Spéciale Saint-Valentin : le couple est-il ringard ?

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A l’heure de la réalisation de soi et du développement personnel, le couple est-il encore viable ? La vie de couple est-elle une arnaque pour les femmes ? Sans partager la routine du quotidien, le couple est-il vraiment un couple ? Et si le couple était en pleine mutation ? À la Saint-Valentin, c’est l’occasion de faire un point.

Paris n’est pas une ville de couple. C’est la capitale où vivent le plus de gens seuls (plus de 50%). Par ailleurs, comme vous l’avez forcément constaté, le monde en général est de plus en plus impermanent. Désormais nous changeons de job et d’amoureux (se) plusieurs fois dans une vie. Nous avons un besoin d’autonomie et de liberté de plus en plus grand alors que la révolution numérique avec ses sites de rencontre met la tentation à portée de clic. Le site de rencontres extra conjugales Gleeden vient de gagner son procès face à une association catholique qui l’accusait de faire la promotion de l’infidélité. A Paris, un mariage sur deux finit par un divorce (un sur trois au niveau national), et que penser de l’émergence du polyamour, la possibilité d’aimer plusieurs personnes en même temps dans le cadre de « trouple » ? Bref, la vie de couple est de plus en plus remise en question.

Parallèlement, un phénomène prend de l’ampleur, une nouvelle forme d’union : les LAT pour living apart together (vivre ensemble séparément), ou « CNC » pour couples non-cohabitants. En 2011, les personnes vivant ainsi étaient plus d’1,3 million, dont 15% de personnes mariées tout de même selon les données de l’Insee. Didier Forest qui tient une agence matrimoniale du groupe Unicis m’a confié que « de plus en plus de clients viennent nous consulter pour trouver l’âme sœur sans pour autant se voir vivre avec.» Les divorcés d’une première union, choisissent cette option car la recomposition avec des enfants de chaque côté, c’est compliqué…

Mais est-ce vraiment des couples ?

Une copine me raconte cette anecdote récurrente en soirée : « je discute avec un gars et lui affirme : « je n’aime pas la vie de couple. » Le gars s’imagine automatiquement que je suis libre, célibataire. Il ne pense jamais au fait que je peux être amoureuse sans vie commune. » Donc le couple est encore très associée à la vie de couple.

Pourtant, qui oserait dire que les adeptes du chacun chez soi, Françoise Hardy et Jacques Dutronc, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ou encore Gérard Oury et Michèle Morgan n’étaient que des sexfriends ?

couple non-cohabitant
Françoise Hardy et Jacques Dutronc

Cependant il y a peu, ce mode de vie était considéré comme marginal. Aujourd’hui, il l’est de moins en moins. Le sexothérapeute et psychanalyste Alain Héril, m’explique que la notion de couple et ses critères sont en train de changer : « on fait couple parce qu’on vit ensemble, on partage le quotidien. Néanmoins les non-cohabitants disent être en couple parce qu’ils partagent une passion, un terrain intellectuel et culturel, des moments intimes et une vie sexuelle harmonieuse. Et pour faire durer ceci, ils ne veulent que le meilleur et surtout pas de la routine du quotidien. Donc il y a l’idée de pérenniser la relation. Ces personnes là disent elles-mêmes qu’elles sont en couple. »

Qu’est ce que cette évolution dit en filigrane de notre société ?

Que les tâches ménagères font de plus en plus tâche. D’après les statistiques, elles sont encore assumées à 70% par des femmes. Loin de moi l’idée de jeter la pierre ou plutôt la chaussette en boule uniquement sur les mecs. Comme toujours dans ce genre d’histoire les torts sont partagés. Les nanas sont victimes d’abord d’elles-mêmes, de leur difficulté à ne pas déléguer, à ne pas parfois laisser les choses un peu sales, à penser qu’elles ont la science infuse en la matière. Non ! Le gêne du ménage n’existe pas ! Les mecs eux, en profitent mais au final se laissent infantiliser comme chez maman. Bref, comme tue l’amour on en peut pas trouver mieux. Brassens dans La Non Demande en mariage, chante à l’époque: « De servante n’ai pas besoin / Et du ménage et de ses soins / Je te dispense / Qu’en éternelle fiancée / A la dame de mes pensée / Toujours je pense… »

Cet état de fait est à mettre en corrélation avec l’incontournable plafond de verre qui empêche les femmes de prendre du galon dans leur vie professionnelle et de les rendre davantage visibles comme expertes notamment dans les médias. Eh oui ! Pour aller sur un plateau TV après sa journée de taf, il ne faut pas avoir à faire les courses, la lessive et changer le gravier du chat.

Oui, sauf que de nos jours où la vie vaut la peau des fesses, il est plus économique de vivre en couple. Certes, mais lors d’une séparation, les femmes payent le prix fort. C’est ce que rapporte Psychologie Magazine dans un article de ce mois ci « Mais pourquoi ce sont les femmes qui rompent ? » : « inégalités salariales obligent, elles y perdent en moyenne 20% de leur niveau de vie et, dans 85% des cas, assumeront seules l’éducation des enfants. »

Nous y voilà à la question qui vous taraude depuis un moment. « c’est très juste tout ça Emma, mais il y a un problème, que fait-on quand il y a des enfants ? Phénomène qui peut se produire lorsqu’on est en couple. » En effet, compliqué de vivre séparément. Et là, je ne vais pas faire plaisir à certains lecteurs en citant la juriste et directrice de recherche au CNRS Marcella Iacub, oui elle ne fait pas toujours l’unanimité mais force est de reconnaître que son point de vue est intéressant. Dans son récent essai La fin du couple (Stock), voilà ce qu’elle écrit : «Si la femme n’est plus sous la tutelle de son mari, sa domination vient du fait qu’elle a à sa charge la maternité, les enfants. On a remplacé la domination des femmes imposée par le statut d’épouse par celle du statut de la mère. Ce rôle de mère fait que les femmes s’investissent moins dans le travail et dépendent financièrement des hommes. La charge de l’éducation de l’enfant provoque alors des inégalités dans le couple et favorise les situations de violence et de domination. Si elles veulent quitter leur conjoint ou leur concubin, elles se rendent compte qu’elles n’ont pas les moyens. Pourtant, aujourd’hui, les femmes sont plus diplômées que les hommes.

«Hier, la famille était centrée sur le mariage et donc sur le couple, aujourd’hui, elle se fonde sur les liens qui unissent la mère aux enfants. Cette transformation a affaibli le couple. Celui-ci ne survit que par le rôle fondamental qu’il joue dans le maternage. Si nous n’avions pas besoin d’un homme pour qu’il nous aide à éduquer un enfant, pourquoi vivrait-on en couple ? On voit bien d’ailleurs qu’après un certain âge, les gens s’installent beaucoup moins en couple car le projet de maternage est absent.»

L’ère des wonder women aux larges épaules, femmes des années 80 qui assuraient mômes et boulot, est révolue, le Prozac a eu raison d’elles. Donc de nos jours les nanas peuvent se retrouver tiraillées entre deux feux : mettre de côté leur vie pro pour les enfants, c’est leur liberté, ou se consacrer à leur carrière. Dans la comédie musicale La la land qui cartonne en ce moment au ciné, les héros joués par Ryan Gosling et Emma Stone, sacrifient leur belle histoire parce qu’aucun des deux ne veut lâcher sa carrière, son rêve. Chacun ambitionne de se réaliser, de devenir l’auteur de sa vie, bref, ce que les philosophes appellent de nos jours réussir son individuation. Notre soif à vouloir toujours plus de liberté aura peut-être raison de la vie de couple, mais pas de l’amour qui s’épanouit toujours mieux loin des contraintes. Sur ce, très bonne St-Valentin !

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