Dans la peau d’une sex-addict

Maryssa Rachel par Gaël Maleux

Dans son nouveau roman Décousue, Maryssa Rachel raconte la vie d’une femme sex-addict, pas vraiment à la dérive. Un récit fort et sombre, qui mène plus à la réflexion qu’à la masturbation, malgré des scènes de sexe bien hard. Le tout dans un style direct et très oral. Interview Décousue forcément…

Paris Derrière : En quoi Rose est-elle véritablement une sexe addict ?

Maryssa Rachel : elle est diagnostiquée comme telle par un psychiatre. Mais est-elle malade pour autant ? Elle consomme du sexe pour du sexe.  C’est une nourriture, une addiction. Si elle ne sexe pas, elle se sent mourir. Mais au fond, elle gère. Sa véritable souffrance vient de son entourage pour qui sa vie n’est pas normale, « tu devrais te poser, trouver quelqu’un. » C’est la société qui dit que ce comportement n’est pas sain. On nous explique toujours comment on doit aimer, comment on doit vivre, si on sort de ce cadre là, on est tout de suite catalogué, on devient des marginaux et il faut nous faire suivre.

L’héroïne Rose, c’est ta part sombre ?

J’ai eu des problèmes du même style. Un médecin a voulu me donner un traitement psychiatrique, ce que j’ai refusé. Contrairement à Rose, je suis une pétocharde. Elle, elle n’a pas peur de trainer la nuit, nue sous son imper, de se faire tripoter dans le métro par un inconnu. Mais en écrivant ce livre, je me suis mise en danger. J’ai rencontré des hommes par internet pour savoir ce que Rose ressentait. Je l’admire, j’aurais voulu vivre ses expériences, sans crainte, sans tabou.

crédit : Gaël Maleux
crédit : Gaël Maleux

Comment gère t-elle son addiction ?

C’est  une boulimique du sexe, elle en bouffe à s’en faire vomir, hommes et femmes, puis elle a des périodes de jeun ou là, elle va se nourrir autrement, elle va lire par exemple, mais elle est toujours dans le remplissage d’un vide. Elle vit alors une petite dépression, jusqu’à ce qu’elle recommence à chercher une proie. Certaines personnes se jettent sur l’alcool, la drogue ou les médicaments pour se détendre. Pour Rose, c’est le sexe. L’orgasme lui permet de s’oublier, de libérer ses tensions et d’affronter la vie.

Quand elle chasse, elle traverse les milieux libertins, BDSM, lesbiens …

Elle fréquente tous les milieux qui apportent de l’adrénaline. Elle aime les perversions extrêmes, elle fantasme sur le crade comme jouer à la petite fille avec un vieux monsieur. J’ai remarqué que les femmes peuvent avoir des fantasmes très hard : viol, prostitution, inceste etc…

Rose a un côté sale conne…

Elle a mis en suspend ses sentiments. Elle est blindée parce qu’écorchée vive. Au fond, Rose idéalise l’amour, c’est une grande romantique. Mais elle est à chaque fois déçue par ses partenaires. Et surtout, elle craint de souffrir. Alors, elle préfère partager du sexe que des sentiments.

crédit : Gaël Maleux
crédit : Gaël Maleux

L’héroïne dit que ce n’est pas son coeur qui bat mais ses ovaires. Ça fait penser aux gars que l’on accuse d’avoir une bite à la place du cerveau. Mais si Rose était un homme, elle sentirait peut-être moins le poids de la morale. Non ?

C’est certain, même si pour les hommes, ce n’est pas évident non plus. Je me suis beaucoup documentée sur la nymphomanie. Le terme ne s’applique qu’aux femmes, souvent à celles qui aiment simplement le sexe. Hors, ça peut très bien se gérer, si on cherche pourquoi on est comme ça et si on arrive à ne plus avoir peur de soi même.

Sans spoiler, Rose va t-elle finir par rentrer dans le rang ?

Pas vraiment mais elle va surtout rencontrer quelqu’un qui l’accepte comme elle est. Cette personne est même excitée à l’idée que Rose aille ailleurs. Au fond, c’est une fable philosophique sur l’amour, l’exclusivité et la liberté.

Décousue par Maryssa Rachel aux éditions les 5 sens

rachel-decousue

Le tumblr de Maryssa Rachel ici

 

 

 

 

 

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