Consentement : dur dur de dire non au sexe et au reste

Dans le sexe, savoir dire non n’est pas toujours évident aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Je n’ai pas viré cul-bénit pendant les vacances, je vous rassure. Rien à voir avec la morale, il s’agit de la question du consentement qui ne se pose d’ailleurs pas uniquement au lit. Si cela est lié à des raisons culturelles, c’est d’autant plus compliqué dans une société où dans tous les domaines boulot, vie sociale, famille, le refus est mal vu. Et si en cette rentrée, il était « in » de dire « no » ?

Internet et ses réseaux sociaux ont libéré la parole. Nous n’avons jamais autant parlé de la question du consentement et de la culture du viol qui laisse entendre que lorsqu’une femme dit non, en fait elle veut dire oui. Selon une enquête Ipsos faite en 2015 pour l’association Mémoire traumatique et victimologie, 1 français·e sur 4 considère que dans le domaine sexuel, les femmes ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent. 22% des hommes et 17% des femmes estiment qu’une femme qui dit non à un rapport sexuel, ça veut dire oui. 21% pensent qu’une femme prend du plaisir à être forcée et cette conception est particulièrement bien représentée chez les 18-24 ans qui sont près d’un tiers à adhérer à cette idée.

C’est un problème d’éducation et de représentation que ce soit dans le porno mais aussi loin des bas-fonds du web, dans des images plus autorisées par la morale. Les exemples ne manquent pas, je cite au hasard le chroniqueur de Cyril Hanouna, Jean Michel Maire qui, l’année dernière, avait embrassé de force la poitrine d’une jeune femme en plein direct sur C8 alors que celle-ci venait clairement de refuser.

Dans d’autres cas, il règne une ambivalence dans la tête des filles, ambivalence façonnée par des millénaires de domination masculine. Je vous recommande cet excellent numéro de l’émission de France Culture « Les Pieds sur terre » avec des témoignages éloquents qui montrent la complexité du problème.

Mais les hommes aussi sont victimes des conditionnements. J’avais déjà abordé le sujet. Dire non à une femme, ça ne se fait pas. Pourquoi ? Parce qu’un mec doit être toujours prêt, le chibre à la main, sinon bah, ce n’est pas un homme ! Très franchement, vous messieurs, vous ne vous êtes jamais forcés ? Vous n’avez jamais simulé ? Vous n’avez jamais pris une petite pilule bleue en cachette pour assurer, face à l’appétit sexuel d’un·e partenaire plus important que le vôtre ?

L’héritage culturel en matière de sexualité nous casse les pieds et pas que, c’est indéniable. Mais il y a peut-être aussi d’autres facteurs. Il est d’autant plus difficile de balancer un « non » franc ou même un très poli, « non merci » sans culpabilité aucune dans une société où de manière générale il est mal vu de prononcer ce mot. Élargissons le sujet au delà de la sphère sexuelle. Dans le boulot, la vie de famille, avec les amis, nous avons tendance à beaucoup accepter.

A l’heure où nous devons être joignables tout le temps, par toutes sortes de moyens : téléphone, sms, mail, réseaux sociaux et autres applications, les sollicitations ne manquent pas. Nous avons tous déjà au moins une fois répondu à un mail de boulot à 23h le soir.

Tel vous demande tel service, tel un autre, évidemment parfois gratos, puisque aujourd’hui l’expertise et le savoir ne valent plus rien. On dit oui aux enfants par peur de les rendre tristes, de les frustrer. Et puis, il y aussi le domaine des addictions, difficile parfois de refuser un dernier verre ou un petit joint proposé en toute convivialité.

Face à ces pressions, nous avons une propension à tout accepter car cela nous remplit d’expérience à outrance. Et puis, ça fait bonne impression, ça donne le sentiment que l’on sera davantage aimé, ça gonfle notre égo. Mais à force de dire oui à tout, gare au burn out, la grande gueule de bois du siècle.

Avant d’en arriver à cet extrême, jouons plutôt à la poupée ou au poupon qui fait non, non, non, non, non. Et avec le sourire, tant qu’à faire ! Un article dans Le Monde le Magazine paru cet été sous la plume de Guillemette Faure, nous apprend que la nouvelle tendance est au refus. Ce sont des experts américains en management qui le certifient. Je vous cite quelques passages de l’article :

« Quand on dit non à la plupart des propositions, on se garde la possibilité de se consacrer totalement à l’idée à laquelle on a envie de dire « oui génial », selon l’entrepreneur américain Derek Sivers, dans un entretien avec le gourou de l’organisation Tim Ferris pour lequel « dire oui à trop de trucs vaguement sympas vous enterrera vivant. » (…) décliner peut au contraire être très généreux : c’est laisser sa chance à quelqu’un d’autre. (…) Dans un monde où l’on est de plus en plus sollicité, où des entreprises comme Facebook tirent leurs revenus de leur capacité à détourner notre attention, on finit par se distinguer par ce qu’on ne fait pas. La capacité à travailler avec concentration est devenue à la fois plus rare et plus précieuse. » (…) Le vrai maudit, c’est celui qui ne sait pas dire non depuis que notre époque semble considérer que le oui n’engage pas et qu’il est acceptable de se décommander à l’heure où l’on est attendu. Le non franc est courageux. »

spreadshirt.fr

La question est surtout de se mettre des limites face à notre immense liberté. Quelle bonne résolution de rentrée que voilà ! On ne peut pas tout faire que ce soit dans le travail ou dans sa vie privée. Et pour cela, ce n’est pas mal d’être à l’écoute de soi, de ses émotions de son intuition, son instinct si vous préférez. Pour en revenir à la sexualité, car c’est quand même cela qui nous réunit sur ce satané blog, souvent, notre corps nous parle à partir du moment où nous lui accordons de l’importance, où nous le traitons en ami, lorsque nous ne l’épuisons pas. L’époque n’y est pas propice pas vue qu’elle nous pousse à avoir la tête plongée dans les écrans du matin au soir, à courir partout, à consommer etc. Bref, quand nous nous sentons bien, nous sommes capables d’être plus à l’écoute de notre désir, de nous dire « celui la, celle là, je ne la sens pas » « ce soir, je n’ai pas envie, je me sens un peu flappy ».

Je ne pense pas que ça réglera le problème autour du consentement mais ça peut quand même déblayer un peu cette fameuse zone grise, mieux savoir ce qui est bon pour soi et éviter de se retrouver dans des situations que l’on n’a pas voulu et que l’on subit. A vouloir tout faire, à dire oui à tout, le very bad trip nous pend au nez comme se réveiller dans un appartement que l’on ne connaît pas couvert·e de confiture Bonne Maman avec une plume de paon dans les fesses.

Ecrit par
Plus d'articles d' emma

Rentrée libertine : bons plans et dernières tendances

C’est l’idéal pour mettre un pied voire plus dans le milieu. L’apéro...
En lire plus

Laisser un commentaire