sienne. Mais ça fait plaisir quand même de voir étalé pas mal de tabous du milieu libertin.

    Il faut aussi le dire : en soirée privée, il y a moyen, en s’entourant bien, de dépasser beaucoup de ces tabous (je pense, pour ce qui me concerne, à la bisexualité masculine, le mélange vanille / BDSM, etc.) ce qui fait que je m’épanouis rarement en club quand je suis confronté à ces codes trop rigides.

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