Jouissance à marche forcée

film Barbarella 1968

Des sextoys loufoques et futuristes pour transformer les nanas en machine à jouir, c’est l’utopie flippante du dernier roman de Chuck Palahniuk : Orgasme. L’ouvrage de l’enfant terrible des lettres américaines, auteur du cultissime Fight Club, vient d’être traduit en français aux éditions Sonatine. Ça commence comme un conte de fée à la Fifty Shades, mais ça tourne vite au cauchemar de plumard  !

On se souvient de Fight Club et de sa première règle “on ne parle pas du Fight Club“. Ce film culte de David Fincher raconte des hommes en quête de repères et de sens, qui trouvent dans la violence une manière de relativiser leurs souffrances. Et bien, le long métrage est tiré du premier roman publié en 1996 de Chuck Palahniuk, je vous l’accorde, c’est imprononçable !

Ensuite, en 2012, avec Snuff, cet écrivain américain de série noire, qui affectionne l’extravagance, l’autodérision et le burlesque nous avait immergé dans les coulisses de l’ultime prouesse d’une star du porno. Histoire de marquer le coup, juste avant de prendre sa retraite, l’héroïne se fait prendre tout court mais longuement par pas moins de 600 mecs dans le cadre d’un gang bang géant. A chaque fois, Palahniuk dresse la satire d’une société de consommation addictogène en pleine dégénérescence. Le style, très inspiré de Bret Easton Ellis, en un mot minimaliste, ne plait pas forcément à tout le monde.

Chuck
Chuck

En 2014, le romancier s’est intéressé aux plaisirs féminins en sortant Orgasme. L’ouvrage vient d’être publié en français chez Sonatine Editions. Evidemment, encore une fois, Chuck sort le karcher ! C’est une terrible critique d’une civilisation obsédée à l’idée de transformer les filles en machine à jouir. Pendant des siècles, les hommes se fichaient pas mal du plaisir féminin. De toute façon, les nanas n’y avaient pas vraiment le droit, elles étaient sur terre pour procréer, point barre ! Mais aujourd’hui, avec les récentes découvertes autour du clitoris, du point G etc…, avec l’imagerie véhiculée par le porno qui montre des filles insatiables, avec aussi les magazines féminins jamais avares d’injonctions, gare à celles qui resteraient frigides ! Elles sont alors reléguées au rang de paria de la société. Et voilà comment mettre encore un peu plus de pression sur les femmes, et la pression, c’est franchement pas la bonne méthode pour s’abandonner et prendre son pied.

Revenons à Orgasme. L’histoire commence à peu de chose près comme Fifty Shades : Penny Harrigan, jeune femme modèle et aspirante avocate, travaille dans un prestigieux cabinet new-yorkais. C’est là, au détour d’un couloir, qu’elle rencontre le magnat des médias, Linus Maxwell. Penny passe une soirée de rêve, et c’est le début d’un véritable conte de fées. Mais la suite n’a plus rien à voir avec le best-seller de E. L. James. Très vite, ça dégénère, elle comprend qu’elle n’est qu’un cobaye parmi d’autres. En fait, le milliardaire va tester sur elle des sextoys révolutionnaires qu’il confectionne en secret, avant d’inonder le marché avec. Un fantasme un rien mégalo avec pour objectif: faire jouir toutes les femmes, rien de moins que la moitié de la planète.

Rien que pour vous mes chers lecteurs, voici 2 extraits hauts en couleur mais en dessous de la ceinture :

“Pour tester le produit 241, il s’était mis en quête d’une femme plus grosse. Les tissus vaginaux étant merveilleusement absorbants, il avait, pour exploiter cet aspect là, inventé le Cracheur Explosif, un vibromasseur qui contenait pas moins de 4 cavités internes. Chacune fonctionnait comme un réservoir que l’on pouvait remplir de liquide, et l’utilisatrice avait la possibilité de programmer l’objet afin qu’il en fasse couler une quantité bien précise, qu’il s’agisse de café pour un rapide remontant ou de sirop contre la toux pour quelque chose de plus euphorique. Ou des antibiotiques. Ou encore une huile essentielle, pour une meilleure lubrification. L’extrémité du vibromasseur relâchait le liquide au moment voulu. Afin d’en démontrer l’efficacité, Maxwell avait donc abordé une mère seule et s’était lancé dans une discussion anodine. Pour l’isoler du reste des autres mères de famille, il l’avait couverte de louange. Sa stratégie fut couronnée de succès; il finit par la séquestrer dans une salle de classe maternelle vide.”

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Autre extrait où l’homme le plus riche du monde, se transforme en camelot :

“Date : 17 juin 20.. Lieu : le Mall of America, à Minneapolis, Minnesota. Produit : article Beautiful You n°216, le Découpe-Légumes de Madame, un appareil qui transforme rapidement n’importe quel légume cru en jouet sexuel.” De sa voix neutre et robotique, Maxwell raconta s’être présenté ce jour-là, avec une table pliante, devant la foule de clients. Quelques-uns s’arrêtèrent pour le regarder introduire des carottes et des courgettes crues dans un boîtier en plastique. D’un geste habile, il appuyait sur un levier, et des lames invisibles situées à l’intérieur de l’appareil taillaient le légume jusqu’à façonner un phallus destiné à procurer un plaisir maximal. Alors que le nombre de clients curieux ne faisait que grandir, Maxwell avait montré comment les lames intérieures pouvaient être ajustés de sorte à rendre le jouet sexuel plus long ou plus court, plus épais ou plus fin. D’autres lames façonnaient des sillons et des arêtes qui exciteraient l’ouverture vaginale. Les gens avaient rigolé et poussé des cris amusés, mais ils n’étaient pas partis. Une voix, tout au fond avait lancé: “Et ça marche avec les aubergines ?”

Orgasme – Chuck Palahniuk – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude – Sonatines Editions- 18€

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2 Commentaires

  • J’avais adoré Fight Club et justement le coté extreme de sa position, je n’ai pas lu l’auteur au nom imprononçable mais l’ébauche que tu fais du roman me plait énormément
    J’aime bien ce trait parfois à peine forcé qui met en avant ce que le vernis de notre société espère cacher

    Nous flottons un peu toute les deux dans le meme monde et je ne sais pas toi mais cette debauche de toys tous différents et finalement tous pareils cette débauche d’article (auquel je participe quelque part) cette pléthore d’article sur comment jouir, comment s’enculer comment simuler comment rouler du cul avec une burqa en faisant du patin à roulette sans que personne ne le sache me file parfois l overdose et comme tu le dis justement “la pression, c’est franchement pas la bonne méthode pour s’abandonner et prendre son pied.”
    Si on pouvait revenir à des choses simples, facile, gentille, chaude mais gentille sans ce prendre la tête à se foutre des questions qui en fait n’existent pas olalalala je suis sure qu’on hurlerait de plaisir un peu plus souvent et que nos hommes auraient un peu moins mal à la tête

    En tout cas merci de la chronique il est dans ma wishlist 🙂

  • “comment rouler du cul avec une burqa en faisant du patin à roulette sans que personne ne le sache” J’adore ! J’imagine la scène ! J’en peux plus de rire ! Oui je suis d’accord avec toi, nous sommes dans l’époque du “jouissivement” correct. Tout ces objets, sextoys etc…, ne sont pas des fins en soi, mais des outils pour nous décoincer de millénaires d’interdits. Mais la société de consommation que dénonce Palahniuk, provoque en permanence le désir d’avoir, d’acheter. Et une fois que nous avons l’objet tant convoité, nous n’en profitons même pas et nous bavons devant la pub d’un autre produit soit disant nouvelle génération, plus performant. Nous restons prisonniers, esclaves de nos désirs, nos maisons et appartements se retrouvent remplis de babioles made in China dans les placards et les vendeurs s’en mettent plein les poches… Et pendant qu’on consomme, ça nous évite de réfléchir aux vrais problèmes, les vaches sont bien gardées. Meuh !

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