Chroniques du Paris kinky arty

soirée Fetish Delice

Mes dernières sorties dans le Paris de la fesse joyeuse. Saviez-vous que Musset, Flaubert et Mérimée, étaient tous des « encolés » ? On tombe sur de drôles de créatures au salon du dessin érotique. Et bien sûr, les soirées fetish les plus déglingues et le club libertin mythique le Cléopâtre, bientôt de retour pour une soirée.

Notre époque n’est pas propice au plaisir ! Il faut tout faire vite, dans l’urgence, rayer les to do listes qui n’en finissent pas. Les smartphones ont tellement envahi nos vies que même aux toilettes, on finit par bosser. Rentabilité même dans l’intimité. Et si le luxe, c’était parfois de ne rien faire, ne pas produire, de ne pas consommer, ne pas s’agiter ? Mais sait-on encore faire cela ?

Tout d’abord, un petit tour au vernissage du salon du dessin érotique qui a lieu à la Galerie Episodique. Si vous n’y êtes pas passés vous avez pu découvrir certaines œuvres dans mon précédent post. C’est blindé de happy fous du Paris gentiment décadent mais aussi de gens bien sous tout rapports ou qui en ont juste l’air…

Au milieu de la foule, une jolie fille joue les exhibitionnistes, toute nue sous un grand imper. C’est Amélie Pironneau, performeuse bien connue de la galerie du Chacha.

crédit : Dom Garcia

Voilà piaffant sous sa crinière Karen Chessman, pony girl protagoniste du documentaire Etre Cheval de Jérôme Clément-Wilz. Pour tenir sur les bottes sabots (sur la pointe des pieds sans talon) mieux vaut ne pas être bourré !

Le film avait fait grand bruit lors de sa diffusion sur France 4, il y a un an et demi. Je l’avais vu à l’occasion du dernier festival du film gay et lesbien.

Il s’agit du parcours initiatique de ce quinqua transgenre et punk qui rentre dans la peau d’un cheval, harnaché de partout. Pour cela, elle rencontre un véritable dresseur d’équidés de l’ouest américain qui donne aussi dans les jeux de domination. La démarche tient plus du mystique que de la pratique BDSM du samedi soir. C’est une réflexion sur l’asservissement volontaire que Karen décide de vivre en équidés plutôt que de se le voir imposer par la société.

Karen me confie qu’elle est Contessa Rossa car mariée à un comte. Elle finit par me montrer fièrement les dessins d’une artiste qu’elle inspire.

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Si c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, alors c’est particulièrement vrai de La Crémerie, ancienne crémerie donc, de la fin du XIXe siècle transformée en bar à vin. Malgré la spéculation immobilière qui sévit dans le 6ème arrondissement, la maison est miraculeusement toujours là, rue des Quatre vents, dans son jus.

 

crédit : JasonW
crédit: JasonW

Elle est tenue par un journaliste et auteur gastronomique, pourfendeur de la tendance actuelle de la modération. Parfois, ce garçon discret organise une causerie sulfureuse. Lors de la dernière édition, c’était Laury André qui avait donné une petite conférence sur l’orgie sous l’antiquité. Ce soir, il s’agit de l’histoire secrète de La Crémerie elle-même. Après avoir dégusté du culatello, j’écoute Georges Maury de la Salle, maître de conférences à l’Université de Grenoble, spécialiste du XIXe siècle, nous dévoiler cette incroyable histoire, fruit de plusieurs années de recherche : Louise Colet, femme de lettres, eut, au temps de sa splendeur, de multiples d’amants, or, certains d’entre eux et non des moindres (Musset, Flaubert, Mérimée, Sainte-Beuve, Gautier, j’en passe et des meilleurs !), fâchés d’avoir été éconduits par cette mégère hystérique, se retrouvaient chaque mercredi, vers minuit, pour « déblatérer en vers » toutes sortes d’horreurs à son propos. L’un de ces sonnets, troussé par un membre de la « Société des Encolés » (ainsi se nommaient-ils), a été retrouvé récemment par Georges Maury de la Salle, qui a bien voulu nous autoriser à le publier ici avant sa publication prochaine dans le prochain numéro de la revue Histoires littéraires. Ce sonnet, signé Gustave Flaubert, le voici :

Encolette-moi, encore !

Il est de chastes salopes que nous profanons tous ;

Les froufrouteurs de cul en font un abus étrange.

Je n’en connais pas un qui n’adore quelque fange

Qui lui reste au cul ou pas loin de là où l’on fout.

On ne doit accorder ce nom sublime et doux de Colet

Qu’à celles qui ont de beaux culs bien lourds, et sans vergeture.

Regardez ! il lui pend à la fente quelques gouttes de sulfure

Quand la Colet, crachant ses dents, écrase notre mollet.

J’eus, quand j’étais adolescent, ma naïve folie

D’aller voir cette fille née en Haute Nymphomanie

Je l’appelais ma sucette. Elle avait trente-sept galants.

Pauvre Tatave ! tu as si soif encore qu’elle te caresse

Que tu voudrais malaxer le cul de cette drôlesse

                        Et lui dire : viens donc t’encoleter sur mon gland.

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Pour une fois, la soirée « Embrassez qui vous voulez » a lieu à Paris au club Le Taken sur l’Ile St Louis. Les éditions précédentes s’étaient déroulées en banlieue et comme en bonne parisienne j’ai beaucoup de mal à passer le périph… Je saute donc sur l’occasion !

Paris est belle, ses lumières scintillent sur la Seine. Mais arrivée devant le club, catastrophe ! Le videur est très mal à l’aise, « c’est blindé, nous n’attendions pas autant de monde, je ne peux pas vous laisser rentrer. Peut être dans une heure, une heure et demie ! » Déception. Quelques couples se retrouvent dans la même situation. Dans la queue, je tombe sur Mélany, une dame transgenre, organisatrice des soirées Drôles de dames au Chateau des Lys.

Bon, on ne va pas se laisser abattre ! Mélany est accompagnée d’un gars sympa, un quinqua rigolard. Nous trouvons rapidement une terrasse au bord de la Seine. Nous conversons sur le fait que les clubs libertins sont souvent plus open aux transgenres en province. Elle me parle d’un établissement près de Cannes, L’Oustaou.

Mélany : C’est un couple qui tient ça, Stéphanie et Armand, leur club est top.

Moi : c’est le rêve de beaucoup de couple libertin que de monter son propre établissement.

Mélany : « c’est clair, mais eux, depuis qu’ils ont ouverts, ils bossent tellement qu’ils n’ont même plus le temps de baiser ! »

Nous échangeons aussi sur le Cap d’Agde où j’ai passé mon premier week-end de l’ère Macron…

A côté de nous, un monsieur habillé décontracté mais classe, ne perd pas une miette des conversations. Au moment de partir, il nous remercie pour le sketch. Et reprend le volant de sa Porsche.

Je retrouverai Mélany le lendemain à la Drôles de Dames spéciale uniforme où j’ai fait la connaissance d’Ophélie, la fondatrice de la soirée, un personnage de la nuit. Mais ma mémoire me fait défaut, probablement à cause de mon cerveau de demi alcoolique. Mes souvenirs sont assez flous mais pêle-mêle : des créatures en veux tu en voilà, jambes longilignes en jupe en jean se déhanchant sur la piste, quelques couples libertins, pas mal d’hommes venus seuls plutôt en quête de trans mais aussi des travestis qui recherchent des femmes. L’un deux me draguouille, un prof de math, ancien pilote de chasse qui adore se transformer le temps d’une soirée. Il faudra vraiment que je revienne. Mais la prochaine fois, ce sera Perrier rondelle !

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Le Paris de la fesse joyeuse a rendez vous à la soirée Soumission Exquise, organisée par l’inénarrable Mimi Zinella. Les hostilités se déroulent au club Quai 17, sur les bords du canal de l’Ourcq. Alors que j’enfile ma tenue de bal dans les toilettes, Mimi surgit. Ce soir, j’ai plutôt à faire à Michette en jupe de vinyle tout feu, tout flamme mais pas toute femme. Pas d’épilation, ni maquillage, juste un mec en jupe. Ce qui permet d’avoir les coucougnettes ballantes sans pour autant passer des heures à se travestir.

Il ne reste plus qu’à déambuler dans ce vaste établissement au milieu des créatures en latex de la tête aux pieds sorties tout droit de mangas. Il y a aussi des dominatrices confirmées, des soumises dissipées et un travesti au gabarit de camionneur avec deux seins en obus moulés à même la robe. Sur la piste de danse, on retrouve les as de l’exhib, une belle nana se déhanche alors que son conjoint se tient debout, juste devant sans bouger, tel un bodygard.

Le fumoir est comme toujours le lieu le plus convivial. Alors que je tape la discute avec une dame chic et sympathique, « plutôt soumise » m’explique t-elle, un type avec un collier de chien se jette à ses pieds et lui fourre la laisse dans la main. Elle l’envoie gentiment balader : « Le mec ne cherche même pas à discuter avant, à savoir ce que j’aime, c’est fou ! C’est un peu comme s’il m’embrassait direct sur la bouche ! »

Jeux de miroir à la soirée de Michette Zinella

Au bar, une domina sculpturale, est en grande conversation avec un jeune homme à lunettes assez fluet. Alors qu’il se saisit de quelques cacahouètes, sa comparse espiègle lui tape sur les doigts avec une cravache : « Je ne veux pas que tu manges ces saloperies ! » Jouez à « Brigitte et Emmanuel », « Bibi et Manu » si vous préférez, c’est visiblement le dernier jeu érotique en vogue dans les bas fonds parisiens.

Pendant ce temps, tutu racole avec son sac à dos remplis de godes-ceinture. On ne sait jamais, si une Maîtresse avait subitement envie de s’en servir ! tutu aime expliquer aux soumis novices qu’il ne faut pas réclamer. C’est vrai que lui, ça ne lui arrive jamais ! On le surnomme aussi Maya, le gros bourdon parce qu’il passe son temps à agacer les dominas, bzzz, bzzz, tout ça pour prendre une bonne claque !

Dans une petite salle de cinéma, est projeté du porno mainstream, ce qui paraît bien conventionnel vues les scènes plus loin dans les différentes alcôves : une dame oblige son mari à faire fellation à un soumis d’origine indienne. L’affaire terminée, l’époux peste ensuite parce que le zizi était trop petit. Du coup, il se fait ensuite longuement fouetter. Dans une autre alcôve, un mec prend une nana en levrette alors qu’elle même prend un mec au gode-ceinture. Appétissante brochette de saison ! Il y a aussi un gars qui se fait saucissonner pour la première fois, et c’est Aloysse grande attacheuse parisienne qui s’y colle avec toute la zenitude nécessaire…

Je me replie du côté du vestiaire rempli de tout un tas de gros sacs avec à l’intérieur, les vêtements de ville des convives. Les soirées SM, ça demande une vraie logistique ! Je fais alors la connaissance d’un vieux complice de Mimi, Bruno Equalizer. Les compères ont organisé ensemble pendant 15 ans de grandes fiestas décadentes. Bruno est désormais basé à Lyon où il est connu pour ces fameuses Fetish Delice (La prochaine le 24 juin).

Fetish Delice
Fetish Delice

Ce soir, il est à Paris pour tester le menu qu’il mettra au diner de la Fetish Délice du 22 juillet qui exceptionnellement se déroulera à Paris dans un ancien club libertin près des Champs-Elysées, rebaptisé pour l’occasion Le Cléo, en hommage au mythique Cléopâtre.

« Bruno, tu y avais organisé des soirées au début des années 2000. Raconte-moi comme ça se passait dans ce club très sélect et totalement déjanté ? »

Bruno : Il fallait être parrainé, avoir la carte Gold. Il y avait aussi bien des adeptes de partouze que des amateurs de SM. Des lesbiennes venaient aussi s’encanailler, coucher avec des hétéros. Des gays avec des filles, c’étaient ça qui était génial !

E: Il paraît qu’il y avait des scènes incroyables…

B: Une fois, un soumis avait été attrapé puis ligoté sur une croix de St-André. Un bucheron est arrivé cagoulé avec une vraie tronçonneuse ! Il a tronçonné la croix pour libérer le mec !

E: Comment se fait-il qu’aujourd’hui ça n’existe plus un club de ce genre ?

B : L’obsession de la consommation est trop grande. Les libertins veulent du cul. Nous sommes dans l’époque du tout, tout de suite. Il faut éviter de mélanger trop de sexualités différentes parce qu’il y a plus de risques qu’il ne se passe rien. Du coup, ça enlève un peu d’âme aux soirées. Au Cléo, il y avait aussi des gens qui ne copulaient pas. Mais quand ils repartaient, ils étaient tellement excités qu’ils faisaient ça dans le parking avant de reprendre la voiture. Il est même arrivé que les caméras de surveillance les filment.

E: Le 22 juillet, tu recréées l’ambiance de tes soirées au Cléo alors ?

B: Tout à fait. Nous faisons venir des artistes, peintres, performeurs, des surprises mais pour démarrer un diner autour de grandes tables pour que les gens fassent connaissance. Les participants viendront de toute l’Europe. Les non initiés peuvent rapidement s’intégrer. Chacun devra faire un effort vestimentaire en se lookant fetish. Le moment où on se prépare d’ailleurs, c’est important, ça doit être un plaisir. Et après, si il y a des délires, très bien mais le but c’est d’abord que les convives passent un bon moment et ne se regardent pas en chiens de faïence.

Je laisse Bruno tranquille et je m’enfonce à nouveau sous les lumières bleutées du club, guidée par ma seule intuition.

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