Lapérouse : orgies et graffitis à la cocotte

Salon Belle Otéro - Lapérouse

Ici les murs parlent ! Au restaurant Lapérouse, ancien haut lieu de débauche du XIXème siècle, les cocottes, prostituées de luxe, gravaient des graffitis sur les miroirs. Vous pouvez les découvrir en dînant dans les fameux salons privés où se déroulaient de folles orgies. Matthieu Aussudre, critique gastronomique a testé la cuisine et les restes de cette atmosphère grivoise.

1912178_10203041652223516_1829606247_o

Si la gastronomie n’a pas attendu l’invention du restaurant pour être associée à l’érotisme et aux plaisirs lubriques, il faut avouer que le dit restaurant fut un renfort de choix pour les hommes et les femmes en attente de conclure. Créés à Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les restaurants permirent à beaucoup de partager un moment intime, dans un cadre souvent superbe, et d’être servis comme des princes. Débarrassés de tous les tracas du quotidien l’instant d’un dîner ou d’un déjeuner, le quidam n’obéit qu’aux caprices de sa fantaisie et de sa friandise. L’intimité. Oui, c’est bien de quoi il s’agit au restaurant, puisque c’est un lieu où on partage un moment privé, mais cette fois théâtralisé et entouré d’inconnus.

Ne nous étonnons pas des points communs entre le club libertin et le restaurant. Ce dernier a toujours entretenu des liens plus qu’étroits avec l’érotisme. Au XIXe siècle, on déconseillait aux femmes de se rendre dans les restaurants du carrefour des Champs-Elysées et du Moulin Rouge, de peur qu’elles n’ y trouvent leurs maris en sulfureuse compagnie. Elles pouvaient cependant s’enfermer avec ces derniers dans des salons privés chez Ledoyen, histoire de croquer la pomme sur place.

Salon Anges - Lapérouse
Salon Anges – Lapérouse

Il est toujours possible aujourd’hui de réserver un salon chez Lapérouse, et de se rendre compte qu’une atmosphère grivoise habite ces lieux pour l’éternité. Au bord de la Seine, sur le quai des Grands Augustins, ce restaurant très à la mode au milieu du XIXe siècle avait l’habitude de recevoir la fine fleur de la mondanité parisienne. Les politiques y côtoyaient les hommes et femmes de lettres (parmi eux Hugo, Dumas, Sand, les frères Goncourt, Flaubert, Zola, etc.), les artistes et les aristocrates venus du monde entier.

Salon Victor-Hugo - Lapérouse
Salon Victor-Hugo – Lapérouse

A l’étage, les salons qui étaient autrefois des lieux de transactions marchandes ou de discussions privées, deviennent,  comme ceux de la Maison Dorée ou des cabarets du quartier des Halles, des lieux de luxure. Si beaucoup de restaurants sont prétextes à racolage ou lieux de prostitution, les établissements à salons comme Lapérouse sont plutôt théâtres de véritables orgies. On y invite les “cocottes” (terme générique qui englobe les prostituées de luxe, les demi-mondaines et les jeunes actrices ambitieuses) que les Messieurs couvrent de diamants, avec lesquels elles gravent leurs noms sur les miroirs des salons.

Miroir - Lapérouse
Miroir – Lapérouse

Ainsi, elles s’assuraient que la pierre rayait correctement la glace et donc était véritable. Ces gravures sont toujours visibles aujourd’hui. On dînait copieusement, on buvait avec excès, puis selon l’ordre naturel des choses, les robes en soie étaient effeuillées, laissant apparaître un sein, une croupe, et pour les plus fougueux, on faisait sa petite affaire à même la table.

SE3
Salon Sénateur

Des mœurs bien éloignées de l’ambiance de Lapérouse aujourd’hui, qui n’assume pas complètement son passé (le serveur fut très gêné de nous expliquer les activités des “cocottes”) et dont la cuisine est à des années lumières des trois étoiles Michelin obtenues en 1951, mais toutes perdues depuis. Devenu un repère à touristes friqués, le seul intérêt de Lapérouse reste l’atmosphère qui imprègne ces lieux. Plongé dans la pénombre du premier étage, on imagine aisément l’endroit 150 années auparavant grâce aux escaliers quasi dérobés, aux coins et recoins qui forment presque un labyrinthe où se perdaient des fils de famille de province, venus à Paris se ruiner en truffes, en champagne et en filles. La visite des lieux vaut encore le coup d’œil – les boiseries, les fresques murales et les dorures ont été entretenues – mais il faudra s’acquitter d’une lourde addition pour une cuisine médiocre.

Lapérouse – 151 quai des Grands Augustin – 75006 Paris – 01 43 26 68 04

Entre 100 et 150 € (entrée, plat, dessert, verre de vin) + 45 € par personne pour salon privé

Ouvert le soir uniquement – fermé le dimanche

FA2

Référence : “La chère et la chair : gastronomie et prostitution dans les grands restaurants des boulevards au XIXe siècle” – Lola Gonzalez-Quijano – Genre, sexualité & sociétés – 10 – automne 2013.

Tags de cette page
, , , ,
Ecrit par
Plus d'articles d' emma

Cabaret Décadent : le cirque érotico punk rock

On est loin des plumes et des paillettes. Ici, c’est plutôt dentelle,...
En lire plus

1 Commentaire

  • Bon moi je dis c est hyper pas bien ce que vous faite en ce moment les parisiens !!!
    entre toi et mangerbaiser vous recensez les resto ou j ai super envie d’aller même si dans le cas présent ce serait plus par curiosité et pourvoir de près ce lieu mythique qu’une réelle envie d y passer une soirée (un peu trop baroque et chargé à mon gout)
    Bon c’est pas tout ça je file au Mc Do 🙂 non je deconne (je deconne vraiment)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.