Fillon, SM et bi party

Bilove - Antonin Verrier
Bilove - crédit photo : Antonin Verrier

Ripaillons ! Festoyons ! Car bientôt, nous serons tous cul nul devant Maître Fillon  ! À côté, le bellâtre de Fifty Shades peut aller se rhabiller ! En attendant cette grande orgie SM, suivez-moi à la Bilove, l’une des soirées les plus spontanées et déjantées de la capitale où la tolérance extrême est la seule religion. Jésus en était d’ailleurs… Mais chut !

Cravache et boule-bâillon sont de saison ! Ce n’est pas moi qui le dis mais le site du magazine Challenge sous la plume de Nicolas Domenach dans cet excellent édito « François Fillon, ou la France soumise à la punition » ! Fillon libéral partout, sauf dans les moeurs ! Où est l’intérêt ? Bah y en a pas ! C’est le principe du SM les gars ! Le contrat est léonin.

Les Français voudraient du hard. En même temps, avec l’accélération de la société liée à la révolution numérique, tout est mouvant, plus rien n’est prévisible, ça sent l’apocalypse. Il n’y a pas plus rassurant que de se réfugier dans la jupe en latex d’une belle domina ou le cuir d’un maitre fouetteur qui nous arrimerait au passé, avec de solides cordes de bondage bien sûr !

Mais une fête réussie est à l’image de la démocratie. Il faut des représentants de tous bords : hétéros, bis, lesbiennes, gays, travestis, libertins, fétichistes et bien sûr adeptes des jeux BDSM. Tout ce beau linge dans la même bassine, les couleurs de la décadence n’en sont que plus éclatantes. L’une des soirées qui s’en rapproche le mieux est sans conteste, la Bilove organisée depuis 14 ans par mon ami JC. J’avoue avoir par le passé totalement craqué pour ce mec à la plastique parfaite et au talent inné pour insuffler une tolérance maximum, propice aux mélanges les plus improbables. Et cette folie joyeuse ne s’émousse pas d’un poil au fil du temps.

Je me pointe chez Madame Louis, un club au bord de la Seine, quai de Bourbon, avec sous le bras, ses cuissardes fatiguées laissées en dépôt chez moi. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre, gros smack. Veste en soie et broderie style costume d’époque en haut, porte-jarretelles en bas, JC est heureux, sa panoplie d’androgyne est complète. Une allure qui lui permet tous les outrages. « Merci Emma, ce sont mes cuissardes fétiches, j’en ai fait des conneries avec, j’ai même failli me faire virer des fêtes de Bayonne mais bon, c’est trop long à raconter…  »

Bilove

Je descends dans les entrailles du club et au bout d’un couloir, j’atteins les vestiaires. Il n’est même pas 23h, c’est la cohue. Ils sont courageux, les forçats qui triment à étiqueter, accrocher, chercher, décrocher, le tout claquemurés aux milieux des manteaux et des sacs empilées !

Dans la queue, devant moi une grande femme distinguée au décolleté ultra plongeant semble tout excitée à l’idée d’aller draguer de la donzelle. Ce qui fait beaucoup rire le type aux cheveux blanc qui l’accompagne, aussi mince et grand qu’elle. Elle : « tu me tiens mon sac chéri ? Je voudrais me faire une trace ! » Elle sort un joli rouge à lèvre de son fourreau doré. « Qui en veut ? »  Derrière moi, l’un des orga du Kinky Salon, P** un jeune barbu habillé d’un harnais de cuir clouté sur son torse nu : « moi je veux bien mais j’ai les mains prises ! » Tant que ce ne sont que les mains…

Le mec tend ses lèvres, la nana s’applique à lui étaler le rouge dessus. A**, la petite amie de P**, sort à son tour son baume à lèvre et m’en propose : « C’est bio mais pas 100% végan, il y a de la cire d’abeille dedans. » Une troisième nana, blonde plantureuse déballe son atout à elle : « moi, si tu préfères j’ai un gloss bien chimical, 100% capitaliste. » Allez, soyons folles ! Je les mets tous en plusieurs couches, avec ça, je vais bien coller, faute de décoller !

BiloveCe club est un dédale de couloirs et de pièces sous les voûtes en pierre. Je croise le charismatique D’Ange, qui tient comme moi un agenda des soirées parisiennes et qui sait à quel point ce boulot est fastidieux et chronophage. A ses côtés, Chloé soumise délivrée et délurée, est très en beauté. C’est sûr, ici ça change des soirées SM académiques !

Bilove spirit ! Derrière platines et ordi, DJ Mambaa envoie

A l’entrée d’une mezzanine qui donne sur le dance floor, des bénévoles de AIDS et de Bicause, distribuent capotes et goodies. Cornette, maquillage et robe à paillette, impossible de rater les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, mouvement fondé en 1979 dans le San Francisco gay et revendicatif.

Bilove

Le couvent de Paname fait de la prévention au sein des zones de déconnade y compris entre filles « qui ne sont pas à l’abri d’un doigt ou d’un sextoy sale. Mais je te laisse Emma, nous devons rejoindre une autre sœur qui a eu un accident de vélo. Une sœur est une sœur pour ses sœurs… » Une nouvelle équipe mais cette fois, des travestis débarquent pour prendre le relais, des sœurs frères en fait…

Près du bar, le punch à 4 euros est servi dans de grand verres, il fait très chaud.  Je retrouve ma bande de potes « déglingue ». Soumis tutu a mis son plus beau…tutu. Après avoir servi de repose verre à une domina, il me présente Enculator, et avec lui, son ami Escalator qui préfère qu’on lui monte dessus, ça va sans dire…

Mais c’est Mademoiselle B, l’égérie des lâchers de soumis, que voilà ! Mon Dieu ! Elle est ravissante dans sa robe moulante !Mine radieuse, elle revient du sud où elle a brulé les planches. Mademoiselle B discute avec François, hétéro sexagénaire qui en paraît 10 de moins et son pote Max aux faux airs de ne pas y toucher.

Elle : « c’est bientôt l’anniversaire de Lara Queen, ce serait sympa de lui bander les yeux et que tout le monde la lèche, comme nous avions procédé pour ton anniversaire François ! » Max : « oui, quand nous t’avions quasi tous sucé. J’ai adoré ! » Tronche de François catastrophé : « mais tu étais dans le lot ? » Max: « Oui, souviens toi ! C’est même moi qui ai lancé l’idée, je n’avais pas de cadeau, alors voilà ! »  Les états d’amnésiques…

Sur la piste, ça se frotte, ça se galoche, des mecs en maillot de catch, tee-shirt moulant dansent aux côtés de filles parfois en corset, collier de chien, il y a aussi des camionneuses et des types qui transpirent à grosses gouttes sous leur bonnet. A la Bilove, aucun dress-code imposé mais tout le monde a fait un effort. Une bourge bling-bling aux ongles laqués rouges impec, mate son mec de loin et lâche : «je ne sais pas ce qui m’excite le plus chez lui, son fric ? Ou le faite qu’il suce des bites ? »  Sur le podium, c’est le show ! Mademoiselle B fouette le postérieur de JC et de tutu qui se dandinent en rythme.

Bilove

Un jeune mec tout suintant m’aborde maladroitement : « j’ai trouvé la soirée sur un site gay mais j’suis hétéro. Je suis venue pour le côté bi, je me suis dit que y aurait des plans à 3 ou 4. » Moi : « si tu pars avec une idée préconçue comme ça, tu risques d’être déçu. Les choses ne se déroulent jamais comme prévu. Genre, je prendrais bien une mini partouze, avec un bi, une femme comme ça, un mec comme ci, si vous pouvez me rajouter une black et un asiat … Non mais sérieux ! Vas sur You Porn, ça te coutera moins cher et si tu gagnes au loto, paye toi des escorts pour un Disneyland sur mesure ! »

Qui dit bi, ne dit pas forcément orgie ! S’ils sont souvent considérés comme des dépravés ou des collabos, c’est qu’ils donnent le sentiment de bouffer à tous les râteliers. Ils ne revendiquent rien, il n’y a pas d’identité bi, ils sont impossibles à détecter, incontrôlables, donc à la fois dangereux et fascinants. Une chose est certaine : ils ont décidé que ce serait dommage de se priver de l’autre moitié de l’humanité.

Aimer son prochain comme sa prochaine, figurez vous que Jésus était bi, mais si ! C’est ce qu’a relaté l’historien américain John Boswell de l’université de Yale dans son ouvrage Les Unions du même sexe dans l’Europe antique et médiévale (éditions Fayard). Voici des photos tirées du livre, qui montrent des sculptures datant du Moyen Âge. Je cite “L’attitude du Christ et de St-Jean suggère que les artistes leur attribuaient des relations pleine de tendresse et d’intimité.”

John Boswell

Après cette incise CULturelle, revenons à nos brebis… À la Bilove comme souvent ailleurs, le fumoir se veut le coin le plus convivial, le salon où ça cause mais pas que… Pour y goûter, il faut y pratiquer l’apnée, tel un Jean-Marc Barr des bas-fonds, génération « grand creux ». JC lance : « Qui m’allume ? » Le voilà à quatre pattes cul nul en train de se faire fesser par Mademoiselle B. Il éclate de rire plus dans l’exhibition que dans les sensations. « Vas y Emma, interviewe moi ! »

– Visiblement les créatures, ça excite les meufs. Non ?

– Les femmes fantasment grave dessus, même les plus grossièrement attifées comme moi ! Elles nous embrassent, elles nous tripotent. Et du coup, moi je peux faire pareil. Des filles me soupçonnent même de m’habiller comme ça pour en profiter ! J’en arrive à oublier que je suis quand même bien gay !

Bilove

D’autres mains anonymes en profitent pour lui claquer les fesses, un gang-bang de fessées !

– JC, toi qui a 40 balais, que penses-tu du sexe sur internet, tu ne trouves pas que ça pervertit notre jeunesse ?

– Je suis jalou, j’ai attendu 35 ans pour connaitre certaines pratiques, alors que les jeunes à 15 ans ils ont déjà tout vu. Ça fait évoluer les mentalités même si ok certains s’y perdent. Mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est ça le problème qui met l’avenir du pays en danger. Les sites de rencontre, les applis ont révolutionné les comportements. Au lieu de draguer dans les bois, notamment dans ma campagne natale cela permet de trouver plus facilement et de rester encore plus discret du coup !!  Emma, j’ai les fesses en charpie !

Ce qui ne l’empêche pas, toujours à quatre pattes de lécher les bottes d’une sympathique trentenaire, mère de famille, venue exprès de Marrakech pour ce grand défouloir sans réelle baise. Mais est-ce si essentiel ? Ça blague, ça drague, ça s’embrasse, ça se marre bien fort, ça se perd loin de toute pression, de toute dictature des genres. Un moment béni. De quoi apaiser l’angoisse de nos vies si éphémères. Entre volutes et volupté, les secondes s’égrènent, précieuses et éternelles.

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3 Commentaires

  • Hahaha c’est excellent tu as su tres bien transmettre la folie apparente de cette soirée. J »adore les soeurs freres. C’est super interessant aussi de voir ce tourbillon, en tout cas perso l’article m’a touché, j’ai un peu la sensation d’un gigantesque boxon. On est plus sur une Hallu permanente que sur un coté un peu sombre ca m’as rappelé un peu la salsa du demon version splendid et rien que pour ça bravo.
    Et comme tu le dis au début autant en profiter car vu la chiennasse ou le curé catho pas rigolo qu ils vont nous pondre ca risque d’être moins jovial la vie diurne en 2017 alors … Vive la nuit 🙂

  • merci Charlie 🙂 La Salsa du démon, c’est ça !!! Trop drôle ce titre ! On oublie que l’ordre c’est le fascisme et que la démocratie est plutôt synonyme de bordel. Compliqué de s’en sortir avec tout ça. T’inquiète pas pour la nuit 2017, quelque soit l’élu, on continuera à s’amuser la nuit, c’est sur !!!!

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