Libertinage : le petit décodeur

Ça vous chatouille, ça vous brûle ! Seul(e) ou en couple, vous avez envie de tenter l’aventure du libertinage. Seulement voilà, il y a des codes, les fameux codes du savoir vivre libertin. Rien de bien mystérieux ou de secret, mais du bon sens et un peu de réflexion. C’était le thème de la dernière Sexo Académy où je me suis rendue pour vous donner quelques clés.

Direction le bar 153, à la Sexo Académy, apéro organisé par la sympathique Flore, journaliste au magazine Union. Ce soir, c’est gros plan sur le libertinage. Une conférence décontractée animée par la libertine et libertaire Ève de Candaulie et la sexothérapeute et fondatrice de Piment Rose, Nathalie Giraud.

J’espère qu’un jour, les lieux auront la bonté de prêter la salle du haut, qui est vraiment splendide, un décor de bordel rouge et or. Pour l’instant, les réunions se déroulent en mode “scred” (discret) au sous sol typique des caves voûtées du Marais.

codes libertins
Bon, il est quand même pas dégueu le sous-sol du 153

C’est bondé, une quarantaine de personnes, plutôt un public masculin, tous les âges sont représentés même si beaucoup ont plus de 35 ans. Mais il y a quand même quelques femmes avec beaucoup de personnalité.

Après des quizz, la salle a échangé, en tout bien tout honneur bien sûr : débats, témoignages, voici en résumé ce que nous avons pu apprendre, pour mieux connaître les codes libertins et le milieu :

  • Avoir un bon dialogue au sein du couple. La pratique du libertinage a forcément un impact important sur le couple. Il le questionne, en redéfinit les limites, soulève des réflexions profondes. S’il faut bien discuter en amont d’une première sortie, il sera bon aussi de débriefer le lendemain de fête.
  • Poser des limites. Souvent, au sein des couples, le contrat est implicite. Si vous voulez vous jeter à l’eau, il faut impérativement qu’il devienne explicite et définir ensemble des règles précises.
  • Le consentement est central. C’est le plus important des codes libertins. En soirée, dès qu’une personne dit stop, il faut s’arrêter. C’est aussi simple que ça ! Même une fille qui chauffe un mec, peut au dernier moment lui dire non. Idem pour les hommes, ce n’est pas parce qu’ils ont moins de liberté en club, qu’ils sont sureprésentés sur les sites de rencontre libertins, qu’ils doivent tout accepter. Si vous posez une main sur quelqu’un d’autre et que cette personne la repousse, c’est non. Alors, c’est sûr, c’est plus sympa de dire “non” avec le sourire. “Et si la personne insiste, ce n’est pas un vrai libertin.” garantie Ève. Pour moi, c’est surtout un(e) abruti (e). Plus concrètement, dans les bonnes maisons, le type ou la meuf se fait rapidement jeter de l’établissement. Le consentement est fondamental : c’est ce qui fera la différence entre une joyeuse “pluralité masculine” (une femme et plusieurs hommes) et un viol en réunion passible d’une peine allant jusqu’à 20 ans de prison pour chaque mec.
  • L’hygiène, comme une évidence.
  • Se protéger. Conseil aux femmes : vérifier toujours avant l’acte que celui qu’elles ne connaissaient pas il y a 10 minutes, porte bien une capote. A la fin, c’est aussi aux dames de checker que le tout n’a pas éclaté en vol. C’est ça ou choper une IST (Infection Sexuellement Transmissible) et stresser pendant des mois à prendre un traitement pour éviter le sida.
  • Quelle soirée pour qui ? Dans le public de la Sexo Académy certains comme Xav,  aiment que “ça dégénère, quand rien n’est prévu”. Pour Ève, c’est le contraire: “je préfère les situations préparées à l’avance, sur mesure parfois juste après mon cour de yoga.” Les clubs laissent encore une part au hasard de la rencontre avec un mélange de population souvent plus important que dans les soirées privées. Les gens y sont triés sur le volet, en fonction de leurs attentes, pour que ça dégénère rapidement (leur accès est plus compliqué pour les mecs seuls). En fait, il n’y a pas de règle, il y a des gens qui aiment faire connaissance d’abord et d’autres après l’orgie.
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  • La réciprocité de la liberté n’est pas obligatoire. Ève : “mon mari prend plus plaisir à voir, qu’à faire. Parfois même, il ne veut pas être là.” Elle cite l’exemple d’une copine prête à faire un trio avec son mec et un autre homme. Mais elle a peur qu’ensuite, son chéri lui demande de fricoter tous les deux + une autre fille. Dans le libertinage, il n’y a pas de contrepartie. Ça se rapproche de l’altruisme : la contrepartie c’est que l’autre soit heureux. “Sinon, c’est une exigence” prévient Nathalie Giraud. Illustration avec le témoignage d’un monsieur dans l’assistance : “je suis marié depuis bientôt 36 ans. Avec ma femme, nous avons pratiqué pendant 6 ans, puis elle a voulu arrêter. Alors j’y vais seul. Elle accepte que je sorte parfois en club, parce qu’elle est satisfaite de la relation que nous avons en couple. Et si elle refusait, je serais obligé de la quitter, car j’ai besoin de mes sorties, ça fait partie de moi et elle m’aime comme je suis.” L’amour, le vrai en somme. Question d’un jeune homme en chemise bien repassée: ” ta femme en souffre ?” Il répond : “non, elle comprend que le club, c’est un moment pour moi. L’autre ne nous appartient pas.”
  • Mélangisme ? Côte-à-Côtisme ? What’s the fuck ?  C’est quand 2 couples pratiquent l’échangisme mais limité aux préliminaires, sans coït. Le côte-à-côtisme, 2 couples qui font l’amour l’un à côté de l’autre, sans contact entre eux.

Le libertinage serait-il ringard ? Dans la jeune génération, on n’emploie pas le mot libertinage. Relater dans le récent film Bang Gang, une bande d’ados friqués partouze allègrement quand Papa Maman ne sont pas là. Finalement, un retour de l’amour libre pour des jeunes qui découvrent leur sexualité sur fond de porno en tube. Ils se questionnent moins sur les histoires de code, ce n’est pas institutionnalisé, ce sont des soirées qui dérapent, souvent avec la drogue type MDMA, en mode communion de l’instant.

Ce type d’orgie ne se renouvelle pas forcément dans le temps. On est donc loin des pratiques du milieu  libertin. J’interroge la pétillante Lady Shagass, auteure du blog Les Desculottées, jeune femme libérée mais pas libertine, presque trentenaire et très représentative de la jeune génération qui n’a connu que le numérique: ” Pour les plans cul à plusieurs, ma génération utilise le vocabulaire du porno: “gang-bang”, “three some”, “four some”.”Lady Shagass poursuit : “les boîtes à partouze, ça fait plutôt peur aux jeunes. Beaucoup s’imaginent que t’es obligé de te jeter direct à poil dans la mêlée.” Pour enfoncer le clou, les soirées en club sont chères et les codes vestimentaires imposés sont loin d’être very fashion. Le libertinage ne serait-il plus vraiment trendy ? Pourtant, le mot reste terriblement sulfureux et continue de fasciner.

Pour en savoir plus, la série d’articles sur le libertinage du blog Nouveaux Plaisirs

(1) une attitude qui considère des activités sexuelles consensuelles comme fondamentalement saines et agréables, et encourage le plaisir et l’expérimentation sexuelle, sans obligatoirement être dans la pratique.