Érotiqu’Art : l’atelier d’exquises esquisses

Nous n’en « crayons » pas nos yeux ! Inédit à Paris : des modèles en chair en os prennent des poses érotiques pour le plus grand plaisir des dessinateurs amateurs. C’est l’atelier Erotiqu’Art qu’Ève de Candaulie a testé pour vous. On touche ou plutôt on caresse avec les yeux…

J’ai toujours rêvé de prendre des cours de dessin vivant (je fais beaucoup de peinture en autodidacte, on en reparlera peut-être un jour) et quand je dessine, je ne dessine que des femmes nues dans des poses… (bref, on en reparlera, promis). Mais quand Emma m’a proposé de couvrir un atelier de dessin Érotiqu’Art, je n’aurai jamais pensé que j’allais passer l’une des meilleures soirées de l’année (ce qui n’est pas peu dire, quand on me connaît).

CNM4A1718_1C’est un mardi soir comme les autres. Je vais à l’Érotiqu’Art en tant que blogueuse, pour poser quelques questions, les mains dans les poches, juste équipée d’un énorme… appareil photo. Et là commence mon jour de chance !

Dans l’ordre, j’arrive en avance à la cantine berlinoise (l’atelier se déroule au sous-sol de cet exquis établissement), il n’y a encore personne, je shoote un peu les bouteilles de rhum arrangé et la salle hyper cosy, conviviale. La patronne arrive, me propose toute une série de tapas bio à 4€ chacun, un choix de bières hallucinant. CCNM4A1723_1Je prends 3 tapas (2 c’est largement suffisant, il faut le savoir) et je déguste un repas exceptionnellement frais, original, savoureux. C’est authentique, c’est beau, c’est bon. La salade de pastèque était une pure merveille, le tofu avec le petit poisson salé et la sauce japonaise d’une finesse remarquable. La citronnade maison relevée à la menthe m’emporte bien loin de Paname. Bref, moi rien que de dîner sainement pour moins de 15€, j’étais déjà comblée. J’avais des étoiles plein les yeux.

Et là, tout sourire, mon verre glacé à la main, je rencontre Rebecca Petry, l’organisatrice de l’événement, accompagnée d’un homme brun, mystérieux et discret qui l’aide pour l’intendance. Rebecca a 25 ans, elle est rousse et ça lui va bien. Elle est vraiment hyper accueillante et me fait visiter les lieux tout en m’expliquant le concept d’Érotiqu’Art :

Au départ, tu es prof de dessin ? (désolée, comme d’habitude, je découvre avec vous)

Rebecca : Je suis artiste peintre. Depuis quatre-cinq ans, je donne des cours de dessin et ma spécialité c’est le modèle vivant. Tout mon travail en général tourne autour de l’érotisme. Dans les cours de modèle vivant « classiques », les gens sont trop détachés.

C’est vrai qu’ils mettent une distance entre le modèle et les dessinateurs.

Exactement, je veux essayer de casser cette distance, voir le corps pour ce qu’il est, avec tout son potentiel érotique aussi… enfin, surtout avec tout son potentiel érotique en fait. Normalement, on a quelqu’un qui vient pour lire des textes érotiques, mais je ne sais pas trop si elle va pouvoir venir ce soir. Ce sera la surprise. Tu vois, les modèles se placent ici (elle me montre un ensemble de salon avec grand canapé et un fauteuil). Les élèves se placent autour, un peu comme ils en ont envie. Je suis toujours à l’écoute des personnes qui souhaitent changer de place pendant la séance pour avoir un angle de vue différent. Il y a également beaucoup d’échange avec les modèles, parce que le but, c’est de vraiment s’adapter à elles : là ce soir, ça va être un couple de femmes. Ça peut aussi être un couple homme-femme ou homme-homme. Les poses sont assez courtes de 5 ou 10 minutes, l’idée c’est qu’elles construisent leur bulle et qu’elles arrivent à être vraiment authentiques dans leur intimité vis-à-vis du désir et de l’érotisme.

Les textes sont choisis au hasard ou préparés à l’avance ?

C’est la personne qui les lit qui s’en occupe.

Ah, ok, super. En fait, de mon côté, j’ai écrit un livre pornographique.

Génial, si tu veux nous en lire des passages ce soir, ce serait avec plaisir.

Pourquoi pas, je l’ai dans mes iBooks. Ça peut être une solution si la personne qui doit lire ne vient pas.

Alors, ce que l’on fait dans des cas comme ça, c’est que la pause dure le temps du texte. Les élèves ne savent pas combien de temps ça va durer et ils s’adaptent.

Mais ça ne va pas trop les perturber d’écouter le texte ? C’est vraiment porno…

Non, non au contraire. Le fait de détourner l’attention, ça permet de rentrer dans une forme de transe. On ne sur-intellectualise pas le fait de dessiner, ça permet de se lâcher.

Tu as ramené un carnet de dessin, tu as besoin de quelque chose ?

Oups… non, je n’ai rien apporté avec moi (j’aime bien découvrir les choses au dernier moment, être surprise)

Ce n’est pas grave. J’ai prévu des planches avec des feuilles, pour ceux qui n’ont pas de matériel. Il y en a toujours un ou deux. Je mets aussi à disposition des crayons et des encres.

Je fais la connaissance de tous les élèves au fur et à mesure que l’heure du cours se rapproche. Les modèles arrivent. Je leur demande si je peux prendre des photos : « Pas de souci ». Elles sont juste hyper naturelles, bien dans leur corps, très complices l’une avec l’autres (elles sont amies). L’homme mystérieux lance la musique : une sélection de chansons sur le même registre que mes “playlists indécentes”. Je me sens bien.

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Ça commence, les deux modèles se déshabillent aussi vite que moi sur une plage naturiste (ça fait plaisir de voir des filles à l’aise avec la nudité). Elles prennent une pause facile à tenir pour commencer. Je prends une feuille de dessin, et c’est parti pour 5mn à croquer du nu. Ça me fait super plaisir de dessiner, c’est tellement agréable de voir le crayon révéler les lignes, les courbes des corps. J’adore. Retoucher le galbe d’un sein, la juste disposition des hanches, des articulations des bras et des jambes. Le modelé du visage, des mains, des pieds. Le bombé des fesses. L’entrelacement des corps imbriqués l’un dans l’autre. Et puis je ne résiste pas à prendre l’appareil photo pour retranscrire cette atmosphère artistique hyper cool. Rebecca a créé le monde dont j’ai rêvé. Un monde libre, décomplexé et conscient de l’énergie sexuelle positive. C’est beau.

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AANM4A1754_1Rebecca passe donner quelques conseils généraux et donne des explications personnalisées pour chaque dessinateur.

Puis, c’est le moment de la pause rafraichissements. La citronnade coule à flot pour tout le monde. Je montre les photos que j’ai déjà prises. Je discute un peu (beaucoup) avec les élèves, nous sommes huit : il y a autant d’hommes que de femmes, de tous les âges.

ANM4A1813_1On me demande de lire des passages de mon livre et je me rends compte que ça me fait super plaisir de le lire, autant que ça attise leur curiosité de le découvrir. Je demande une page au hasard à chaque fois. Je lis, je m’étonne encore du caractère singulièrement impudique de ce que j’ai écrit. Certains en oublient de dessiner et le font remarquer. Ça nous amuse. J’entends les modèles diverties par le texte qui semble leur rappeler de bons souvenirs. Les pauses s’enchainent, la musique est bonne (c’est le cas de le dire). Et j’arrête mon récit au troisième extrait sur un certain suspense…

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Betty PageJe reprends quelques clichés, j’ai l’impression d’être au temps révolu des cours de photos où « exerçait » Betty Page. J’y suis. Pour la dernière pose, Rebecca suggère une longue séquence. Je n’ai plus envie de lâcher mon appareil photo.

Alors c’est la totale, accoudée derrière l’une des modèles, je me rends compte qu’elle sillonne délicatement de son doigt les tatouages du dos de sa partenaire. C’est trop mignon, les ongles laqués de rouge suivent le rythme de « I love you, me neither » de Cat Power (reprise de « Je t’aime moi non plus » de Serge Gainsbourg), avant que ne commence la célèbre musique de Portishead avec ce refrain sublime « Give me a reason to be… a woman ». En fond sonore, on entend « skritch skritch skritch … skritch skritch », c’est le bruit étonnant des crayons parcourant nerveusement les feuilles de papier des élèves.

J’ai appuyé sur le bouton vert, ça dure 3mn : vous avez droit à la vidéo d’ambiance Érotiqu’Art.

ENJOY !

Si vous passez par Paris, foncez découvrir l’Érotiqu’Art.

Ça se passe à la Cantine Berlinoise, 27 Rue de Sambre-et-Meuse (Métro Belleville ou Colonel Fabien). Il faut compter entre 25 et 30 € le cours (c’est moins cher si vous venez deux fois de suite). Plus d’infos : http://petryrebecca.wix.com/erotiqu-art

Prochaine séance : mardi 16 juin 2015

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3 Commentaires

  • Oh lala ! Je cherche justement un cours de nues pour cet été ! Il y a pas d’obligation d’inscription ou je ne sais quoi ? Car je cherche un « cours » où je puisse aller sans obligations de présence pendant 6 mois d’affilés !

  • Aucune crainte à avoir : il n’y a pas d’obligation dans le temps de prendre des cours. C’est juste que le tarif est dégressif si tu viens 2 fois de suite.
    C’est très libre comme formule (dans tous les sens du terme).

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