Romance gay : les femmes en raffolent

Kirk et Spock, gif issu de fan fiction

C’est la rentrée littéraire ! Mais sur Paris Derrière, elle est un peu particulière, forcément. Un peu comme dans le X, la littérature érotique possède ses catégories, ses tags (hétéro, bdsm, triolisme, etc…). Et parmi elles, il y a le M/M, comprenez Male/Male ou encore hommes entre eux. Très étonnant, ces histoires de gays sont écrites par des femmes pour des femmes. Depuis 2 ans, les ventes sont en pleine ascension. Interview de Valéry K. Baran, auteure de M/M aux éditions Harlequin

Valéry Baran
Valéry K. Baran

Paris Derrière : Quelle est l’origine de cette nouvelle littérature érotique ?

Valéry Baran : Au départ, il y a deux phénomènes : d’abord du côté des États-Unis avec l’apparition des fans fictions, des histoires écrites par les adeptes de série. La toute première fan fiction érotique M/M date des années 70. Distribuée sous forme de fanzine, elle est issue de la série Star Trek et raconte la relation homosexuelle entre Kirk et Spoke. Plus tard, ça a été au tour d’Harry Potter d’avoir des aventures avec Draco. A chaque fois, c’est le public féminin qui est visé. Parallèlement au Japon, est apparu le YAOÏ, mangas gays dessinés par des femmes pour des femmes.

Et les créateurs originaux ne s’en offusquent pas ?

Pour Harry Potter, J.K. Rowling s’est exprimé la dessus. Ça ne la gêne pas du tout qu’il y ait de l’homosexualité. Elle a même précisé que Dumbledore était gay. Elle a juste demandé que ça ne soit pas trop sexuel et violent, Harry Potter étant destiné aux enfants. Le seul souci, c’est qu’elle a pris la parole un peu tard. Des centaines de milliers de fans fictions avaient déjà été écrites, et pour certaines de manière explicitement érotique. Avec la diffusion par internet, c’est quasi impossible de contrôler. Il y a un vide légal dans lequel les fans se sont engouffrés et ces écrits sont tolérés tant que les auteurs ne gagnent pas d’argent avec.

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Est-ce que vous recevez des messages de mécontentement ?

Pas vraiment mais quand j’écrivais de la fan fiction, j’ai eu droit à des critiques et à quelques insultes. Or, si on regarde de près, il y a beaucoup de personnages dont la sexualité n’est pas définie. Donc, des lecteurs considèrent par défaut qu’ils sont hétéros. A partir du moment, où ils deviennent bi ou homo, c’est insupportable pour certains.

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Watson et Sherlock – fan art signé Reaperson issu de la série Sherlock

En quoi ces textes sont différents des récits gays écrits par des hommes, pour des hommes ?

Ces derniers sont plus sexuels, violents et sombres. Le problème du rejet est très présent dans les scénarios. Alors que dans le M/M, il y a plus de romance, de psychologie. Parfois, certains gays en achètent car ils apprécient les histoires d’amour toutes simples, sans enjeu de revendication. Ensuite, au niveau des détails, il y en a beaucoup aussi dans le M/M mais ils portent moins sur le pénis, véritable obsession dans les histoires à destination des hommes.

Pourquoi donc les femmes sont attirées par des histoires d’hommes ensembles ?

En fait, c’est très logique. Culturellement, les femmes sont plus curieuses du plaisir que ressentent les hommes, que de leur propre plaisir. Les retours de lectrices nous montrent qu’elles se projettent finalement assez peu dans les personnages féminins. Dans une scène érotique hétéro, il n’y a qu’un homme, dans une scène gay, il y en a deux, donc, deux fois plus d’attrait et de possibilités de s’approprier le ressenti masculin. Les lectrices aiment craquer sur un « book boy friend », et bien là, du coup, elles ont davantage de choix. Par ailleurs, il y a toujours un des personnages, qui est plus féminin et dont la sexualité est davantage passive. Du coup, la lectrice peut s’y identifier.

Dereck et Stiles - Fan art issu de la série Teen Wolf
Dereck et Stiles – Fan art issu de la série Teen Wolf
Manga gay pour femme -
Manga gay pour femme – Naruto

Si les hommes apprécient de voir deux femmes ensembles, notamment dans le X, finalement, le contraire serait-il aussi valable ?

Oui, les femmes, elles, l’expriment par la littérature érotique et ça devrait être de mieux en mieux accepté d’autant que ça fait grimper les ventes. Généralement quand une lectrice se met au M/M, elle en achète comme une addict pendant au moins 6 mois. Pour vous donner un ordre de grandeur, dernièrement chez Harlequin, j’ai publié un ouvrage M/M A un stade du plaisir et un autre BDSM hétéro, L’initiation de Claire. Le premier s’est vendu 2 fois plus vite (1000 exemplaires en 6 mois pour 1000 exemplaires sur 1 an pour le second), sachant que la catégorie gay n’a pas connu de boosteur comme Fifty Shades. Du coup, pas mal éditeurs s’y mettent (Milady, Addictive, L’ivre-Book etc…).

Est-ce que certaines maisons d’édition résistent encore ?

Quelques unes mais elles finiront par le faire pour ne pas se priver de cette manne. Longtemps, les éditeurs, qui sont d’ailleurs plutôt des éditrices, sont restés frileuses en raison du tabou de l’homosexualité masculine, plus violente que l’imagerie lesbienne, avec notamment la sodomie. C’est aux femmes aussi d’affirmer leur désir. En le revendiquant, en réclamant de telles histoires, elles aideront probablement les hommes a être plus à l’aise avec leurs tendances homosexuelles.

Porn ? What Porn ? – Valérie K. Baran et Hope Tiefenbrunner – éditions MxM

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Pas assez de toi – Valérie K. Baran – éditions Harlequin

9782280352390

Entre Hommes – recueil de nouvelles dont Initiation de ma copine Clarissa Rivière – édition L’ivre-Book

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