Sexe et performance : toujours plus haut, toujours plus faux ?

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En 2017, on se respecte ! En ces temps troublés, il faut plus que jamais exiger la qualité y compris côté plaisirs amoureux. Pourtant, nous avons tendance à privilégier la quantité, avec le règne du « toujours plus » et du « tout tout de suite ». La faute à qui ? Au culte de la performance et de la productivité ? A cette saloperie d’internet ? L’esprit du Paris érotique pourrait bien nous réconforter…

Et si, malgré la morosité ambiante, nous décidions que 2017 soit une année de fête ! L’idée n’est pas de se vautrer dans la luxure du matin au soir, mais de puiser dans ce que nous enseigne l’érotisme des nuits parisiennes pour l’appliquer à notre vie amoureuse. Je m’explique : profiter pleinement des folles soirées de notre belle capitale, implique d’oublier sa montre, son smartphone, ses soucis, d’être conscient, attentif à chaque instant comme si c’était le dernier. Ne rien prévoir, juste se laisser porter, regarder, sentir, ressentir, harmoniser sa tête et son esprit, être là et pas ailleurs lorsqu’une ensorcelante libertine se déhanche, accrochée à une barre de pole dance, ne rien rater d’une orgie gratinée, d’une soirée bisexuelle ou transsexuelle délirante, sentir la douceur des plumes, les poils d’une vénus à la fourrure, comprenez le manteau d’une domina non vegan, bref, faire honneur au sensuel et profiter de ce que l’instant nous offre sans chercher le « toujours plus », sans s’attendre à rien, juste prendre ce qu’il y a à prendre…

Bien sûr, cette « théorie » peut s’appliquer au lit, chez nous au quotidien où la nouvelle tendance de fond est de privilégier la qualité à la quantité. Ce qui est valable avec la nourriture saine, l’est aussi au niveau de l’aine. Les possibilités infinies de la révolution numérique alliées à la recherche constante de la performance et au système productiviste, nous poussent à la boulimie et donc au malaise voir au mal être.

Une pulsion ? Un furieux désir de sushi ? de string panthère ? de sextoy ? En quelques clics, il est satisfait. C’est le règne du tout, tout de suite. Une envie pressante de fantasme ? Et hop, voilà du X ! Une envie de chair ? Et hop, voilà un mec via les sites de rencontre, et hop ! Voilà une nana via les sites d’annonce de prostituées. Nous remplissons nos agendas de tas de trucs à faire, ce qui nous prouve que nous sommes quelqu’un d’important. Mais ne parvenant plus à distinguer l’urgent de l’essentiel, nous nous épuisons. Cette agitation, ce brouhaha, parasitent l’intuition et le désir véritable.

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Or, s’il y a bien un domaine qui doit échapper à cette course effrénée, c’est celui de l’amour, du sexe et du plaisir. La performance y est dévastatrice. Se comparer, juger, « la mienne est plus petite, plus grosse, » c’est fatigant à la longue ! Le big data peut encourager ce phénomène avec des applications qui mesurent, calculent, évaluent et nous poussent, nous humains, à créer des normes. Par exemple, l’application pour smartphone Spreadsheets, commercialisée aux Etats-Unis, dispose de capteurs permettant d’enregistrer les mouvements lorsque l’appareil est posé sur le matelas. Selon les données des 10 000 premiers utilisateurs, la pénétration moyenne dure aujourd’hui entre 2 et 3 minutes.

Mais non ! Je ne me suis pas transformée à la faveur d’une mauvaise cuite du Nouvel An, en Eric Zemmour à nichons, qui vous clamerait à tue tête: « c’était mieux avant ». Ce serait trop facile de tout mettre sur le dos d’internet et du méchant capitalisme ! Ce serait même dangereux de nous victimiser car ça nous enlèverait toute possibilité de réagir. Si nous nous comportons ainsi, que nous gaspillons notre temps et/ou notre argent, c’est que nous remplissons notre vide intérieur, un vide propre à tout humain qui jusque là était comblé par les religions et les utopies… Mais ces dernières s’en sont allées, enfin pas complètement côté religion, c’est sûr…

Roland Topor

Simplement nous voilà face à notre liberté, l’aboutissement du processus lancé au siècle Des Lumières. Et ça, forcément, ça nous angoisse. Nous préférons alors nous soumettre aux injonctions du « toujours plus », plus de positions acrobatiques, plus de poitrine, plus de lingerie, plus de sextoys, comme la drogue, toujours plus pour toujours moins de plaisir. Loin de moi l’idée de condamner les gang-bangs et autres orgies, il s’agit juste d’une réflexion globale sur notre mode de vie.

Pour gagner en qualité et en sensualité, il y a urgence à se calmer, à se soustraire à la pression et à être indulgent avec soi-même. Prendre conscience de ses limites comme de celles de la planète, c’est fondamental. Comme me disait l’une de mes ex belles-mères, une femme exceptionnelle : « dans la vie, chacun fait ce qu’il peut. »

J’étais ce vendredi 6 janvier à 15h sur RTL dans l’émission de Flavie Flament « On est fait pour s’entendre » sur le thème : En matière de sexualité, la quantité est-elle aussi importante que la qualité ?  Le PODCAST ICI

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2 Comments

  • Merci pour ce moment. Je découvre avec plaisir cette plume et ses histoires. Et j’apprends au passage comment masser une tomate…

  • Bonjour,

    Premier commentaire par ici, aussi bien pour réagir que pour partager mon propre regard, et faire surgir des questions.

    Je pense que la question du quantitatif dont tu parles, et du culte de la performance dont il est le pendant, n’est pas tournée dans le bon angle… J’ai l’impression que tu présentes beaucoup le « comment » et en oublie le « pourquoi ». De mon point de vue, aller sur la quantité et la jouissance nombreuse et rapide permets essentiellement d’éviter de se poser des questions sur soi, sur sa sensualité et de faire ressortir les doutes de tout un chacun. Elle cache la question du soi, de l’autre et de la relation qui les lie, puisque tout est centrée sur la même chose, un plaisir souvent égoïste, perdant la richesse d’un véritable échange.

    Ce culte de la performance est bien utile lorsqu’on se fait matraquer d’images d’hommes ou de femmes parfaites : on peut jouir beaucoup et faire jouir beaucoup et en un sens se montrer « parfait » dans ce qui est attendu, mais pour mieux masquer tout le reste, tout ce qui fais que justement nous ne sommes pas parfait. J’y vois le symptôme d’un manque de confiance profond et généralisé, d’une certaine souffrance aussi quelque part, et d’une société qui a sacrifié l’humain à son image. C’est joyeux, non ?

    Je ne parle pas ici des hédonistes du Paris libertin et léger dont tu parles, mais de tout les autres, qui sont bien plus nombreux.

    Je terminerai sur ton dernier paragraphe où tu appelles à l’indulgence. Je pense que tu as raison de le faire, et que tout le monde gagnerait à être plus « détendu ». Mais je ne peux m’empêcher de penser à ce qui me disent certaines de mes amies lorsqu’elles me parlent de leur recherche amoureuse d’un homme plus ou moins parfait et plus ou moins utopique, tout cela pour dire que la personne parfaite n’est pas que dans nos magazine, mais aussi dans nos têtes… Comment finalement sortir de cet impérialisme de la perfection, lorsqu’il apparaît comme une nécessité pour ne pas être seul ? Dans ces circonstances, je comprendrais bien que quelqu’un recherche des relations éphemères, centrées sur ce qu’il maitrise, plutôt que de laisser éclater les raisons pour lesquelles il reste seul.

    Pour ma part, je ne fais pas exception, même si je me pose plus de questions que la plupart. Bien qu’en confiance sur plusieurs point, il en est sur lesquels je ne peux m’empêcher de complexer et de craindre leur impact sur une relation éventuelle et future. C’est peut être stupide, mais c’est humain, et nous revoilà avec ce fameux culte de la performance, circoncis à l’objet du doute, et la boucle est bouclée.

    Je savais que j’écrirais beaucoup en réagissant mais c’est encore « pire » que ce que j’imaginais… Bonne lecture, j’espère que ma pierre apportera quelque chose à l’édifice.

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