Le photographe Laurent Benaïm fait son cirque, accrochez-vous !

Backstage Laurent Benaim - Olivier H.Gamas

C’était le shooting de l’année du photographe le plus transgressif du Paris érotique et des incontournables Rencontres d’Arles, Laurent Benaïm. Tout le week-end dernier, environ 30 modèles de tous corps, de tous âges et de tous horizons, se sont succédé sous les projecteurs de son grand studio, dans des poses « circus freaks » osées, acrobatiques et déjantées. Contrairement à d’habitude, le shooting a été minutieusement préparé mais Laurent Benaïm reste fidèle à sa réputation : chez lui, tout est possible !

Laurent Benaïm est une sommité discrète du milieu érotique parisien. Son travail est reconnu par les plus grands, il est exposé l’été aux fameuses Rencontres de la photo d’Arles depuis 4 ans où les mamies camarguaises adorent commenter ses oeuvres. L’artiste est connu pour transformer ses clichés en gravure grâce à un traitement à la gomme arabique.

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Mais pour en arriver là, il y a donc de véritables photos à l’origine. D’habitude, dans son grand et beau studio tout près de la porte de Montreuil, Laurent Benaïm est connu pour laisser les participants faire ce qu’ils veulent comme sur le shooting où j’avais emmené l’émission TV Paris Dernière. Laurent est témoin de scènes orgiaques et il prend le moment qui lui plait.

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Seulement voilà, selon lui : « ça devient un peu de la chasse animalière, t’attends qu’il se passe quelque chose. Pour le shooting Circus Freaks, nous avons procédé complètement différemment, nous voulions quelque chose de super calé, ça modifie tout, on a les idées et on veut les réaliser. » Un thème à l’initiative du performer Divine Putain qui évolue dans l’univers du cirque. Une partouze créative ? « Je n’aime pas le mot » me reprend Vénère, un grand gars qui vient aussi du milieu artistique, « c’est une émulsion d’idées, chacune va en alimenter une autre. » Voici quelque uns des savoureux croquis de préparation :

Divine Putain Laurent Benaim
auteur Divine Putain
Vénère Laurent Benaim
auteur Vénère

Vénère Laurent Benaim

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De la haute voltige, n’est-ce pas ? Passer de la fiction à la réalité, relève de la performance. Laurent Benaïm et ses amis vont-ils y parvenir ? Maintenant, passons à l’action !

Rien que le staff technique compte 8 personnes : 2 régisseurs, leur assistant, un accessoiriste, 2 habilleuses et 2 maquilleurs, tous bénévoles. Idem pour les modèles venus sur leurs propres deniers de partout : Strasbourg, Marseille, Bordeaux et même de Belgique. Certains ont campé dans le studio. Tout le monde a réussi à se mettre d’accord sur qui fait quel tableau. Maintenant, chacun doit être prêt à se jeter à l’eau.

Sous les deux grands projecteurs du plateau, muni d’une longue badine, Phil le nain, est à califourchon sur Busty Doll, une dame nue et imposante aux seins énormes, harnachée d’un bâillon-boule. Complètement burlesque !

Backstage Laurent Benaim - Olivier H.Gamas

Busty aime jouer avec son physique atypique « mais je ne suis pas libertine. Je n’ai pas de plaisir sexuel à faire ça. En revanche, je m’amuse beaucoup à poser pour Laurent, ça fait 4 ans que je le fais. Le résultat donne toujours une sorte de cabinet de curiosité incroyable. Et puis, il sait mettre en valeur ses modèles, ce qui n’est pas le cas de tous les photographes » En temps normal, Busty a une vie bien rangée, chargée d’affaire dans une entreprise.

La miss enchaine sur une scène où elle joue une voyante avec une boule de cristal entre les seins. Otomo, un grand type longiligne avec une gueule inimitable, doit se branler juste à côté. Forcément pour bander, pas facile de se concentrer avec les autres modèles autour, qui attendent leur tour. « Allez, je ne veux personne autour du plateau, s’il vous plaît ! «  réclame l’un des régisseurs. Quelques minutes plus tard, je cueille Otomo « Dis- moi, est ce que c’est du porno ? »  « Au niveau du résultat non, parce que l’énigme, la sublimation, efface le caractère masturbatoire de l’image. L’émotion devient esthétique, inquiétante parfois poétique ou ludique. Tout cela n’est pas très propice au but visé par la pornographie, c’est à dire l’orgasme. On est plus proche de Joël Peter Witkin que de Marc Dorcel. »

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Otomo

Un barbu costaud, belle bête, se fait transpercer la langue par le talon-aiguille de l’escarpin de Liss, une jeune femme rousse. Elle se concentre, un sursaut inopiné serait fatal. Les scènes les plus folles s’enchaînent, une dame fait mine de marcher avec une chaussure cloutée sur le sexe de Vénère transformé en fakir. Ce dernier jouera ensuite le trapèze humain. Pour lui c’est un plaisir, il aurait même « aimé que ça dure et pouvoir en jouer … en jouir plus longtemps. » 

Vénère

Anaïs, blonde aux cheveux courts, escort dans la vie, joue les cibles d’un grand lancer de gode. Pour elle, « la bienveillance et la gentillesse de Laurent et de son équipe nous motivent beaucoup ». 

Vénère Laurent Benaim

Backstage Laurent Benaim - Olivier H.Gamas
Lancer de godes

Soumis tutu joue l’éléphant avec des oreilles en papier mâché et un gode long comme le bras en guise de trompe, fixée sur son visage grâce à un joli bondage assez douloureux mais fait pourtant avec beaucoup de délicatesse par l’attacheur Alex Bakushi. C’est assez jouissif des oreilles car enfin, soumis tutu, on ne l’entend plus !

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soumis tutu

Laurent Benaïm sait ce qu’il veut et il l’obtient vite. Les techniciens s’affairent pour changer les décors, amener les accessoires au bon moment, sans faire trop attendre les participants en situation indélicate. Iffic, l’un des régisseur, travaille en temps normal dans une salle à La Villette. Il a autrefois posé pour le photographe même s’il est « hétéro pas partageur, pas partageable, ni libertin, ni bdsm. »

Mais Laurent n’est pas le seul à les immortaliser. Quand il a terminé une prise de vue, une jeune femme rousse aux traits fins, Marion Saurel mitraille à son tour des poses moins sexuelles. L’étudiante prépare un master en communication de la mode à la prestigieuse école londonienne St-Martins : « Ma démarche est une critique sociale. Aujourd’hui avec la montée en puissance du politiquement correct, on n’a plus le droit de se moquer des handicapés, des nains ou des obèses, faut arrêter d’être stupide ! » Même si elle et Laurent racontent donc deux histoires différentes, ils se rejoignent sur un point : « On est partisan de dire : tout le monde a une sexualité, tout le monde a un corps. Il y a de la beauté dans la laideur. Les perversions, c’est ce qui nous rend humain. Et puis, dans la mode et l’art érotiques, c’est souvent hyper sérieux, donc nous, on aime mettre un trait d’humour. Nous sommes plus proche d’Harakiri que de Vogue ! »

Backstage Laurent Benaim - Olivier H.Gamas

Marion a apporté un grand portant de fringues de designer pour parer les participants. Sur un poncho en toile cirée transparente, il est inscrit en grosses lettres : « Sauvez nous des flammes de l’enfer ». Toujours en coulisse, Calamity Steph la femme à six seins s’inquiète, il n’y a plus de colle pour les prothèses mammaires. Un jeune homme demande quel est la meilleure pommade, il s’est brûlé les testicules lors d’une figure. Phil le nain, coiffe une domina et au maquillage, Divine Salope, barbu athlétique avec un tee-shirt noir où est marqué « Mademoiselle » en grosses lettres blanches, tripote deux petits godes creux légèrement tordus en latex. Il m’explique avec malice : « Je vais me les fixer sur la tête, ce sont mes « cornes bite », c’est moi qui les ai fait. C’est facile, il te suffit d’un moule et puis tu fais couler le latex ! «  Ça me rappelle Mako Moulage…

Otomo se repose sur un vieux matelas dans un coin de la mezzanine du studio, sauf qu’il porte un gode ceinture de belle taille. Du coup, il est allongé total décontracte avec juste un sexe en érection, quelle vision !

Bertrand qui a attendu d’être sexagénaire pour oser de telles activités, me confie :« C’est hyper libérateur, je me sens moi. J’ai des activités politiques et sociales, je m’occupe d’une association d’insertion et d’une autre qui intervient au Mali pour les femmes. Mais ici aujourd’hui, j’ai aussi le sentiment de m’engager en cassant les normes. Je ne suis pas libertin, en revanche je suis probablement un débauché. » Il me cite l’aphoriste viennois Karl Kraus : « Qu’est-ce qu’un débauché ? Quelqu’un qui a encore de l’esprit là où d’autres n’ont plus qu’ un corps. »

C’est l’heure de la pyramide humaine. Les corps s’allongent les uns sur les autres « Aïe ! »  » Tu peux reculer ta jambe steu plait, elle m’appuie sur les couilles » grosse rigolade même si c’est un coup à se fracasser les lombaires. Une fois que tout le monde est calé, le petit Phil cagoulé de latex et accroché d’une main à un trapèze, se balance au-dessus de la mêlée. Encore quelques secondes de pose et c’est dans la boîte ! Ouf ! La pyramide s’écroule et c’est reparti pour la poilade.

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Dimanche soir, tout le monde à l’air content, c’est l’heure du bilan. « Laurent, alors ? Toutes les poses fantasmées ont-elles pu être réalisées ? » « Le but n’était pas de coller coûte que coûte aux dessins mais que les photos fonctionnent. Certaines choses ont été plus faciles qu’on ne l’imaginait et puis quelques unes, disons le franchement, étaient infaisables ! Je pense au mec qui devait faire le pont tout en pénétrant une trapéziste, on a lâché l’affaire. Et puis, ça a été compliqué aussi avec la jeune femme myopathe qui n’arrivait pas à se tenir droite, fatalement !  Mais à part ça, nous avons quasiment tout réussi, c’est formidable ! »

Et pour vous le prouver, dès que Laurent aura tiré et travaillé ses clichés (dans 6 mois et oui ! l’art n’est pas aux pièces), et bien je publierai les dessins et le résultat final, histoire d’apprécier encore un peu plus la performance et le talent de l’artiste  !

Photos backstage : Olivier H.Gamas

Mes virées précédentes dans le Paris érotique :

1 Ma nuit BDSM chez les amis du Kommandant

2 « Soumise party & extases sonores »

3 « Expo L’Art du nu : filles en cascade »

4 « Mon dîner chez la dominatrice du site jedominemonmari.com »

5 « Sexercices à la piscine »

6 « Cabaret électro manga et mousse party »

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