De la branlette au pamplemousse… au sauna libertin en passant du côté de chez Castel

Je me suis fondue dans le décor du Caméléon, un sauna libertin près de la gare de Lyon. Auparavant, fiesta cocktail chez Castel à l’occasion de la sortie du nouveau numéro de Normal Magazine, consacré aux femmes photographes de nu. Mais d’abord, un guide un peu spécial pour les jeunes avec la recette de la branlette au pamplemousse…

J’ai rendez vous avec Flore Cherry au 153, bar cosy de la rue St-Martin près de Beaubourg où la miss organise son fameux atelier « Les écrits polissons », annoncés régulièrement à l’agenda. Ce soir, la salle est pleine à craquer de participants prêts à user leur stylo sur des mots osés.

Flore Cherry

Flore s’est extraite quelques minutes pour me parler de son nouveau livre, Guide de survie sexuelle de l’étudiant(e), illustré par Guenièvre Suryous (éditions Tabou).`

Prix : 9€90

Emma : Ils ont vraiment besoin d’un guide, les jeunes ? Ils vont sur You Porn mater du X, ils en connaissent déjà un rayon. Non ?

Flore : Je ne suis pas contre le porno sur internet, mais ça ne suffit pas, c’est évident. Ne crois pas que les étudiants soient très informés. Au début de la vingtaine, il y a une énorme disparité de connaissances en matière de sexualité. Certains ont déjà mis les pieds en club libertin quand d’autres sont puceaux ou vierge. Ce sont les premières blessures d’égo, les premières mises à nu dans tout les sens du terme. Du coup, on s’est dit qu’on allait parler d’un peu de tout, de choses hard comme la sodomie non genrée, on s’adresse aussi aux garçons qui se font prendre, ou le BDSM, avec 50 nuances de grey, c’est devenu mainstream ! Nous abordons également les consultations chez le gynéco, comment préparer la première soirée quand on reçoit un/une partenaire dans son petit studio, que faire à manger ? Tu vois c’est très large, tout en étant fun, drôle.

E : C’est vrai que dans le chapitre « Témoignages de survivants », on se rend compte du manque d’information…

F : Oui, il y a cette fille qui raconte que dans sa promo une copine de 22 ans avait fait l’amour pour la première fois avec son copain. Cette dernière lui confie, inquiète : « je ne sais pas si nous nous sommes suffisamment protégés. » La première lui demande : « vous n’avez pas mis de préservatif ? » L’autre lui répond : « mon copain en a mis un, mais moi non ! » Donc, il y a une base que beaucoup n’ont pas. Je ne parle même pas du manque d’information sur les IST, infections sexuellement transmissibles, c’est dramatique.

illustration de Guenièvre Suryous
illustration de Guenièvre Suryous

E : il y a tout un chapitre qui permet de répondre en cas de question reloue.

F : Oui, exemple : « Hey Mademoiselle t’es charmante ! Bah alors ? T’as pas appris à dire merci ? »

On donne trois idées de réponse :

  • le point dico : « non en revanche, j’ai appris des tas d’insultes bien dégeulasses qui me brûlent le bout de la langue… »
  • La princess touch : « J’ai pas besoin de remercier quelqu’un qui ne fait que souligner l’évidence… »
  • La réplique ultime : « ah si ! Merci la vie. »

E : Nous terminerons par une astuce de ton guide : la branlette au pamplemousse…

F : Tu prends un pamplemousse bien mûr, tu coupes les deux lobes opposés. Tu évides l’intérieur selon un diamètre de 5 ou 6 centimètres. Tu te retrouves avec un tube humide et doux qui va te permettre de te masturber ou pour une femme de masturber le sexe de son partenaire. C’est une vaginette à prix défiant toute concurrence !

Merci Flore, permets moi cette remarque un zeste acide mais après ça, quand je boirai du jus de pamplemousse, je verrai les choses un peu différemment !

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C’est la première fois que je mets les pieds dans un lieu noctambule cultissime du Saint-Germain des près des années 60 et 70 : chez Castel. A l’entrée, des gars s’agacent de ne pas réussir à rentrer. Ce soir Normal, magazine de nu très arty, organise une fiesta dans la discothèque au sous-sol. Sinon le reste de l’hôtel particulier se veut un restaurant avec des salons à la lumière tamisée, décorés de velours rouge et de dorures. L’établissement a été fondé par Jean Castel qui partageait le trône des nuits parisiennes avec Régine. Les lieux ont vu défiler une pelletée de mondains, hommes d’affaires, politiques et vedettes du show bizz : Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Marielle, Thierry Le Luron, Serge Gainsbourg, Brigitte Bardot, Johnny Halliday, Claude Brasseur… j’en passe et des meilleurs… Castel fut aussi fashion dans les années 80 grâce aux fêtes du Caca’s club de Frédéric Beigbeder. Aujourd’hui, l’institution est moins branchée mais Castel possède encore une âme, c’est indéniable !

Alors que le sol du rez-de-chaussée est constellé de pénis dessinés, si, si…

Crédits Photo © Axel Paventa

je m’enfonce donc pour rejoindre la boîte de nuit où là, sous les sunlights, je devine cette fois sur la moquette, des foufounes. Les gens sont tous très beaux, sortis tout droit d’une pub pour The Kooples.

© Axel Paventa

Sur un tube de Barry White, je sirote un cocktail gin tonic lavande et sirop de mûre, très réussi. C’est le moment d’interviewer Philippe Guédon, co directeur et rédac chef de Normal Magazine, avant qu’il ne soit trop éméché…

Philippe Guedon et le modèle Andja Lorein © Axel Paventa

Emma : Alors Philippe, cette petite teuf, en quel honneur ?

Philippe : C’est une soirée à l’occasion de notre nouveau numéro entièrement dédié aux femmes photographes qui se penchent sur le nu artistique, stylisé un peu mode, notre ligne en fait. Il y a des grands noms comme Ellen Von Unwerth mais aussi plein de jeunes talents.

E : Il n’y a pas beaucoup de grandes photographes de nu. Non ?

P : C’est vrai à part Bettina Rheims et Annie Lebovitz

E : Est ce que les femmes prennent en photo des hommes nus ?

P : Certaines le font, nous leur demandons les photos mais elles ne souhaitent pas les montrer. Elles trouvent qu’il n’y a pas assez de demande.

E : Ah bon ? C’est fou. Les femmes se fichent des mecs à poils, je ne peux le croire.

P : Pourtant, 40% de notre lectorat est féminin. Et quand, il y a quelques mois, nous leur avions concocté un spécial homme, il a été lu à 95% par des homos. Il faut dire qu’il y avait peu de photographes femmes dedans. Dans ce nouveau numéro, nous avons une exception tout de même : Stéfanie Renoma qui a pris des clichés d’hommes nus.

E : Quel regard les femmes photographes portent-elles sur les modèles féminins, quelle différence avec les photographes hommes ?

P : D’un côté, certaines font poser les femmes au milieu des fleurs, dans l’eau, c’est sensuel parfois un peu gnangnan, et d’un autre côté des photographes peuvent être très trash. Mais celles-ci nous les publierons dans un numéro spécial.

E : Vous vous considérez comme un concurrent du magazine Lui ?

P : Non, nous, nous mettons beaucoup l’art en avant

Les points de vente de Normal Magazine ici et si vous le commandez par internet, votre exemplaire sera dédicacé par un photographe.

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Quand on veut approcher le milieu libertin, c’est toujours un peu angoissant de se jeter à l’eau. Les saunas hammam offrent une approche plus facile, encore faut-il tomber dans le bon établissement et ne pas être trop pudique. Je vous emmène au Caméléon, une petite adresse sympa dans le quartier de la gare de Lyon. Les prix sont très corrects pour la capitale : 25€ pour un couple, 30€ pour un homme seul et 25€ pour les moins de 25 ans, les policiers et les militaires. Pour les femmes, c’est gratuit. Ça va encore en faire hurler certains de jalousie mais tant que des imbéciles encore trop nombreux continueront de traiter les nanas qui aiment le sexe de salopes et de moins que rien, et bien ces dernières seront réticentes à fréquenter ce genre d’endroit, d’où les inégalités tarifaires.

C’est Romain, un jeune homme avenant qui gère le Caméléon, plie les serviettes, vous prête des tatanes en plastique. Il vérifie que tout se passe bien. Un sauna hammam libertin se doit d’être nickel. Une fois mes vêtements et mes préjugés dans le casier, je noue mon paréo noir, et j’entre dans une vaste salle de repos aux murs violets foncés avec de grands canapés en cuir marron. Il y a pas mal de tableaux au mur, (l’un des patrons étant antiquaire) et de grands écrans sur lesquels sont diffusés des défilés de mode.

Sur les tables basses, pas de magazines mais des revues de presse maison autour de la sexualité : des articles sur l’anatomie de l’appareil génital féminin et masculin, le libertinage au XVIIIème, le problème du vaginisme et même un condensé de fakes du net rigolos.

Au bar, pas d’alcool mais de l’eau, du thé et du café à volonté. Il est vrai que l’alcool déshydrate surtout dans ce genre d’établissements transpirants. Ce soir, Romain propose à tout le monde une part de de tiramisu. A l’autre bout cette grande salle principale, un fumoir et à côté, le sauna peu fréquenté.

Je descends dans les parties humides du Caméléon, si j’ose m’exprimer ainsi. Elles sont moins récentes que le rez-de-chaussée, mais tout est propre. Katia, surnommée la tornade blanche, car chargée de récurer les lieux, est passée par là. Un succès des Jackson Five sort des baffles. Sur la gauche, un jacuzzi décoré de mosaïques, peut accueillir disons six personnes, voire plus en se serrant bien.

Trois jeunes hommes fort bien foutus me racontent que c’est leur première fois dans un établissement libertin. Ce soir, ils n’ont pas trouvé de couples joueurs, ils sont « brocouilles ». Le libertinage en club ou en sauna hammam, c’est une aventure, on trouve rarement pile poil ce qu’on cherche. Les plans les plus débridés tombent souvent au moment où on s’y attend le moins. Le charme de la vie quoi ! Cependant, j’ai un petit conseil à vous donner chers damoiseaux : munissez vous d’un gant de gommage, il y a toujours une dame qui a oublié le sien et qui sera ravie que vous lui proposiez de lui gratter le dos…

Petit point noir pratique : il n’y a pas assez de crochets pour les serviettes. Niveau déco, les guirlandes en tubes luminescents sont un peu cheap, mais bon, c’est une question de goût, je chipote. Bien ramollie par le jacuzzi, je compte poursuivre dans cette voie après une bonne douche froide, en migrant vers le hammam. Je devine un couple qui se délasse et s’enlace. La température est parfaite, pas trop étouffante mais la vapeur est suffisante pour faire sortir les toxines parisiennes, et Dieu sait si elles sont coriaces !

Bon, il serait temps de s’aventurer dans les coins plus obscurs du Caméléon. C’est une galerie en enfilade pour s’enfiler. Des petites pièces meublées parfois avec juste un canapé, dans d’autres un lit avec un miroir.

Devant un grand matelas de sky, est projeté un film X pour glaner quelques idées. Il y a aussi un glory hole rustique, une cloison de bois avec des trous pour mettre son pénis. Le petit jeu consiste à ne pas savoir quelle bouche s’en empare de l’autre côté.

Vers le fond, une pièce peut se fermer avec un verrou. Une grille en fer forgée permet quand même de mater un couple même s’il a fermé la pièce. Romain me raconte qu’un soir, à l’extérieur, un mec était tellement excité par la scène qu’il a dégondé la grille pour se joindre aux ébats. Évidemment, il est maintenant persona non grata. Les lourdingues se font lourder de tout établissement sérieux.

La fameuse grille dégondée par un dévergondé

Un peu plus loin, il me semble apercevoir des hommes ensemble. Ils chahutent chaudement. Les saunas libertins sont en général beaucoup plus tolérants pour les relations entre mecs. C’est très appréciable pour les femmes qui aiment regarder ce genre de spectacle que vous ne verrez pas ou très peu dans les « clubs secs » comme on dit… Est-ce le fait que tout le monde est nu d’entrée, détendu par la chaleur ? Il y a moins de chichi, c’est évident.

Un peu plus tard, quelques couples débarquent, ça s’agite et ça s’échange jusque dans les douches où un gars se fait « fellationner ». Les parties de fesses terminées, place à une petite fête où tout le monde se trémousse sur des rythmes latinos. Les gestes de tendresse rappellent que l’amour et la complicité restent les piliers du libertinage. Sans cela, les clubs qu’ils soient secs ou humides, tournent au glauque. C’est juste mon avis !

Sauna Caméléon – 135 rue de Charenton – Paris 12ème – tous les jours de midi à minuit – site internet

 

 

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