Relation à distance : Les voyageurs sont priés de… patienter.

Avec l’internet, les sites de rencontres, le téléphone mobile et autre Skype, c’est l’explosion des relations à distance. Par définition, c’est rarement la fête du slip. Manque, frustration, grosses dépenses en billets de train, Maryssa Rachel en fait actuellement la déchirante expérience même si, en cherchant bien, il y a quand même quelques avantages. Pour Paris Derrière, elle nous livre un témoignage poignant.

Quai de la gare. 7 heures du mat, un jour férié. Je rentre au bercail après avoir passé quelques jours près de lui… Quelques jours que j’attendais avec impatience. Les valises traînent derrière moi comme je traîne ma tristesse. J’ai une boule dans la gorge qui m’empêche d’avaler ma salive, mes yeux transpirent et j’ai pas envie d’attendre encore trois semaines avant de le revoir. Relation à distance…

Mille bornes, rien à voir avec le jeu, mille bornes c’est le nombre de kilomètres qui nous séparent. Moi qui n’étais pas adepte des relations à distance, me voilà en plein dedans.

Siège 69 voiture 18, train à destination de Marseille-Saint-Charles. Il fait encore nuit, même à sept heures quinze du matin. Je regarde les lumières des villes défiler, je regarde la distance entre lui et moi s’agrandir. Putain de distance… je suis fatiguée mais je ne parviens pas à dormir, la tête trop pleine de souvenirs, le corps encore chamboulé, l’âme en peine mais le cœur rempli d’amour.

On se voit dans trois semaines, trois longues semaines. Je viens de passer un mois avec lui pourtant, un mois ça passe tellement vite. Alors on fait le plein de câlins, d’émotions fortes, de souvenirs en se disant que dans quelques jours on sera de nouveau seuls, à attendre, pour se revoir. Alors on fait le stock de photos, de vidéos, de partages de musique, d’odeurs aussi…

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L’attente parlons-en de l’attente. L’attente ce sont les heures qui ne défilent plus, les jours qui ne s’écoulent plus. L’attente c’est l’ennui, le manque de l’autre, c’est la tête pleine de lui continuellement, c’est son tee-shirt que je respire jour et nuit en espérant qu’il garde le plus longtemps possible l’odeur de sa peau ; puis il y a les vidéos prises à l’arrache, à la terrasse d’un café lorsqu’il cherchait l’adresse où nous devions nous rendre, ou lorsqu’il se mettait à rire aux éclats pour une connerie que j’avais lâchée. Une fois seule, je regarderai tout ça, et je repenserai à tous ces bons moments et à ceux à venir.

Les relations à distance sont dans l’air du temps, merci internet. Peu de chance effectivement dans les années 90 qu’on ai pu se croiser, à part si par le plus grand des hasards on se serait retrouvé sur le quai d’une gare, ou en « stage d’été ». Années 90, années 80, flashback… pas d’internet, pas de téléphone, pas de forfait illimité, exit viber, skype, whatsapp et tout le tintouin. On se serait écrit des lettres qui auraient mis trois plombes à arriver, puis sûrement qu’on se serait lasser d’attendre l’arrivée du facteur.

39 ans, 2015 ; forfait illimité, internet, ouigo, tout est fait pour qu’on puisse se retrouver plus facilement. Il faudrait que la SNCF adapte ses tarots, un forfait « grand amoureux » avec des réduction lorsque la relation s’installe vraiment. Pas au bout de deux jours mais au moins au bout d’une semaine. C’est le moment de la prise de tête sur les sites internet à la recherche du billet le moins cher. Alors on repousse parfois le jour des retrouvailles parce qu’un aller retour à 500 euros, c’est un peu « cher »…

LA lettre d'amour - Dominique Amendola
La lettre d’amour – Dominique Amendola

Je rêve parfois. Je rêve de pouvoir d’un coup de tête le rejoindre à l’improviste, lui faire la surprise. Quatre heures nous séparent, quatre heures en TGV ce n’est pas si terrible que ça. Je me console comme ça, en me disant qu’après tout, nous ne sommes pas si loin, que ça pourrait être pire, il pourrait vivre en Nouvelle Zélande.

Pour patienter, je me fous la tête dans le taf, j’essaie de voir les copains, même si je sais que sur la chaise vide, là, juste à côté, il devrait y avoir son joli fessier de posé.

Puis on s’envoie des photos gentilles, des photos mignonnes, des photos sexy et suivant l’heure des photos des parties intimes version Petit Robert.

On se raconte nos journées, on s’envoie moult messages pour surtout ne pas laisser tomber la pression, et surtout pour laisser la passion nous tourner autour, nous envahir, ne pas la perdre, la nourrir constamment.

On se tape des webcams, une sorte d’amour tantrique virtuel, où on ne peut ni toucher, ni sentir, ni goûter ; putain de frustration. C’est pourtant agréable de le voir même si ce n’est pas en trois D c’est toujours mieux que rien, il est beau même quand l’image bug.

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Chaque jours qui passent, nous devons apprendre à user de moult stratagèmes pour ne pas laisser la flamme s’éteindre. On se fixe un but… « dans trois semaines on sera ensemble et on fera ça ça et ça, et si on se disait dans un an on vit ensemble ?  »…on parle de nos rêves, on ne passe pas une journée sans se donner de nouvelles. On se pose des questions, on apprend l’un sur l’autre, sur nos joies, nos peines, nos doutes, nos peurs, nos attentes, nos rêves… C’est peut être un avantage ça après tout. On s’écoute, même si parfois on s’entend mal… On se connaît mieux que personne, car on prend le temps de se questionner sur nos vies. On baise moins, logique, alors on se parle.

Cependant, malgré le fait qu’on se parle régulièrement, malgré le fait qu’on s’envoie plein de messages, on ne peut s’empêcher, dans nos moments de faiblesses, d’imaginer le pire… Pendant ces longues heures, ces longs jours d’attentes ; ces longs jours sans se voir, on a bien le temps de scénariser un court métrage cérébral. Une sorte de paranoïa affective : « que fais-tu ? » « avec qui es-tu ? » « es-tu vraiment fatigué ou vas-tu à un rdv » ?

J’ai l’impression de passer mon temps à remplir mes valises ; ne surtout rien oublier… on se retrouve une fois par mois à traîner sur roulettes une partie de notre casbah, juste parce qu’on se dit qu’on aura peut-être besoin de « ça » une fois arrivé “las-bas, ou tout est riche et tout est sauvage…” on se sent un peu bancal parfois, vivre ici et là. On se sent bancal au moment du départ surtout.

distance-amoureuseEt les gosses dans tout ça ? Quand on a des gamins, on doit jongler avec les congés scolaires, les laisser parfois plus de deux semaines avec la famille lorsqu’on ne peut pas les emmener avec nous. Lorsqu’ils sont grands, c’est gérable, quoi que, bonjour galère aussi parfois. On se sent parent égoïste, on se sent parent qui abandonne, on se sent partagé. Et les frais sont à multiplier par le nombre d’enfant qu’on a, même si les trajets en train pour les moins de quinze ans ne sont pas aussi exorbitants que ceux des adultes.

Le temps, putain de traître de temps. Dans ses bras, c’est trop vite qu’il défile, et loin de lui, tout marche au ralenti, même mon esprit.

Relation à distance… tant qu’il y a de l’amour vrai, tout est possible, tout est réalisable c’est le jeu de la vie. Alors on prend notre mal en patience. On a rien d’autre à faire après tout. Puis un jour la distance n’aura plus lieu. Puis un jour c’est près de lui que je prendrai ce putain de train pendant des heures… Je me rassure comme ça, en me disant « demain…ça sera bien… ».

A bien y réfléchir je vais réussir à trouver quelques avantages à l’amour à distance… je réfléchis.

On pourrait dire, que nos adieux sur les quais de la gare sont mille fois plus romantiques que le baiser donné à la volée avant de partir bosser. Le baiser qu’on évite de donner car on ne s’est pas encore brossé les dents…c’est super romantique le baiser sur le quai de la gare. Ça ressemble un peu à du Doisneau. C’est juste romantique, car pour dire vrai on a pas du tout envie de se casser…

"Le baiser de l'Hôtel de Ville" par Robert Doisneau (1950)
“Le baiser de l’Hôtel de Ville” par Robert Doisneau (1950)

Autre avantage ? les retrouvailles…oui ça peut être un avantage, les retrouvailles. On se saute dans les bras l’un de l’autre, un truc au ralenti comme dans les films. Alors on profite à fond parce qu’on sait que ça va durer que quelques jours…

Cherchons encore…

Pas besoin de se préparer des heures complètes avant un rdv, puisqu’on va sur skype, après tout même si on pue ça ne sentira pas… ça peut être considéré comme un avantage.

Un avantage, les écrits…les mails échangés, qu’on pourra imprimer et faire lire à nos petits enfants une fois vieux.

On pourrait penser que puisqu’on se voit moins, on se dispute moins, c’est FAUX. Pourquoi ? Parce qu’à distance, on doute, on ne sait jamais, et malgré la confiance qu’on lui porte il y a toujours une sale petite voix qui hurle « hey connasse t’es à mille bornes…lui si ça se trouve il est en train de s’éclater avec deux blondes » … et le lendemain on apprendra qu’il a bu une 1664 avec un pote. Il s’est bien tapé une blonde le bougre…

En avantage cependant, je pourrai dire que ça fait voir du pays. Toujours à jongler de gare à gare on change de décors, ça, ça peut être un avantage…mais un avantage que je pourrais également avoir en voyageant avec lui en fait et c’est mille fois mieux les voyages à deux…

Certaines personnes disent « c’est cool t’es indépendante, t’as pas ton mec sur le dos », envie de hurler que si leur mec est chiant c’est leur problème, le mien j’aimerai l’avoir sur le dos, et pas que là d’ailleurs…

La routine… dans l’amour à distance, il n’y a pas de routine…mais même dans l’amour de proximité il n’y a pas de routine pour qui sait user d’un peu d’imagination.

Alors au risque d’en froisser certains, qui débutent tout juste leur relation longue distance et qui essaient de se motiver en se disant que ça sera cool. Pour la vivre cette relation à distance, je peux conclure en trois mots : « C’EST LA MERDE ».

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