Absurdités, crudité et boxon généré

Mon bar favori encore envahi de dominas, soumis(e)s, flics et magistrats, fin de soirée déjantée chez Jo, artiste de Pigalle mais d’abord, les absurdités de l’époque et mon côté boulet, à travers ma mésaventure avec un chauffeur de taxi en bout de course. Décollage !

Mes lecteurs sont formidables. Enfin, étant une diablote je dirai « formidiables » ! Voilà que deux couples expatriés dans un pays où les moeurs légères sont tout simplement interdites, apprécient de lire Paris Derrière. Depuis chez eux, le blog apparaît comme un espace de liberté. Eh oui, malgré toute la chienlit ambiante, en France, nous avons la chance de pouvoir relativement faire ce que nous voulons de notre corps.

Il y a quelques temps, Évelyne et Laurent, étaient venus à Paris et m’avaient contactée afin que je leur prescrive un club libertin sympathique où faire la fête pendant leur séjour. Je leur avais conseillé les Chandelles, et ils ont tellement kiffé que Laurent s’est fendu d’un joli texte sur leur soirée qu’il m’a ensuite envoyé.

Quand au second couple, j’avais croisé Amandine et Jean-Pascal, lors d’une soirée parisienne, eux aussi étaient venus prendre l’air libéré de notre belle capitale.

Tout ce petit monde décide alors de m’inviter billet d’avion et logement, bref tout frais payés dans le pays où ils vivent, pour venir assister aux fiestas incroyablement déjantées qui se déroulent dans la sphère privée, à l’abri des regards dénonciateurs. J’étais toute contente à l’idée de m’extraire quelques jours de la froidure parisienne, et surtout de voyager un peu, cela fait une éternité que je n’en ai pas eu l’occasion.

Évidemment, je prends une compagnie low cost. Je fais une micro valise pour éviter la soute. Tout est prêt, feu patate ! Première étape : s’extirper du ventre de Paris, et ce n’est pas chose simple lorsque l’on connaît les conditions de circulation. Impossible de faire venir un Uber ou G7 (qui aurait déjà 10€ au compteur) vu qu’en bas de chez moi, c’est jour de souk, un joyeux bordel ! Difficile d’approcher sans alterner ralenti et sur place dans un rayon de 500 mètres.

Il me faut bien une vingtaine de minutes pour rejoindre une station de taxi, transformée en parking car dans les cinq voitures à la loupiotte verte allumée, il n’y a pas de conducteur. Je commence à légèrement m’inquiéter. Lorsqu’enfin, surgit une voiture dispo. Empressée, j’ouvre direct le coffre, un type obèse s’extirpe difficilement du véhicule, bondit et me pourrit d’entrée : « non, Madame ! Il ne faut surtout pas toucher à ça ! »

– Ah bon ?

– Vous voyez bien le coffre ne s’ouvre qu’à moitié. En fait, il faut appuyer comme ça.

– intéressant… (je n’ai rien compris à son système)

– Orly ? Un vol international ? Ça va être juste.

– Si c’est trop tard, ce n’est pas la peine d’y aller alors ?

– Mais non Madame, ça devrait aller…

Le mec a l’air hyper dépressif, mal rasé, et ça pue le renfermé et la crasse dans son tacot. Voilà pourquoi il laisse sa fenêtre avant grande ouverte, comme nous sommes en plein été…

Je me dis qu’il est tout à fait possible que je sois en retard. En même temps, j’ai regardé le site internet de la compagnie avant de partir et franchement, il n’y a rien d’indiqué sur l’heure limite d’enregistrement. Et nous sommes à 1h30 du décollage…

Le trajet se déroule sans encombre. Cependant, je m’aperçois que le taxi a oublié d’enclencher le compteur. Je le préviens.

-Mais non, pas du tout, c’est un forfait, 35 €. Vous voyagez jamais vous.

Arrivée devant l’aéroport.

– Vous prenez la carte bleue ?

– Non, je ne prends pas la carte.

Je tends un billet de 50.

– Je n’ai pas de monnaie.

Le mec demande à deux collègues, sans succès. Les minutes défilent… Le type m’explique que je dois le suivre dans l’aéroport, qu’il va demander la monnaie au snack, La Brioche Fourrée si vous préférez. Et là, accrochez-vous, il se prend un café parce que les serveuses ça les agace de faire la monnaie juste par plaisir, elle n’ont pas que ça à faire… Elles n’ont pas plus de 25 ans, de grosses cernes sous les yeux et leur job n’a pas l’air d’être très épanouissant…

Bref, je me pointe enfin à l’enregistrement, trop tard ! C’est fermé ! Je me décompose, j’ai du mal à respirer. Je cours au comptoir de la compagnie : « Y a pas moyen de ? »

-Non, l’enregistrement est clos, Madame, désolé. Prenez un autre vol.

-Vous plaisantez ! Je vais payer un autre vol alors que le mien décolle dans une heure ?

-Madame, avec tous les contrôles de sécurité à passer, impossible.

Avec leur teint grisâtre comme l’aéroport, les employés fixent du regard la demeurée, qui ne sait pas que pour un vol international il faut se pointer 2 heures avant. J’admets que sur ce coup là, je suis bien à la masse n’ayant pas pris de tels vols depuis… depuis quand déjà ?

L’employé : « Allez voir au comptoir Information, on pourra peut-être faire quelque chose pour vous. » Lueur d’espoir, je cours comme une dératée. Une fois devant, un panneau indique : « ici, on engage la conversation en commençant par un sourire » L’hallu ! Faux espoir, une hôtesse dont la couche de maquillage masque difficilement les traits tirés, ne me propose qu’un seul vol à 130 € et qui décolle dans une heure et demi de Roissy. Donc elle fait de l’air avec sa bouche. Et surtout je n’ai pas un sou pour payer même un départ le lendemain.

Sur mon visage, je sens exploser un énorme furoncle, signe évident d’une légère contrariété. Je reprends le chemin du centre de la capitale. Déballer sa valise dans ces circonstances est déchirant et il faudra penser à rembourser mes lecteurs… Pour tenter d’oublier, je me saoule d’expos au musée des arts déco : celle sur l’école du Bauhaus et son design sobre, fonctionnel et élégant, qui influença l’art moderne et le mobilier Ikéa. J’enchaîne sur Tenue Correcte Exigée sur les fringues qui ont fait scandales. Et peu à peu, je commence à rire de ma mésaventure et je me dis qu’au fond, je suis bien là où je suis.

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Une contrariété ou tout simplement envie de fêter la fin de semaine ? Impossible de rater l’apéro chez Pierrot du côté de Châtelet, un bar épique où ça parle et ça rigole fort. Ce soir répondent présents, Mademoiselle B et son physique de louve tortionnaire sortie tout droit d’une série B italienne des années 70.

Il y a aussi Axelle de Sade, dominatrice créative, tutu, on ne le présente plus et Romain mon pote de la radio, un magicien du son qui aime autant caresser les filles que les consoles. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas vu Sibylle, belle brune au teint diaphane et ancienne soumise de tutu, oui, vous avez bien lu. L’affaire remonte à une dizaine d’années. A l’époque, les dominas avaient été consternées par cette révélation… Il y a aussi Anne et son amoureux, Anne tenait il y a bien longtemps un bar fétichiste d’anthologie à Paris. Enfin, le reste de la clientèle est un mélange improbable de flics, magistrats (eh oui ! Nous sommes à deux pas de l’ile de la Cité), techniciens des théâtres alentours et marchands d’animaux du quai de la Mégisserie. Et bien sûr, derrière le comptoir, s’affaire Pierrot, sosie de Jean Yanne, roi de la contrepèterie, du calembour et de la vanne de tous poils.

Pierrot aime les balancer en rafale : « on ne dit pas « gaz de petit chien », mais perroquet ! On ne dit pas « une demie douzaine dévalent les pistes » mais Sikorsky ! On ne dit pas « vas-y », mais allegro ! »

A ma droite, ça jacte sur Trump.

Romain : « Les américains vont à leur perte, et comme dans tous les domaines, ils sont toujours très en avance sur le reste de l’humanité. »

tutu montrant une photo de son portable : « elle est extraordinaire la photo de Trump avec que des gars en train de signer le décret pour limiter les aides à l’avortement »

Tout le monde se marre devant l’ineptie de la scène.

Mademoiselle B : du coup, si les femmes baisent moins par peur de tomber enceintes, mathématiquement les mecs aussi ! Non ?

Moi : Encore davantage de misère sexuelle, à moins qu’ils aient les moyens d’aller voir des prostituées. Dès qu’on restreint la liberté des femmes, les hommes finissent par payer. Tout le monde est baisé. C’est une loi universelle.

À ma gauche, Axelle de Sade confie que ce n’est pas toujours simple d’exercer la profession de domina : « tu t’imagines bien Emma, que je ne peux pas afficher mon taf comme ça. Du coup, je dis que je suis arthérapeute. Sauf que quand je cherchais un appart à louer, un proprio me répond :  » arthérapeuthe ? ah ben, comme ma soeur ! » Du coup, le mec s’y connaissait. Résultat, j’ai expliqué que j’aidais les gens à développer leur sexualité à travers des objets culturels. Bon, je n’ai jamais eu de nouvelle… » mdr

Sibylle n’arrête pas de tripoter son smartphone : « c’est mon plan cul de ce soir, 10 ans qu’on se connaît, c’est dingue ! A chaque fois que je le vois, j suis bourrée, c’est un rituel et ce soir je ne fais pas exception ! »

– c’est quoi ta pratique favorite avec lui ?

– Sans hésitation, la fellation ! D’ailleurs, l’autre fois il me balance : « t’es un Hoover, aspiration surpuissante, le silence en plus ! » (La moitié du bar explose de rire.) J’étais tellement mdr que je n’arrivais plus à le sucer ! »

Chez Pierrot, toute la difficulté consiste à trouver le juste moment pour partir, avant le point de non retour…

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Les hostilités se déroulent chez Jo, artiste parisien propriétaire d’un bel atelier du côté de Pigalle. Quand quelqu’un décide de nous inviter, il faut y voir une véritable forme de générosité en raison du boxon généré…

De la baie vitrée on aperçoit le Sacré-Coeur.

Un lieu pareil ne peut qu’inspirer une sacrée soirée !

Axelle de Sade susurre les mots qui liquéfient…

Elle a vraiment beaucoup de talon cette Mademoiselle B ! Une artiste !

Pas une sauterie sans un atelier bondage, désormais activités branchées des nuits parisiennes.

tutu tente de rentrer son ventre… Son côté rosbif doit probablement inspirer son humour british.

Le massage de pied, pratique incontournable génératrice d’endorphines.

Dans l’assistance, Alice Pavlov, jolie illustratrice ne résiste pas à l’appel du crayon lorsqu’Axelle fait le point avec son nouveau soumis. Sur le vif !

Puis, c’est au tour du maître des lieux d’immortaliser la beauté des gestes.

Sur les Naïve New Beaters, les dominas partent en vrille et pour une fois, lâchent le contrôle. On oublie l’heure, seule compte la sensualité, le plaisir de se laisser aller, très loin de toute obligation et autres injonctions. La nuit libère et assouplie les corps et les esprits.

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