6 anecdotes croustillantes du Paris libertin d’antan

Monsieur, Madame, la sous-maxé, la femme de chambre et 6 filles. Vers 1935

Dans son Guide historique du Paris libertin qui vient de paraitre aux éditions la Musardine, le journaliste spécialisé en urbanisme Marc Lemonier raconte comment la capitale a gagné ses galons de ville de tous les plaisirs. Des luxueux bordels aux sordides bas fonds, l’ouvrage mêle anecdotes en dentelle et grande Histoire, quartier par quartier. 6 Extraits de ses promenades nostalgiques.

La baignoire au champagne d’Edouard VII dans le bordel le plus haut de gamme, le Chabanais (12, rue Chabanais). Le futur roi Edouard VII compta au nombre des clients prestigieux. De nombreuses caricatures le représentaient avec « ses dames ». Il avait sa propre baignoire en cuivre rouge, en forme de bateau, avec une figure de proue mamelue et ailée, ornée de cariatides. L’objet est visible un bref instant dans le film Le Cave se rebiffe (1961, avec Jean Gabin). Edouard VII  » se la faisait remplir de Mumm cordon rouge pour y barboter comme un gros bébé, tandis que les mignonnes lui faisaient des agaceries, des caresses tout à fait coquine » « La francophonie de certains monarques, » disait Paul Morand, « a commencé au Chabanais. « 

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Madame et ses filles vers 1935

Les Grisettes, dragueuses d’étudiant :  « Les grisettes (jeunes ouvrières entre 16 et 30 ans) avaient pour réputation de choisir leurs amants parmi la foule agitée des étudiants du Quartier Latin. Avec leurs conquêtes, elles allaient faire les folles à la Closerie des Lilas qui n’était pas encore le rendez-vous de l’intelligentsia littéraire, mais une sorte de bal champêtre, loin de l’agitation du centre ville. ». A l’époque en effet, Paris ne comprenait que les premiers arrondissements. Tout autour c’était la campagne et ses villages.

Les bêtes à plaisir des maisons d’abattage. « Le Fourcy (Au 10 de la rue, appelé aussi Le Moulin Galant), était sans doute l’une des maisons closes les plus abjectes de Paris. Dans son livre Les Maisons closes autrefois (Minerva, 1999), Brigitte Rochelandet raconte : « Le travail se faisait à la chaîne. La fille, transformée en bête à plaisir, ne se relevait même plus entre deux clients. Quand aux questions d’hygiène, nul ne semblait s’en inquiéter. »

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Maison-close parisienne, le grand salon, rideau fermé vers 1935

On croise aussi quelques peoples d’époque :

Colette, nue au Moulin Rouge: « Colette se donna en spectacle sur la scène du Moulin Rouge en compagnie de son amie (et amante) Missy, le 28 novembre 1906, ce qui provoqua un énorme scandale. Missy, travestie en homme, interprètait le rôle d’un savant qui découvrait une momie, Colette, et lui ôtait ses bandelettes. Quand la momie était nue, les deux personnage s’enlaçaient en une étreinte que rendaient extraordinairement scandaleuse ce que le Tout-Paris savait ».

Monsieur Thiers, polygame en famille: « L’hôtel particulier au 27 de la place St Georges ou vivait Adolphe Thiers vers 1840, accueillait une sorte de tribu. Adolphe Thiers, nabot à lunette, incarnation future de la réaction sanglante puis de la République austère, y entretenait sa femme et ses deux maîtresses. Pour faire court: Thiers était l’amant de Mme Dosne, femme du receveur général des finances. Par sens de la famille sans doute, il épousa la fille de sa maitresse. Puis quelques temps plus tard, il découvrit que la soeur de sa femme n’était pas si male… Bref, il coucha avec les 3 femmes »

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La vraie Nana était bien plus fine et intelligente que l’héroïne de Zola. « Lorsqu’il décrit l’hôtel particulier de Nana, Zola s’est inspiré du domicile de Valtesse de la Bigne, rue Cardinet. La véritable courtisane détesta le portrait qui fut fait de son intérieur. Zola, peut-être moins libéral qu’on a voulu le dire, décriait à chaque page la vulgarité des meubles, des objets et des oeuvres d’art alors que Valtesse avait transcendé sa condition pour devenir mécène. Sorti le 15 février 1880, le roman s’attira quelques vives critiques. On reprocha surtout à Zola sa méconnaissance totale de la réalité du monde de la nuit et de la courtisanerie : « Nana est un roman parisien pour les provinciaux, mais c’est un roman provincial pour les Parisiens » écrivit ainsi Aurélien Scholl. Le journaliste Paul de Saint-Victor déplorait pour sa part: « Nana est bête et elle est triviale… Et Zola nous donne cette gueuse subalterne pour seul type authentique et vrai d’un monde si complexe et si mélangé, si riche en originalités rares et en exceptions imprévues ».

Le Guide historique du Paris Libertin de Marc Lemonier aux éditions La Musardine – 19€90

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Les photos sont extraites du fond du collectionneur Alexandre Dupouy de la librairie, Les Larmes d’Eros, spécialisée en art érotique (Curiosa). 58, rue Amelot, 75011 Paris

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2 Comments

  • Je ne sais pas quel mot ils employaient à l’époque, mais à nos oreilles à nous, la confusion entre libertinage et prostitution met franchement mal à l’aise. Ce sont pourtant deux monde bien distincts…

    Les médias avaient présenté DSK comme « libertin », alors que c’est un coureur de jupon, un violeur (peut-être) et un micheton, mais certainement pas un libertin ! Maintenant, il va falloir expliquer que les bordels et les clubs libertins ne sont pas la même chose ?

  • tu as tout à fait raison et voici l’explication de l’auteur du livre Marc Lemonier: « j’ai voulu prendre un terme générique qui regroupe l’ensemble du Paris érotique de l’époque : prostitution, courtisanes, modèles des peintres, les premiers sex-shops et strip-teaseuses etc… » « C’est tout ce qui faisait que Paris avait la réputation d’un lieu où sexuellement, on s’amusait ».
    Par ailleurs, à l’époque, il était difficile pour une femme bien sous tous rapports, de se livrer au libertinage, du fait du poids de la morale de l’époque. Heureusement, tout cela à changer. Et aujourd’hui, le milieu libertin parisien est bien distinct de la prostitution pour des raisons légales mais aussi morales.

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