Dérapage nocturne, flagellation et culs-bénits

Une soirée bien déjantée où, par jeu, les burnes comptent pour des prunes. Je vous emmène aussi découvrir une pièce de théâtre grivoise qui mêle sexe et milieu catho tradi. Et puis l’inimitable Christophe Bier qui outre sa passion pour le X vintage est aussi, un grand collectionneur de romans de flagellation du début du XXème siècle. Laissons-nous porter dans le Paris transgressif, un rien régressif…

On ne cesse de nous faire croire qu’il nous manque toujours quelque chose pour être heureux. C’est la société de consommation qui nous pousse à ça, d’autant plus lorsqu’on est une nana. Si on écoute les bonnes fées des magazines féminins ou les publicités (bon en fait, c’est quasiment la même chose, hein ?), il faut une crème pour le corps, une autre pour les pieds, encore une autre pour le visage, une autre pour la foufoune si si… De toute façon, quand on est une femme, par définition, il manquera toujours quelque chose.

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Aujourd’hui, j’ai rendez vous avec Christophe Bier, chroniqueur sur France Culture dans l’émission Mauvais Genre, acteur, réalisateur, éditeur et grand spécialiste du X vintage.

Après m’avoir offert une tisane de thym, Christophe me fait visiter son appart et me montre tout un pan de sa bibliothèque consacré à ce type de littérature, eh oui, c’est assez frappant, le roman de flagellation est un genre en soi qui émoustilla à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.

Christophe Bier

Parmi les histoires, il y a aussi bien les petites écolières à initier à l’obéissance et des pensionnats où les fessées claquent. Mais Christophe est surtout intarissable concernant les romans où ce sont les dames qui tiennent le manche. Dans cette veine, le bonhomme vient de publier Vice chez les femmes, un recueil de trois récits aux éditions La Musardine.

Emma : Christophe, c’est quoi cette littérature de pan pan culcul ?

Christophe : Ça va un peu plus loin que ça. J’ai sélectionné ces romans parce qu’ils montrent à quel point il peut être jouissif pour une femme de dominer. C’est une anthologie qui nous venge des innombrables romans pornographiques où c’est tout le temps les filles qui se rabaissent, qui se mettent en quatre pour le plaisir masculin. Là c’est l’inverse, ça change un peu.

E : D’où nous viennent les romans de flagellation ?

C : Sous l’ère victorienne, les anglais ont adoré les histoires de spanking (fessées) puis il y a eu les romans de Léopold Sader-Masoch, notamment La Vénus à la fourrure. Ils ont été traduits en français début XXème. Il y a eu un véritable engouement pour les femmes qui cravachent, des gouvernantes qui mènent la maison à la baguette. Dans ces récits, il y avait aussi des hommes qui se féminisaient. On achetait ça dans l’équivalent des sex-shops. Ce qui est fou c’est qu’à l’époque, on trouvait de tout : livres, accessoires comme des harnachements de pony-boy, de pony-girl, des tenues de léopard intégrales, tête comprise. Il y avait déjà des soirées olé olé, comme celles que vous annoncez à l’agenda de Paris Derrière. Notre époque n’a rien inventé !

E : Comment se fait-il qu’aujourd’hui, rarement les femmes dominent dans la littérature érotique et dans le porno aussi ?

C : Je n’arrive pas à comprendre. Les femmes soumises en fait se vendent mieux que l’inverse. Dans la vie, c’est encore plus bizarre : la majorité des femmes semble adorer être soumise, alors que beaucoup d’hommes sont masos ! Je comprends encore moins ! Les femmes sont constamment confrontées à des problèmes de domination masculine, inégalités de salaire, de traitement, des connards qui les harcèlent dans la rue… et voici qu’elles reproduisent dans la sexualité SM ces rapports d’humiliation au lieu de prendre leur revanche. C’est un mystère !

E : Peut-être que beaucoup de femmes ne supportent pas de voir un homme soumis, avili…

C : Elles sont stupéfiantes ! Si elles trouvent ça honteux, alors elles sont encore plus machistes que les machos. Elles se font une idée extraordinaire et fausse de la virilité. Ces femmes doivent accepter la faiblesse chez l’homme, tout le monde s’en portera mieux.

Comme je vous le disais, Christophe Bier est un érudit du porno et donc un grand collectionneur d’affiches de X vintage.

J’en ai profité pour l’interviewer sur cette passion. Ce qui a été aussi l’occasion d’évoquer le politiquement correct qui, de nos jours, va jusqu’à nettoyer nos fantasmes. Entretien passionnant dans le célèbre magazine Hot Vidéo, numéro spécial à paraître le 2 aout.

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Avec tutu, je file voir la nouvelle pièce de mon ami de lycée, Sébastien Azzopardi Ho My God qui se joue jusqu’au 10 aout au théâtre Tristan Bernard. Une oeuvre relativement sulfureuse qui mêle sexe et religion.

C’est l’histoire d’un ado qui vit très mal le deuil de son père. Sa mère ne voit pas le désarroi de son fils. Cet enfant va devenir schizophrène, par le truchement d’une marionnette qu’il anime à son bras. Mais ce personnage de tissu prend possession de lui, comme un diable qui représente toutes ses mauvaises pensées, colères et frustrations. Bref, ça va mettre un joyeux bordel dans la paroisse car la pièce se déroule dans le milieu catho tradi.

Sacha Danino et Sébastien Azzopardi, qui ont adapté la pièce

Ce n’est pas la meilleure pièce de Seb (en même temps le mec a déjà été « moliérisé » et nominé plusieurs fois, la barre est haute) mais saluons le talent des acteurs notamment Thomas Ronzeau, le garçon qui tient le rôle principal, celui du ventriloque, bluffant ! Nous passons un très bon moment. J’invite Seb à prendre un verre, lui ne boit jamais d’alcool, d’ailleurs physiquement, ça se voit, le teint est impeccable.

Emma : les allusions plus ou moins crues se succèdent sur scène.

S : C’est une pièce qui ose pas mal, qui peut en choquer certains, en amuser d’autres. Il faut venir voir pour savoir dans quel camp on se situe.

E : Il a des scènes sm…

S : Je vois que ça t’a marqué. Les personnages ne sont pas sm, mais ils vont vivre des relations sadomasochistes sans le préméditer.

E : C’est une adaptation d’une pièce américaine. Là-bas, elle choque autant qu’ici ?

S : Non ce qui peut paraître étonnant car ils sont réputés puritains. De ce fait, peut-être qu’ils ont besoin de l’exutoire du théâtre alors que chez nous où la morale semble plus souple, finalement on n’a pas besoin de ça. C’est assez paradoxal mais je l’analyse comme ça.

E : Les gens que la pièce gêne, ce sont des cathos ?

S : Pas forcément. J’ai été interviewé sur Radio Notre-Dame et le journaliste ne s’est pas senti agressé. Les gens gênés le sont par rapport à leur propre sexualité. Ça s’adresse à l’intime, donc chacun vit les choses différemment. C’est sûr, c’est une pièce impolie, insolente qui bouscule dans le rapport à la morale, aux relations hommes/femmes, parents/enfants. Soit on choisit de s’en amuser, soit on peut se sentir agressé.

E : Est-ce que ta prochaine pièce mêlera sexe et islam ?

S : (Rires) je ne sais pas encore, mais il est sain, saint même de pouvoir de se moquer de toutes les religions…

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Direction Montmartre chez l’ami Jo, qui dessine chevaux et femmes phalliques. L’artiste donne aussi dans le portrait. Il a d’ailleurs réalisé cette oeuvre, à partir d’une photo de moi, qui squatte un canapé en fin de soirée bien arrosée chez Maitresse Chloé.

Joel Person

« C’est fou ! Tu as l’air christique ! » s’exclame Jo en sautillant. L’œuvre est visible à l’exposition Grand Trouble à la Halle St-Pierre jusqu’au 30 juillet.

Ce soir, nous fêtons un anniversaire un peu spécial : les 50 ans de Fifi, quinqua fluet et toujours guilleret qui veut réaliser un fantasme. Voici le sms qu’il a fait passer aux filles invitées : « je serai à votre disposition Mesdames. Je rêve d’être traité comme une prostituée. Je ferai tout ce qu’on me dira. » Quel programme !

Ma tenue est une robe moulante d’une marque du sentier qui se la joue chic, que j’ai rendu plus fetish avec un serre-taille en vinyle noir et des shoes compensées à talon vertigineux. J’ai l’air d’une géante.

A mon arrivée sur les lieux du délire, je tape la discut avec Axelle de Sade qui me raconte son dernier Subspace, jeu de rôle à succès que la dominatrice organise depuis quelques temps. (Pour info, le mot « subspace » désigne une extase masochiste, cet état transforme la douleur en plaisir.) Lors de ces évènements, à chaque fois, les participants s’immergent dans un univers différents. Il y a eu la prison, l’hôpital psychiatrique et tout récemment le sanctuaire. Les réjouissances se déroulaient dans un bel espace privé, rue des Filles du calvaire, si, si je vous assure… Axelle me montre les photos. Hallucinant !

Axelle poursuit : «  Tout d’un coup, ça frappe à la porte ! Bien fort et bien nerveusement ! Avec mes cornes sur la tête, je vais ouvrir. Et là, une voisine visiblement en état d’ébriété me hurle dessus en répétant: « vous êtes complètements dingues ! » Elle avait du entendre les dialogues bien gratinés ! Elle finit par se jeter sur moi, me bouscule. Les flics sont arrivés, nous demandant de les suivre au commissariat. J’ai expliqué ce que je faisais, ils ont été très cool. Le problème, c’était surtout cette fille qui m’a agressé. » Axelle se marre : « heureusement qu’elle n’est pas arrivée au moment du sacrifice humain ! » Et le prochain Subspace, ce sera sur quel thème ? « La prison d’Abou Ghraïb, célèbre lieu de torture. Les soumis vont devoir récurer les toilettes à la brosse à dent et puis, il y aura concours de savonnette ! » Elle repart s’occuper de son soumis Gabriel Lamantin, Lamantin parce qu’il adore se lamenter et il possède la corpulence de la bête.

Comme d’habitude, dans les soirées de mes potes, houspillés, traités de moins que rien, les mecs se transforment instantanément en paillasson ! C’était la Halle Pajol à l’envers (sauf qu’ici tout est consenti.)

Maitresse Chloé, elle, ça la dérange les injures féminines : « sale pute, trainée, salope, chienne, chaudasse, grosse suceuse etc… pourquoi est ce qu’il faut féminiser un homme pour le rabaisser ? C’est la facilité. » Cependant, elle me fait remarquer qu’il y a moins d’insultes masculines, en tout cas pas aussi fortes : « couillon, larbin, petite bite… Après tu as les insultes unisexes : sac à foutre, vieille trousse à merde… » C’est frais !

Pendant que tutu tortille du cul, Frisouille se tient à dispo de toutes, prêt au massage de pied au pied levé. Pendant ce temps, sa douce, jeune dessinatrice de talent, croque le joyeux bordel.

J’offre à Fifi des bas-résille. Il porte déjà une robe bien vulgos, cadeau de Maitresse Ivana.

Cette dernière menace de « l’encouler », et lui met une série de mains aux fesses, puis c’est au tour d’Axelle et de Mademoiselle B. Elles l’obligent à se mettre à quatre pattes, mais il n’y pas beaucoup à forcer, Fifi est plus que docile et visiblement ravi. Puis, les filles lui tournent autour, comme des indiennes qui danseraient autour de leur butin.

Quelques joyeux.ses convives profitent du buffet. Plus loin, petit rassemblement dans la cuisine. Ça rigole fort quand Michette Zinella, habillé d’une micro jupe à volants noirs avec liseré rouge et aux pieds, des mules sexy assorties, s’il vous plait ! Michette donc, lance un débat de fond, enfin de bas-fond, mais pas bas de plafond : « La prostitution, c’est l’ultime pouvoir des femmes sur les hommes. C’est pourquoi il est sous contrôle : si la prostitution est légale, tout ce qu’il y a autour est illicite, avec la pénalisation du client comme dernier interdit en date. Mais quand une femme est dans le besoin, elle a toujours cette solution. »

Frisouille : « Beaucoup d’hommes fantasment moi le premier sur le fait que s’ils étaient femme, ils se prostitueraient. C’est génial d’être payé à baiser. C’est les vacances en fait ! Et en plus tu gagnes de la thune. » Michette acquiesce. Maitresse Lentik les remet à leur place : « vous voyez ça avec votre sexualité d’homme toujours prêt à niquer mais si vous étiez une nana, ce serait plus compliqué que vous l’imaginez : les agressions, les maladies, la honte, la stigmatisation et j’en passe. »

Don David, un gars longiligne, décadent de haut vol mais toujours un peu détaché : « c’est un sujet abordé par l’excellent bouquin de Pascal Bruckner « L’amour du prochain ». Ça raconte l’histoire d’un diplomate qui décide de jouer les gigolos par plaisir. Pas très sexuellement correct. A lire. »

Fifi débarque exténué, il a visiblement vécu quelques émotions fortes. Et toi Fifi, qu’est-ce que tu aimes dans le fait de jouer la pupute ? « c’est l’abandon, lâcher-prise, ne plus faire de choix. Ce sont les autres qui s’occupent de moi, qui me prennent en chargent. Le contraire de ce que la société demande aux hommes : être responsable, décider dans le boulot et au lit. Moi parfois, ça me fatigue. Alors ce soir, je me lâche. Perso, je ne fantasme pas sur le fait de me prostituer réellement. L’idée c’est de faire ça dans le cadre d’un jeu avec des copines en qui j’ai confiance. »

Dans la salon, une voix féminine et profonde hurle : « Fifi, viens ici tout de suite ! » Elles sont quatre à arborer chacune un gode-ceinture y compris une toute jeune femme pour qui c’est la première fois.

De belles bougies à souffler ! Fifi frissonne, hésite, mais finira par sauter le pas et à s’oublier jusqu’au lueur de l’aube. À travers la baie vitrée, j’aperçois le Sacré-Cœur témoin malgré lui de l’évolution des mœurs.

Merci à G. pour les photos.

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1 Commentaire

  • hahaha excellent j adore tes ballades 🙂 Comme quoi dire qu’il n’y a qu’un monde révèle du doux fantasme, ou alors un monde mais une infinité d’univers … passons.

    Excellent Christophe Bier véritable érudit c’est ma grande question
    « Beaucoup de femmes ne supportent pas de voir un homme soumis, avili… »

    Sans aller jusqu’à l’avillissement, qui est une fois de plus qu’un point de vue – certaines personnes se sentent humiliés quand on leur passe devant à la poste c’est pour dire- Je n’ai toujours pas compris pourquoi les humains de sexe féminin et bi ou hétérosexuelle (pour être précis faut faire long) reproche aux humains de sexe masculin eux même bi ou hétérosexué un manque de « féminité » de douceur, de sensibilité, de délicatesse, de fragilité, de prévenance…
    et de l’autre coté quand ils prennent sur leur éducation machiste pour exprimer leur « féminité », douceur, sensibilité, délicatesse, fragilité, prévenance etc on arrive très vite a un désintérêt voire même parfois à une forme de mépris ???
    J’avoue que cette schizophrénie, qui se retrouve dans de nombreux domaines, reste énigmatique pour moi.

    D’ailleurs ton poto metteur en scène souligne cette schizophrénie : « Les personnages ne sont pas sm, mais ils vont vivre des relations sadomasochistes sans le préméditer. »
    J’en déduit donc que le SM c’est comme le fromage c’est quand on veut et ou on veut (consciemment ou pas)

    Gros bisous Emma et bonnes nouvelles Aventures

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