Alex Varenne, le pape du strip art expose ses audacieuses

Alex Varenne

C’est le Manara français ! Alex Varenne expose ses héroïnes pleines d’audace à la galerie Art en Transe (Paris 3ème) du 8 novembre au 4 décembre avec des évènements organisés autour. L’occasion pour moi d’interviewer cet incontournable de la BD érotique, un monsieur élégant et drôle, à l’image de sa création.

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C’est quoi le Strip Art ?

Ça vient de « comic strip », Lichtenstein le faisait déjà. Il ne prenait qu’une case de BD qu’il agrandissait. Moi je prends une, deux ou trois cases. Ça donne une petite histoire très courte, une impression, une émotion avec toujours des bulles ou des textes narratifs. Entre les cases, il y a un certain temps qui se passe, le spectateur le remplit avec son imagination. C’est pas nouveau, dans la peinture les primitifs flamands et italiens ont utilisé ce procédé pour raconter l’histoire du Christ ou des saints.

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Alex Varenne

A l’origine vous étiez peintre, pourquoi vous êtes-vous orienté vers la bande dessinée ?

Je suis venu à la BD en 1968, époque où les parutions pour adulte ont explosé. Comme beaucoup de peintres, je me suis mis à dessiner de la BD car il était de bon ton de parler au peuple. C’est Wolinski qui fut mon premier éditeur en 1977. Vous allez me dire que nous avions en commun l’amour des femmes, c’est vrai, mais à la base je suis venu le voir pour une BD de science-fiction. J’avais fait toutes les maisons d’édition, personne n’en voulait. Je la lui montre, c’était donc les éditions du Square, Charlie Hebdo. Wolinski m’a dit « ça c’est très fort. Vous l’avez montrée aux autres éditeurs ?  » « Oui, j’ai fait tous les gros Casterman, Dupuis, Dargaud, Les Humanoïdes… » Il m’a répondu : « et bien, on a de la chance qu’ils vous aient refusé ! » Par la suite, lui et moi, nous sommes devenus amis.

Qu’est ce qui vous a amené à l’érotisme ?

Je vous l’ai dit, je suis un amoureux des femmes et je les dessine depuis mon adolescence. Ma mère parlait beaucoup et parlait pour les autres et répondait à ma place. Très jeune mes parents m’ont mis dans un pensionnat très strict et nous n’avions pas le droit de parler alors pour parvenir à m’exprimer, j’ai fait du dessin (rires).

Vous avez observé l’évolution des mœurs. Après la parenthèse enchantée des années 70, l’amour post pilule, le sida est arrivé. Selon vous, ça a entraî un érotisme plus théâtral. C’est à dire ?

Les gens ayant peur d’avoir des relations sexuelles, le SM a commencé à se démocratiser parce que ce sont des pratiques qui peuvent se passer de génitalité. Ça paraissait moins dangereux que le sexe classique, du moins au niveau des microbes (rires).  J’ai assisté à des séances. Il y avait des femmes à quatre-pattes avec des colliers à pic, la semaine suivante, c’était des mecs qui faisaient la même chose. Ce n’était pas mon truc mais les costumes étaient magnifiques, le latex qui colle à la peau, les cagoules où seulement la bouche de la dame dépasse, je trouve ça très beau.

Alex Varenne

Dans les années 70 et 80, vous avez vécu l’arrivée du X. C’est quoi la différence entre la pornographie et l’érotisme ?

La pornographie, c’est de l’érotisme qui n’a pas trouvé sa forme d’art. Un artiste qui dessine de la pornographie, ça ne passe plus pour de la pornographie. Picasso a fait des dessins qu’on pourrait qualifier de porno mais c’est stylisé, c’est artistique, c’est beau. La pornographie, elle n’est pas uniquement dans le sexe. Il y a aussi la pornographie mentale, la téléréalité ça en fait partie. Faire pleurer des gens devant la France entière, c’est obscène. Aujourd’hui, je crois que nous avons tous un regard pornographique, on veut aller au fond des choses.

Vos albums sont-ils masturbatoires ?

Oui et ça me fait plaisir que des lecteurs en aient cet usage ! La pornographie m’a inspiré moi et beaucoup d’autres dessinateurs. Et inversement, le porno s’est inspiré de BD assez corsées. Tout ça s’est interpénétré.

Vous travaillez à partir de modèles en chair et en os ?

Je l’ai beaucoup fait avant, moins maintenant : j’ai au moins 5000 photos donc suffisamment de documentation.

Vos héroïnes ont des formes féminines, loin des canons des top models…

Je m’inspire de la rue et les femmes y sont grosses, de plus en plus même (rires). Je prends mon café en bas de chez moi près de la fac de Censier, il y a plein d’étudiantes, elles ont de sacrées fesses. J’aime que mes héroïnes ressemblent à des déesses. Les déesses grecques avaient des formes.

Le corps parfait, c’est quoi pour vous ?

C’est un équilibre dans les formes, une harmonie générale. J’ai dessiné tout type de femmes, chacune a un érotisme. Il suffit de savoir le voir.

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Vous avez dessiné des femmes enceintes sexy, c’est assez transgressif…

Une mère ne devrait pas être sexy ? Y a des mecs qui ne vont pas bien dans leur tête ! Mon épouse a été enceinte et elle était alors très excitante. On sent la vie, la femme est plus que jamais une déesse, c’est une déesse de la fécondité.

Vous vivez à Paris depuis les années 80, les parisiennes ont-elles changé dans leur comportement ?

Elles sont un peu plus froides, plus difficiles à séduire. On ne peut plus aborder les femmes comme avant dans la rue, elles ont la tête dans leur smartphone, ce qui est drôle c’est qu’elles sont peut-être en train de consulter des sites de rencontre…

Alex Varenne

Est-ce que les hommes aussi ont évolué en 40 ans ?

Oui mais beaucoup sont intimidés par les femmes, d’autant plus qu’elles ont accès à des carrières, elles n’ont pas peur de s’exprimer et elles sont plus intelligentes que les hommes qui se retrouvent dépassés. Il y a un problème de perte de virilité chez eux, ce qui peut les rendre agressifs. Pour compenser, d’autres gagnent un maximum d’argent comme Trump, achètent des grosses voitures. Mesdames, un peu d’indulgence, ne nous tapez pas trop fort dessus quand même ! (éclat de rire)

Uniquement quand vous êtes consentants messieurs ! Est-ce que vous vous considérez comme libertin ?

Tout à fait, mais dans le sens du XVIIIème siècle autour de l’idée de liberté. Au siècle des Lumières, c’était des affranchis. Aujourd’hui, le mot libertin est péjoratif et se limite au fait d’être polisson.

Que pensez-vous de notre époque et son X gratuit sur le net ?

Les gens sont moins libérés sexuellement qu’il y a 40 ans, le sexe est devenu très puritain et internet, c’est leur grand défouloir car il faut bien que la libido passe quelque part. Mais je ne suis pas contre, je ne juge pas.

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La BD érotique est-elle moins transgressive qu’avant ?

Non, je ne pense pas. En revanche, la BD adulte est moins mise en avant. Autrefois mes albums, vous pouviez les trouver facilement à la FNAC, dans les supermarchés, en devanture des librairies. C’est terminé tout ça, maintenant elles sont cantonnées à l’étagère en haut estampillée « BD pour adulte », donc toutes les autres c’est pour enfant, c’est bien ça (rires) ! Mais ce n’est pas grave, mes lecteurs savent où me trouver. Après ce qui me fait plaisir c’est que la BD en général, a désormais davantage la côte, elle n’est plus considérée comme un art mineur. La BD influence beaucoup le street art. Speedy Graphito et Hervé Di Rosa exposent parfois dans les mêmes galeries que moi.

Vous connaissez bien le Japon qui vous a beaucoup inspiré. Selon vous, les japonais ont une sexualité plus saine que nous. Pourquoi ?

Ils n’ont pas la culpabilité et la honte du sexe des chrétiens. La culture japonaise vient de la culture chinoise. Or dans toute la philosophie chinoise, le sexe est au centre, le sexe c’est la vie. Du coup, il n’y a pas de tabou. Bon chez les Japonais, il y en a un peu quand même depuis la fin de la guerre. Il fallait reconstruire le pays alors ils ont fait en sorte que le peuple ne puisse pas trop s’amuser. Beaucoup de représentations ont été interdites. Mais ça reste quand même très différent de chez nous. D’ailleurs quand les japonais viennent en France, ils sont choqués que nous adorions un mec crucifié en train de souffrir le martyr. Quand ils voient ça au dessus des lits, ils nous trouvent tordus, sans blague ! (rires) C’est une image complètement en dehors de la vie !

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