Lolita Sene : « la cocaïne perturbe les mécanismes du plaisir sexuel »

Après avoir connu la descente aux enfers entre coke et sexe, Lolita Sene a réussi à décrocher et à renaître. Aujourd’hui, la jeune femme de 27 ans sort un récit choc C, la face noire de la blanche aux éditions Robert Laffont. Sous le nom de son héroïne Juliette, la jeune écrivain confie comment cette drogue a anesthésié son esprit et son corps pendant 6 ans. Interview détox autour d’un thé vert !

Paris Derrière : Est-ce que cette drogue peut jouer les aphrodisiaques ?

Lolita Sene: La cocaïne circule beaucoup dans les soirées où se déroule le jeu de la séduction. Comme c’est illégal, la prise se fait souvent à l’écart, dans l’intimité d’une salle de bain ou des toilettes. C’est très pernicieux. Au début, tous tes problèmes disparaissent. Ca désinhibe encore plus que l’alcool. Lorsqu’on discute, on se sent super intéressant et désirable. En fait, c’est une illusion. Cette drogue rend égocentrique. Chacun ne parle que de lui. Dans mon livre, j’ai retranscris les conversations de mes amis et moi. C’est un marathon de mot, les gens radotent. C’est assez pathétique…

Est-ce que la cocaïne te procurait davantage de plaisir sexuel ?

C’est une drogue psychologiquement addictive et elle agit sur un désir de consommer de nouveau, de retrouver des moments, de se sentir encore en confiance. Mais au petit matin, en fin de soirée, ça devient compliqué pour les mecs de bander. Et puis, les produits qui servent à couper la poudre sont souvent laxatifs. Je raconte une scène où un mec qui me plait, est obligé d’aller en urgence aux toilettes. Bonjour le romantisme !

Léonardo Di Caprio dans Le Loup De Wall Street de Martin Scorsese

Est ce que tu jouissais davantage ?

Même si j’avais l’impression que mon esprit était en communion avec mon partenaire pendant 2 heures, ça n’aboutissait à rien. L’orgasme est plus difficile à atteindre pour les hommes, comme pour les femmes. Pour ces dernières, c’est déjà pas toujours évident à jeun. En fait, la c amoindrit les sensations. Du coup, on est frustré et on en veut encore. En fait, dans le cerveau, le produit perturbe les mécanismes du plaisir sexuel. Voilà comment je suis rentrée dans un engrenage coke-hommes. J’étais hyper nerveuse, désagréable, agressive et dépressive… Au final, on perd toute estime de soi.

On a le sentiment qu’il s’agit davantage d’une drogue de désir que de plaisir…

C’est vrai, cette drogue ne permet pas d’apprécier le présent. Elle fait vivre dans l’après, le désir de consommer de manière effrénée, un peu comme une sorte de capitalisme à outrance. Comme si il n’y en avait pas encore assez (rires).

Dans la première partie de ton livre, tu tombes quand même amoureuse. L’amour plus fort que la drogue ?

Non, justement, l’histoire foire complètement. On dit « sous alcool on dit la vérité ». Je dirais que « sous cocaïne on ment beaucoup », on se saoule de mots, on fait des tonnes de plans sur la comète. Les couples se nourrissent de fantasmes, de projets mais ne réalisent rien du tout. En couple, cette drogue finit par prendre toute la place. Puis arrive la séparation. C’est déjà douloureux. On se retrouve à gérer un double manque : la personne et le produit. La coke mêlée à des sentiments crée des liens très forts. Tant que je n’étais pas totalement sevrée, je recherchais toujours mon ex à travers d’autres. Cela fait seulement un an que je n’y pense plus.

Lolita Sene - Robert Laffont

Pourquoi cette drogue a autant de succès ?

La cocaïne permet de ne pas dormir. Quand on voit la pression exercée sur les jeunes aujourd’hui pour réussir, la tentation est grande. Moi, j’en ai pris au travail et la drogue m’a fait rencontrer des gens que je n’aurais pas connus autrement. Mais finalement, ça m’a énormément fait perdre de temps professionnellement.

La cocaïne semble finalement répondre aux névroses de la société…

Oui, nous vivons dans une dictature du plaisir. Les magazines féminins et le porno nous ordonnent d’être toujours au top, de jouir et de consommer. Du coup, quand on n’éprouve pas de plaisir, on se sent vide. En arrêtant, j’ai enfin découvert le plaisir de me retrouver seule le soir. Je peux avoir envie d’être triste, ne pas avoir envie de cul, ne pas avoir envie d’être belle. C’est une rééducation à la vie.

Il y a 2 ans, tu décides d’arrêter. Tu vas rechuter plusieurs fois. Ça a l’air très dur d’arrêter.

Rien ne remplace une volonté de fer. Maintenant, au niveau des aides, il n’y pas grand chose. Pas de traitement de substitution, peu d’informations fiables sur le net. Quand aux médecins, quand ils connaissent, ils oublient de parler de la notion de plaisir, sans en faire l’apologie, bien sûr. Enfin, les réunions de Narcotiques Anonymes traitent toutes sortes d’addiction, l’héroïne, la cigarette, le sexe. Du coup, je ne me sentais vraiment pas à ma place. En plus, c’est une secte. Autant se convertir à une religion. Bref, j’en suis partie en courant.

On dit souvent que la cocaïne est la drogue des stars. Selon toi, c’est un problème ?

Oui parcequ’il y a cette banalisation. J’avais envie de ressembler à Kate Moss, juchée sur 10 cm de talon. Je pensais que c’était la clé pour être moi. Il faut que cette drogue de l’apparence tombe de son piédestal.

couverture du Daily Mirror du 15 septembre 2005
couverture du Daily Mirror du 15 septembre 2005

Avant d’être parisienne, tu as grandi dans le sud, qu’as tu constaté ? La province aussi est-elle concernée ?

Oui en quelques années, la consommation s’y est considérablement répandue. Je pensais que dans les grandes villes ou dans certains milieux dont on se fait une représentation toute faite (dans l’industrie du cinéma, le monde de la nuit ou la finance par exemple…) on consommait davantage. Et pourtant en province, c’est pareil. La cocaïne est moins chère, toutes les drogues sont présentes, et les jeunes consomment de plus en plus puisqu’ils ne voient pas le danger. Si un monstre de la finance tape de la coke tous les jours et gagnent des millions, pourquoi eux n’auraient ils pas le droit ?

Pour toi, le salut passe par la création, l’écriture. Peux-tu me décrire le plaisir que tu ressens quand tu écris, en quoi il te rappelle celui de la coke ?

Quand tu es sous cocaïne, tu penses être à ton summum de la performance physique et psychique. Tu parles beaucoup, les idées fusent. Quand j’écris, en effet, je ressens une forte montée au fur et à mesure que je rentre dans le récit, une énergie intense qui s’allie à une introspection intérieure. Tout ça, sans rien prendre.

Lolita Sene, tu n’as jamais aussi bien porté ton nom ?

Oui, j’en suis fière. Je n’ai jamais été aussi bien dans ma peau.

C, la face noire de la blanche de Lolita Sene aux éditions Robert Laffont

 

 

 

 

9782221156896

Site : lolitasene.com

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