La pipe est-elle politique ?

La Pipe - Dali

La fellation, pipe, turlutte, est une pratique finalement assez récente dans l’histoire. Peut-elle être un instrument de pouvoir d’un sexe sur l’autre ? Mais au fait, est-ce le « sucé » ou « la suceuse » qui domine ? Qu’en est-il des pipes les plus célèbres ? Pour les fidèles de longue date, c’est article est une resucée, certes, mais quand c’est bon, on en fait profiter les autres !

Je vous recommande un super ouvrage: Le dictionnaire des sexualités chez Robert Laffont. Ce bon petit pavé de plus 800 pages, regroupe quasiment tous les mots propres aux sexualités (hétéro, gay, lesbienne, bisexuelle, trans, hermaphrodites etc…) Et c’est du sérieux ! L’ouvrage a été écrit sous la direction d’une tronche, la docteur en sciences politiques, chercheuse et prof à Science po Paris Janine Mossuz-Lavau.

La grande histoire d’une bonne petit pipe

A la page « Fellation« , j’apprends que « cette pratique oro-génitale s’est finalement démocratisée assez récemment, une trentaine d’années seulement et qu’elle était quasi absente de la sexualité conjugale au début du siècle ». Elle « fait aujourd’hui partie du « parcours obligé de la sexualité de couple. » Imaginez qu’à l’époque de nos grands parents, les mecs ne connaissaient quasiment pas ce plaisir dont ils raffolent tant aujourd’hui. Sexe Libris, le Dictionnaire rock, historique et politique du sexe de Camille (éditions Don Quichotte), bouquin extra que je vous recommande bien fort, avance des chiffres. « Dans le rapport Simon sur le comportement sexuel des français,  réalisé en 1972, 44% des hommes de plus de cinquante ans disent avoir expérimenté la fellation. Selon la dernière étude sociologique française d’envergure sur la sexualité (rapport Spirat-Bajos), en 2012, 90,5 % des hommes de 35-39 ans ont fait l’expérience.

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Pourtant, la turlutte a été pratiquée au temps de Cléopâtre (1 siècle avant JC). La reine aurait été une experte en la matière. Seulement voilà, la religion catholique s’est imposée et elle ne tenait pas la p’tite gâterie en odeur de sainteté, puisqu’elle ne débouchait sur aucun processus reproductif (donc productif). L’Église s’est donc empressée de l’interdire. Mais les libertins du XVIIIème siècle la  remettent au goût du jour. Au XIXème siècle (pas très détendu côté gaudriole), la fellation se pratique uniquement dans les bordels.

Féministe, la pipe ?

Les progrès de l’hygiène intime et la libération sexuelle des années 70 permettent sa généralisation. Dès 1966, Gainsbourg fait chanter Les Sucettes à France Gall. Le clip est ultra suggestif. Le mot « fellation » intègre le Petit Robert en 1984.

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Le film Gorge profonde fait un tabac. La pipe s’est donc popularisée au moment de l’apparition du féminisme. Le glougloutage de poireau serait-il féministe ? Pourtant dans l’imagerie porno (où la fellation ouvre désormais quasi systématiquement les hostilités), elle peut apparaitre avilissante pour la femme.

Pipe et pouvoir politique

Sauf qu’en 1998, l’affaire Lewinski va montrer à la planète le pouvoir d’une simple pipe. Une petite stagiaire met à genou l’homme le plus puissant du monde, le président américain himself, Bill Clinton. La pipe est alors au coeur des débats si bien que la sphère politique française s’en mêle. L’ancien premier ministre de Mitterrand, Michel Rocard balance l’une de ses phrases cultes (médiatiquement) « sucer n’est pas tromper ». 13 ans plus tard, éclate le 11 septembre de l’histoire politique française, de par sa déflagration médiatique : l’affaire DSK. Les symboles sont terribles dans un pays qui connut la ségrégation. Une jeune femme de ménage noire se retrouve face à un homme blanc et puissant. Et au milieu, il y a un pipe, forcée ou pas, on ne saura jamais.

Aujourd’hui, la pipe offre désormais deux approches fantasmagoriques opposées. La première la considère comme un instrument de domination masculine (sorte d’adoration devant la virilité triomphante). La seconde voit en la fellation un instrument de domination féminine (la nana tient le mec en son pouvoir, sa virilité ne tient qu’à un coup de dent).

Dès 1977, les philosophes Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner écrivent dans le Nouveau désordre amoureux. : « il se pourrait que l’homme contemporain, saturé d’exigences contradictoires sur sa masculinité, y goûte une sexualité plus féminine, passive, «démachisée» ; Ultime hypothèse : c’est la concomitance de ces deux plaisirs contradictoires qui ferait tout l’attrait de la chose. »

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Mâles sous emprise

Bref, la pipe a un pouvoir détonnant. Dans les magazines féminins, jamais avares d’injonctions, elle devient la recette pour garder son homme. Le site commentsucer.com (qui donnent plein de conseils) se présente ainsi « Après ça, votre homme ne voudra plus jamais vous quitter ! ». Se répand alors l’idée qu’« une fille peut tout obtenir d’un mec grâce à une pipe ». Réflexion un peu misandre (le contraire de misogyne, sexisme anti-homme).  Si c’était vrai, vous imaginez ? Le monde ne serait dominé que par les femmes. On en est loin. En tout cas, le magazine Elle confère à la pipe des pouvoirs magiques: « la gâterie résout les fâcheries, booste la libido et la complicité… » bref, le retour sur investissement semble payant. Loin de se sentir humiliées à genoux, les femmes seraient en train de faire de la pipe un instrument de pouvoir ? L’ex actrice X, devenue écrivaine et réalisatrice Coralie Trinh Thi confie sur France Inter, « à genou devant un homme, je me ne me sens jamais aussi puissante. » Récemment, le web-doc signé Arte Radio « La Suçothérapie », a cartonné sur le net. Une inconnue confie comment elle a sauvé son couple « en jouant de la flûte enchantée » tous les jours. Les suceuses peuvent se muer en grandes stratèges, pas forcément pour prendre prendre le contrôle du mec mais aussi s’accorder une certaine tranquillité, histoire que Monsieur n’aille pas se faire sucer par une autre. « Je le suce, comme ça il ne me casse pas les pieds » témoignage d’une fille dans Elle.`

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Personne ne sort grandi de cette affaire, les hommes passent pour des cons, manipulable du bout de la bite et les femmes pour des calculatrice prêtes à se prostituer pour obtenir en échange tranquillité, emploi etc… Au fond, malgré ses pouvoirs, la pipe ne reste pas si employée que ça. La fellation n’est pas une pratique majoritaire. Les derniers chiffres un peu sérieux remontent à 2008, dans l’étude de Nathalie Bajos et Michel Bozon (Enquête sur la sexualité en France, La Découverte). Seulement 37% des femmes affirment pratiquer souvent la pipe et 50% parfois ou rarement. Le médecin-sexologue Damien Mascret explique que « la fellation seule n’a pas le pouvoir de faire tenir une relation amoureuse, ni de la réparer, sinon il y aurait moins de séparations ! »

Au fond, la pipe n’est jamais aussi réussie que gratuite et désintéressée. Cette noblesse d’esprit fait alors de la suceuse, une femme d’aujourd’hui, libre et respectable et non une courtisane. C’est en étant désintéressée que la vie se montre généreuse. N’est-ce pas ?

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1 Commentaire

  • excellent et j adore, tu t en doutes, la conclusion 🙂 Alors maintenant une question le cunni est il politique ? le broutage de minou avilit il le mâle ou la/le pratiquant de la léchouille ?

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