Le Père Noël aime t-il la pipe ?

Noël est prétexte a toute sorte de débats. « Faut-il retirer les crèches des espaces publiques ? » a occupé les médias ces derniers jours. Pendant ce temps, Paris Derrière a enquêté pour savoir si le père Noël aimait la pipe.

La politique anti-tabac est passée par là probablement. Le Père Noël ne fume plus la pipe. Mais dans les temps anciens, elle accompagnait le bonhomme.

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En 1822, le pasteur new-yorkais Clément Clarke Moore a écrit un poème mettant en scène un Père Noël une bouffarde aux lèvres. C’est ce que raconte le chaleureux blog « Espace à moa, blog sans prétention ». Le Père Noël figure parmi les « personnages fumeurs » du folklore artisanal allemand.

 

Bon très bien, mais on s’en fout. Ce qu’on veut savoir, c’est « est-ce qu’il aime les gâteries ? », comme on dit. Dans la mesure, où il fricote avec Miley Cirus.

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Et que Miley Cirus aime pratiquer la fellation sur scène, selon la Dépêche.fr

J’en déduis que oui, le Père Noël aime se faire sucer. Et il n’est pas le seul. Pour preuve, lisez la suite, une resucée de mon brillant article « La pipe est-elle politique ? » J’aime offrir des vieux trucs pour les fêtes.

 

La pipe est-elle politique ?

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La pipe – Salvador Dali

La fellation, pratique finalement assez récente dans l’histoire, peut-elle être un instrument de pouvoir d’un sexe sur l’autre ? Mais au fait, est-ce le « sucé » ou « la suceuse » qui domine ? Qu’en est-il des pipes les plus célèbres ?

Je vous recommande un super cadeau Noël : Le dictionnaire des sexualités chez Robert Laffont. Ce bon petit pavé de plus 800 pages, regroupe quasiment tous les mots propres aux sexualités (hétéro, gay, lesbienne, bisexuelle, trans, hermaphrodites etc…) Et c’est du sérieux ! L’ouvrage a été écrit sous la direction d’une tronche, la docteur en sciences politiques, chercheuse et prof à Science po Paris Janine Mossuz-Lavau.

La grande histoire d’une bonne petit pipe

A la page « Fellation« , j’apprends que « cette pratique oro-génitale s’est finalement démocratisée assez récemment, une trentaine d’années seulement et qu’elle était quasi absente de la sexualité conjugale au début du siècle ». Elle « fait aujourd’hui partie du « parcours obligé de la sexualité de couple. » Imaginez qu’à l’époque de nos grands parents, les mecs ne connaissaient quasiment pas ce plaisir dont ils raffolent tant aujourd’hui. Sexe Libris, le Dictionnaire rock, historique et politique du sexe de Camille (éditions Don Quichotte), bouquin extra que je vous recommande bien fort, avance des chiffres. « Dans le rapport Simon sur le comportement sexuel des français,  réalisé en 1972, 44% des hommes de plus de cinquante ans disent avoir expérimenté la fellation. Selon la dernière étude sociologique française d’envergure sur la sexualité (rapport Spirat-Bajos), en 2012, 90,5 % des hommes de 35-39 ans ont fait l’expérience.

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Pourtant, la turlutte a été pratiquée au temps de Cléopâtre (1 siècle avant JC). La reine aurait été une experte en la matière. Seulement voilà, la religion catholique s’est imposée et elle ne tenait pas la p’tite gâterie en odeur de sainteté, puisqu’elle ne débouchait sur aucun processus reproductif (donc productif). L’Église s’est donc empressée de l’interdire. Mais les libertins du XVIIIème siècle la  remettent au goût du jour. Au XIXème siècle (pas très détendu côté gaudriole), la fellation se pratique uniquement dans les bordels.

Féministe, la pipe ?

Les progrès de l’hygiène intime et la libération sexuelle des années 70 permettent sa généralisation. Dès 1966, Gainsbourg fait chanter Les Sucettes à France Gall. Le clip est ultra suggestif. Le mot « fellation » intègre le Petit Robert en 1984.

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Le film Gorge profonde fait un tabac. La pipe s’est donc popularisée au moment de l’apparition du féminisme. Le glougloutage de poireau serait-il féministe ? Pourtant dans l’imagerie porno (où la fellation ouvre désormais quasi systématiquement les hostilités), elle peut apparaitre avilissante pour la femme.

Pipe et pouvoir politique

Sauf qu’en 1998, l’affaire Lewinski va montrer à la planète le pouvoir d’une simple pipe. Une petite stagiaire met à genou l’homme le plus puissant du monde, le président américain himself, Bill Clinton. La pipe est alors au coeur des débats si bien que la sphère politique française s’en mêle. L’ancien premier ministre de Mitterrand, Michel Rocard balance l’une de ses phrases cultes (médiatiquement) « sucer n’est pas tromper ». 13 ans plus tard, éclate le 11 septembre de l’histoire politique française, de par sa déflagration médiatique : l’affaire DSK. Les symboles sont terribles dans un pays qui connut la ségrégation. Une jeune femme de ménage noire se retrouve face à un homme blanc et puissant. Et au milieu, il y a un pipe, forcée ou pas, on ne saura jamais.

Aujourd’hui, la pipe offre désormais deux approches fantasmagoriques opposées. La première la considère comme un instrument de domination masculine (sorte d’adoration devant la virilité triomphante). La seconde voit en la fellation un instrument de domination féminine (la nana tient le mec en son pouvoir, sa virilité ne tient qu’à un coup de dent).

Dès 1977, les philosophes Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner écrivent dans le Nouveau désordre amoureux. : « il se pourrait que l’homme contemporain, saturé d’exigences contradictoires sur sa masculinité, y goûte une sexualité plus féminine, passive, «démachisée» ; Ultime hypothèse : c’est la concomitance de ces deux plaisirs contradictoires qui ferait tout l’attrait de la chose. »

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Mâles sous emprise

Bref, la pipe a un pouvoir détonnant. Dans les magazines féminins, jamais avares d’injonctions, elle devient la recette pour garder son homme. Le site commentsucer.com (qui donnent plein de conseils) se présente ainsi « Après ça, votre homme ne voudra plus jamais vous quitter ! ». Se répand alors l’idée qu’« une fille peut tout obtenir d’un mec grâce à une pipe ». Réflexion un peu misandre (le contraire de misogyne, sexisme anti-homme).  Si c’était vrai, vous imaginez ? Le monde serait dominé que par les femmes. On en est loin. En tout cas, le magazine Elle confère à la pipe des pouvoirs magiques: « la gâterie résout les fâcheries, booste la libido et la complicité… » bref, le retour sur investissement semble payant. Loin de se sentir humiliées à genoux, les femmes seraient en train de faire de la pipe un instrument de pouvoir ? L’ex actrice X, devenue écrivaine et réalisatrice Coralie Trinh Thi confie sur France Inter, « à genou devant un homme, je me ne me sens jamais aussi puissante. » Récemment, le web-doc signé Arte Radio « La Suçothérapie », a cartonné sur le net. Une inconnue confie comment elle a sauvé son couple « en jouant de la flûte enchantée » tous les jours. Les suceuses peuvent se muer en grandes stratèges, pas forcément pour prendre prendre le contrôle du mec mais aussi s’accorder une certaine tranquillité, histoire que Monsieur n’aille pas se faire sucer par une autre. « Je le suce, comme ça il ne me casse pas les pieds » témoignage d’une fille dans Elle.`

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Personne ne sort grandi de cette affaire, les hommes passent pour des cons, manipulable du bout de la bite et les femmes pour des calculatrice prêtes à se prostituer pour obtenir en échange tranquillité, emploi etc… Au fond, malgré ses pouvoirs, la pipe ne reste pas si employée que ça. La fellation n’est pas une pratique majoritaire. Les derniers chiffres un peu sérieux remontent à 2008, dans l’étude de Nathalie Bajos et Michel Bozon (Enquête sur la sexualité en France, La Découverte). Seulement 37% des femmes affirment pratiquer souvent la pipe et 50% parfois ou rarement. Le médecin-sexologue Damien Mascret explique que « la fellation seule n’a pas le pouvoir de faire tenir une relation amoureuse, ni de la réparer, sinon il y aurait moins de séparations ! »

Au fond, la pipe n’est jamais aussi réussie que gratuite et désintéressée. Cette noblesse d’esprit fait alors de la suceuse, une femme d’aujourd’hui, libre et respectable et non une courtisane. C’est en étant désintéressée que la vie se montre généreuse. N’est-ce pas ?

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13 Commentaires

  • Et puis on rend la politesse d’une pipe par un cunnilingus. Plus de relation de domination, ou alors par jeu et en alternance…

    • Ce qui serait intéressant de savoir, c’est si la pratique du cuni augmente. Est que les hommes y prennent plaisir ou est ce qu’ils font ça par devoir égalitaire (sachant que la fille n’aime peut être pas les cunis, mais n’ose pas le dire bon bref…) ? Est ce que l’égalité permet d’accéder à plus de plaisir ?

      • Par devoir égalitaire? Du tout! Évidemment que les hommes y prennent du plaisir dans leur majorité (miam!). L’équité apparente n’est qu’un effet collatéral… Et quand bien même il n’y aurait pas réciprocité, l’égalité ne se situe pas dans la symétrie des pratiques mais dans la symétrie du respect mutuel, dans l’écoute des attentes et des limites de l’autre. Peu importe qui est à genoux.

  • Bon article, et il ne faut pas oublier qu’un de nos Présidents de la République est mort en se faisant sucer ! c’était Félix Faure bien sûr. Après, de nos jours, ça peut être juste un préliminaire ou bien une pipe « complète » (les messieurs coquins comme moi font en général la distinction entre « celles qui avalent » et « celles qui n’avalent pas »). Emma, vous ne trouverez pas beaucoup d’hommes qui n’aiment pas se faire sucer !

    • Sur Félix Faure, il y a même une anecdote concernant sa fin « heureuse » le 16 février 1899. Le président n’est pas mort sur le coup. Sa maîtresse a pris la poudre d’escampette. Faure est agonisant. Son entourage finit par faire venir un curé en urgence pour les derniers sacrements.
      La légende veut qu’en entrant à l’Elysée, le prêtre ait demandé au planton : « le président a-t-il toujours sa connaissance ? » « Non » aurait répondu naïvement le majordome… elle est partie par l’escalier ! » La réplique est restée célèbre.

  • Quel dommage colatéral que cette Henaurme fôte dans le chapô de l’article : « quand est-il… »! Oh! « Qu’en est-il’ eût mieux convenu, non?
    La bonne écriture est aussi une jouissance. De l’esprit et du corps.

  • merci, je viens de rectifier. Je m’auto-fesse honteusement 🙂 Quand à la jouissance de la bonne écriture, vous prêchez auprès d’une convertie… (C’est « quand à » ou « qu’en tas » ? non, je blague)

  • bien écrit, dommage que cela soit gâté par la remarque sur la « méchante et réactionnaire » église catholique ; débilité habituelle que rien ne vient étayer et que l’on voit souvent juxtaposée avec les dépravations supposées des ecclésiastiques … il suffit d’observer les œuvres d’arts européennes depuis le XIII pour bien comprendre la fausseté profonde de cette affirmation. Votre vision du catholicisme correspond à une minorité représentée surtout entre le quart du XIXeme. et le début du XXeme.
    Ensuite je peux témoigner que cette pratique était suffisamment diffusée dans les années 60 pour que l’adolescent que j’étais en ai conçu des tourments.

  • Ca veut dire que vous êtes tombé sur les rares suçeuses, quelle chance ! Au sujet des cathos, j’ai juste dit que l’Eglise ne faisait pas l’apologie de la pipe. Le contraire eu été un scoop.

  • J’irai quand même me renseigner sur les oeuvres d’arts depuis le XIIIème siècle. Il y en a beaucoup qui évoque la pipe ? si vous pouvez m’aiguiller ?

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