Nuit Élastique : aux pieds de ma blonde, qu’il fait bon

crédit: Mickey Lange

C’est un carnaval qui ne fait pas la dentelle. Normal, ici seules les créatures de vinyle, cuir ou latex s’entremêlent pour des jeux sm, taper la discute ou danser. La Nuit Élastique est probablement la plus vieille soirée fetish de la capitale. Une fiesta surréaliste et sans chichi dans laquelle je vous propose de me suivre.

Avant de descendre dans les bas-fonds, je suis invitée par Axelle de Sade à l’Opéra Garnier pour Cosi fon tutte de Mozart. Elle est toute pimpante car elle vient de se faire un hammam « C’est important de désincruster le pore de la peau dans le métier de domina. »

C’est la première fois que je mets les pieds à Garnier. Le hall est splendide mais pas le temps d’admirer, c’est la course pour sauter sur les meilleures loges. Malgré ses talons hauts, Axelle cavale vite pour en dégoter une particulièrement bien placée dans l’angle droit. Axelle : « Au XIXème siècle, il s’en passait de belles ici. L’Opéra n’était qu’un prétexte. À la place des billetteries d’aujourd’hui, il y avait des écuries avec des box. C’était là qu’attendaient les calèches des plus riches. Pendant le spectacle, le notable pouvait s’extirper discrètement, il récupérait ainsi son véhicule, quittait les lieux pour aller s’encanailler. Il y avait un passage, une sorte de tunnel qui te permettait de traverser la Butte Montmartre. Puis, le notable en embarquant quelques galantes avec lui, revenait pour la fin du spectacle. Il pouvait se faire raconter l’opéra par un complice, comme ça il en parlait comme si il y avait assisté. »

Opéra Garnier – plafond de Chagall

Dans la loge, il y a certes les places pour s’asseoir mais aussi une banquette de velours rouge pour s’allonger, et il est même possible de tirer un rideau pour une totale intimité tout en profitant de l’orchestre. Il paraitrait qu’encore aujourd’hui, de gais lurons du Paris déluré, s’offrent une loge pour batifoler. Et au moment où toute la salle applaudit, eux, se donnent des fessées à la volée, clac, clac, clac, pour rendre hommage aux divas.

Si je ne suis pas partie en quête du souterrain sous la Butte Montmartre, ça ne m’a pas empêché, d’enchainer dans les profondeurs. Direction la Nuit Élastique. Le souci de toute vieille institution, c’est de pouvoir continuer à être à la hauteur de sa réputation. S’y amuse t-on toujours autant qu’il y a 15 ans ?

Je suis accueillie par Francis, le créateur de la Nuit Élastique, grand fétichiste du vinyle : « Pour te mettre en tenue, tu peux te changer aux toilettes ». En route, je tombe sur E, qui me propose de me servir de porte-manteau le temps que j’enfile ma combi de vinyle intégrale, sauf au niveau de la tête bien sûr, faut bien respirer un peu. E : « Les soumis sont comme les Barbapapas, ils se transforment à volonté, courts, longs carrés, repose-pieds ou essuie-tout. »

crédit : Mickey Lange

Parlons du décor : nous sommes à l’Anamorphose, des lieux faits de métal, avec des coins sombres où tout est fonctionnel. Pas de fioriture, c’est brut de forme. En fait, c’est un club gay habituellement. Les murs doivent en voir des vertes et des pas mûres. Alors ce soir, ce n’est pas particulièrement plus trash qu’en temps normal.

Je me dirige vers le bar et je croise un maitre désœuvré, martinet à la ceinture qui cherche l’âme sœur à qui il fera un peu peur. Une fois sur mon haut tabouret, un serveur black particulièrement bien foutu, muscle sec et jolies fesses, oeuvre vêtu d’un simple caleçon. Je prends une vodka pomme accompagnée toujours d’E qui me confie : « ça fait 15 ans que je bosse dans l’informatique mais j’en ai assez des ordis, j’ai envie d’un retour à la nature. Parfois, je me réfugie en forêt et j’embrasse les arbres. » Tu sais que le fait d’avoir des relations sexuelles avec, ça s’appelle la dendrophilie ? : « Heu… je ne vais pas jusque là, en tout cas, pas pour l’instant, mais je comprends. C’est une forme d’échappatoire à notre addiction aux écrans. Cette addiction, c’est peut être ça au fond, la véritable perversion. » 

crédit : Mickey Lange

Un grand type chauve, torse nu avec un collier de cuir fermé d’un cadenas, nous interrompt : « je suis dégoûté, je me suis fait entreprendre dans la pénombre, j’ai cru que c’était un travesti, ce qui n’est pas mon truc. Du coup, je l’ai repoussé. En fait, c’était une vraie femme, je suis vraiment nul ! » Peut-être faut-il faire un petit tour chez l’ophtalmo ?

Descendons dans les sous-sols. Ça grouille de soumis en chien. Pas forcément tous à quatre pattes, mais plutôt en mal de domina. Il y en a pour tous les goûts : des grands, des trapus, des petits et minces, des barbus, des rasés. J’aperçois une charlotte au fraise longiligne: un grand black dans un tutu de latex rose et blanc. Les froufrous en caoutchouc, c’est de très bon gout !

Décidément, je ne fais que la croiser dans les soirées de perdifion, voilà que je tombe sur Clarissa Rivière, blogueuse blagueuse qui tient en laisse un jeune soumis bien propre sur lui. Le couple est bien assorti. Il se connaisse maintenant depuis quelques mois. Clarissa le câline, le repousse, l’attire de nouveau à elle, une domination romantique. La laisse peut paraître un peu barbare mais dans le sm, elle symbolise le lien entre dominant·e et soumis·e. Clarissa me présente B un jeune travesti de 25 ans, tout comprimé dans son corset. Il arbore une perruque, coupe à la Mireille Mathieu rousse, mais, léger décalage, il porte quand même une barbe assez drue. Il m’éclaire sur sa condition : « tout petit, j’étais attiré par les robes et les escarpins de ma maman. Et puis Clarissa m’a encouragé à sauter le pas. Alors voilà ! Mais bon, j’y vais petit à petit. »

crédit : Mickey Lange

Pendant qu’une jeune femme se fait encorder par un pratiquant de shibari (bondage japonais), Francis prend le contrôle des platines et fout le feu au dance floor, esprit new wave, années 80 à fond : Dépêche Mode, Orchestral Manoeuvres in the Dark et un peu de Rita Mitsouko. Ça secoue les corps et assouplit le vinyle !

Aplati par terre, un type commence à me lécher les bottines sans me demander la permission. Je le repousse fermement. C’est un peu comme s’il me roulait une pelle directe. Et oui, les soumis aussi peuvent être bien lourdingues !

Mais la plupart s’y prennent bien. Ils ont la délicatesse de demander avant la permission et avec le sourire s’il vous plait ! À la Nuit Élastique, le respect des limites de chacun est fondamental. Dans cette veine, il y a l’indécrottable Denis Paillasson avec son tee-shirt sur lequel est écrit WELCOME. Le kiffe de Denis, vous l’avez compris, se faire marcher dessus par les belles de nuit. Il est en très bonne compagnie, une domina discute avec une autre, tout en s’essuyant copieusement les bottes sur le torse du garçon aux anges. Si la maitresse a l’air de s’en brosser, ce n’est pas tout à fait le cas. C’est entre le théâtre et le massage, la dame reste attentive à l’énergumène, les talons doivent faire mal avec dextérité, un juste équilibre entre caresse et douleur. Cependant, Denis, sous ses poils, apprécie endurer. Il paraît que dans certaines soirées, il n’hésite pas à s’allonger devant une porte entre deux pièces, comme ça, chacun doit l’enjamber ou bien, merveilleux délice, l’écrabouiller.

Je me laisse entrainer, les heures passent dans cette nuit qui s’étire, les corps s’enlacent, ou se lassent, guidés entre discipline et volupté.

Prochaine Nuit Élastique le 14 octobre

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