Quand Paris était capitale de l’amour vénal

A travers les regards de Manet, Toulouse-Lautrec et Degas entre autre, la superbe exposition Splendeurs et misères, Images de la prostitution au musée d’Orsay, nous a plongé l’automne dernier, au coeur de ce “mal nécessaire”. Paris Derrière s’était offert une visite pleine d’émotions, un voyage dans le temps du Second Empire à la Belle Epoque. Pour ceux qui l’ont raté, séance de rattrapage express !

Imaginez Paris à l’image de Pattaya, ville-bordel de Thaïlande, décrite par Michel Houellebecq dans La possibilité d’une île. Figurez vous que ce fût le cas au XIXème siècle de notre capitale, qualifiée alors de “nouvelle Babylone” ! Outre les pensionnaires des maisons closes et les courtisanes,  beaucoup de parisiennes sont amenées à vendre leurs charmes. Les misérables salaires d’ouvrière ne peuvent faire vivre les familles. Du coup, la prostitution est partout, protéiforme et très difficile à circonscrire. Si Paris compte 30 000 prostitués encartées selon la réglementation, en fait, il faut en ajouter 20 000 occasionnelles et clandestines.

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Jean Béraud – L’Attente 1880
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Edgard Degas – L’Absinthe 1875-76

A la fin du 19ème siècle, la prostitution clandestine ne cesse de croître au point de faire concurrence aux maisons closes si bien que beaucoup ferment. Les filles de la rue ont de vrais métiers: ouvrières, modistes ou blanchisseuses. Elles sont localisées notamment autour des cafés et brasseries que les femmes “honnêtes”, elles, ne fréquentent jamais sans être accompagnées. En fin d’après midi, “à l’heure de l’Absinthe”, la prostituées, attablée, attend le client. Elle fume et se saoule. On remarque la mine pas très fraiche de la dame peinte par Degas. A côté, l’homme boit du café, censé faire passer la gueule de bois. La table n’a pas de pied, elle flotte à l’image des personnages.

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Jean-Louis Forain – Derrière les coulisses 1885

Des prostitués viennent du théâtre et des ballets de l’Opéra, d’où l’expression d’époque “se faire une danseuse”. Le foyer de l’Opéra, décoré de peintures grivoises, est fait pour que les messieurs puissent faire leur choix, comme le montre cette scène.

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François Rupert-Carabin – Groupe de 4 femmes nues entre 1895 et 1910

L’exposition consacre aussi des salles aux maisons closes du “bouge de matelot” à la maison de haute tolérance comme le luxueux Chabanais. Les nouvelles pensionnaires sont très prisées. Telle de la chair fraîche, l’arrivante était sollicitée sans cesse pendant au moins 2 semaines.

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Henri de Toulouse-Lautrec – L’inspection médicale: femme de maison blonde 1893-1894

La prostitution est la première profession de l’histoire à connaitre la médecine du travail sous l’autorité de l’Etat. Sauf qu’il ne s’agit pas de protéger la fille mais le bourgeois client. Les prostitués sont la proie des maladies vénériennes, comme la syphilis. Vous découvrirez des photos insoutenables de corps ravagés par les maladies. Avant de passer au contrôle sanitaire, des femmes  maquillent leurs plaies, car dès qu’elle sont détectées malades, elles perdent leur travail.

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Henri Gervex – Madame Valtesse de la Bigne 1879

Il y a aussi l’aristocratie du vice avec les courtisanes, parties de rien et qui connaissent une fulgurante ascension dans l’échelle sociale. Ces “grandes horizontales”, parfois mécènes, jouissent d’une grande liberté comme Mademoiselle Jeanne de Tourbay, La Païva et Madame Valtesse de la Bigne.

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Edouard Manet – Olympia 1863

Manet fera scandale avec ce chef d’oeuvre en osant représenter une prostitué en très grand format (130 sur 190 cm). Par ailleurs, la toile possède aussi un côté subversif au travers du chat noir, une référence au sexe féminin, alors qu’Olympia pose la main sur son pubis.

En s’inspirant de ce monde là, les artistes ont réussi à renouveler et à moderniser le nu féminin, en le représentant de façon indiscrète, objective, clinique, fantasmée ou débridée.

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